CHAPITRE XI
ambitieux et aux désirs secrets de Philippe II , il lui dit : « Que si Ton prétend que vos subjetz catholiques vous sont moins obéissans pour Tappuy qu'ils trouvent en la royne d'Ecosse, vostre prudence juge trop mieux qp'il ne se faut pas donner grande crainte d'ung si faible appuy; et sur ce je vous dimy, Madame, ce qui m'a esté assuré comme véritable par ung personnage d'honneur, qu'un certain ministre d'un prince qui vous peut estre suspect, dît ouvertement qu'il seroit bon pour la grandeur de son maistre que la royne d'Escosse fust desjà perdue, parce qu'il est bien assuré que le party des catholiques angloys se rangeroit enrièrem^t du costé de son maistt*e ^ »
Elisabeth ne se montra touchée ni des conseils de clémence, ni des raisons d'intérêt que lui avait présentés Bellièvre. Elle éclata en invectives contre Marie Stuart, et dit à Bellièvre et à Châteauneuf <i qu'elle avait été contrainte à la résolution qui avait été prise ^ parce qu'il lui était impossible de sauver sa vie et de conserver celle de la reine d'Ecosse, et que si, en la conservant, ils savaient un moyen de trouver sûreté pour elle-même , elle leur en aurait grande obligation *. » Ce fut la réponse
* Harangue du sieur de Bellièvre , Bibl. nat., ms. Dupuy» t. 844, fol 450 et sulv., et dans Egerton, 1. 1, p. 106.
2 Bibl. nat,, ms. 9513; Coll. de Mesmes, t. III, fol. 399. — Life of EgertoHf p. 91.
que firent aussi à Bellièvre, quelques jours après , le grand trésorier Burghley, le vice-chambellan Hatton et le secrétaire Walsingham. Ils lui dirent que le salut de l'une était la perte de l'autre *•
Bellièvre et Châteauneuf ayant renouvelé leurs prières en faveur de Marie Stuart dans la seconde audience qu'ils reçurent d'Elisabeth, le 15 décembre, cette princesse ne resta pas moins inflexible. Elle se plaignit, avec de grands éclats de voix et très -vivement, de ce que Henri HI manquait au traité qu'il avait fait avec elle, en refusant de lui livrer Morgan et Paget dont elle avait demandé l'extradition *. Elle finit en leur disant : « Qu'ils n'avaient pas trouvé, ainsi qu'elle leur avait donné plusieurs jours pour y penser , le moyen de conserver la reine d'Ecosse en vie sans qu'elle fût en danger de la sienne ; qu'elle ne voulait pas être cruelle contre elle-même , et que le roi leur maître ne devait pas trouver juste qu'elle , qui était innocente , mourût , et que la reine d'Ecosse , qui était coupable, fût sauvée ^. «
Afin de se donner, contre les sollicitations étrangères, l'appui passionné de son peuple, Elisabeth fit publier par les rues de Londres la sentence de condamnation de Marie Stuart. Le comte de Pembrocke , le lord maire et les aldermen assistèrent à cette publication , qui se fit au son des cloches et
* Life ofEgertouy p. 91. — * Ibid. — * Ibid.