CHAPITRE XI
avec les plus ardentes démonstrations. Les cloches sonnèrent pendant vingt-quatre heures à Londres et dans tout le reste du royaume, et des feux de joie furent allumés en signe d'assentiment et d'allégresse ^ Quand les deux ambassadeurs de Henri III virent ce déchaînement populaire contre la . pauvre Marie, ils craignirent qu'on ne la fît périr sans plus attendre. Ils supplièrent sur-le-champ Elisabeth, au nom de leur maître , de sui'seoir à l'exécution du jugement. Elisabeth leur accorda un délai de douze jours*, et ils envoyèrent le vicomte Genlis, fils du secrétaire d'État Brûlart, à Henri III pour l'en prévenir et lui dire que sa faveur et son autorité pouvaient seules' sauver maintenant la reine d'Ecosse.
Henri III leur écrivit d'employer toutes les persuasions pour ramener Elisabeth. à des pensées plus douces; de lui annoncer que, si elle exécutait un jugement aussi rigoureux et aussi extraordinaire, il s'en ressentirait particulièrement, outre l'offense commune qui serait faite par là à tous les autres rois et potentats de la chrétienté ; et enfin de lui donner l'assurance qu'il empêcherait de tout son pouvoir qu'elle ne fût exposée désormais à de pareils attentats, et que les parents de sa belle -sœur s'obligeraient au nom de celle-ci , et s'engageraient eux-mêmes sur leur foi et honneur, que ni elle ni
* Life ofEgerton, p, 92. — ^ Ibid., p. 92, 93.
autre pour elle n'entreprendrait rien contre la reine d^Angleterre*.
Bellièvre se rendit le 6 janvier au château de Greenwich , où la reine avait passé Icîs fêtes de la Noël. Il la conjura d'accéder aux recommandations d'Henri III et d'agréer ses offres , soutenant qu'elle serait bien plus en sûreté par la vie de Marie Stuart que par sa mort : « Le plus grand précepte, dit-il , de bien et heureusement régner est de s'abstenir de sang; un sang amène l'autre; de telles exécutions ont ordinairement des suites*. » Afin de mêler aux raisons les menaces et de fortifier l'intérêt par la crainte, il ajovita : y Que si le bon plaisir de Votre Majesté n'étoit point d'avoir égard à de si grandes considérations et aux prières du roi notre maître, il nous a donné charge de vous dire, Madame, qu'il s'en ressentira comme de chose contre l'intérest commung de tous les roys et qui particulièrement l'aura fort offensé '. « Ces dernières paroles courroucèrent Elisabeth ; et presque hors d'elle-même : « Monsieur de Bellièvre, dit-elle, avez-vous charge du roy mon frère de me tenir un tel langage?—
* i^(/è ofEgerton, p. 95.
* Bibl. nat,, ms. Béthune, n^ 8955; Registres de Villefoy et ms. Colbert, n*» 18, Mélanges iJdvis de ce qui a estéfaîct en Angleterre par M, de Bellièvre sur les affaires de la royne dEscosse es mois de nov. et déc. 1586, et janvier 1587. — Xi/è ofEgertony p. 109. — « Ibid,