CHAPITRE XL
Ouy , Madame^ répondit Bellièvre, j'en ay très-exprès commandement de Sa Majesté. — Avez-vous , répliqua-t-elle, ce pouvoir signé de sa main? — Ouy, madame, le roy mon maistre, vostre bon frère, ma expressémait recommandé et enchargé , par lettres signées de sa propre main , de vous fayre les re* monstrances cy*dessu8. — Je vous en demande aultant, ajouta-t-elle, signé de la vostre K » Bellièvre lui remit copie de l'ordre qu'il avait reçu et prit congé d'elle sans emporter aucune espérance. Elisabeth se borna à lui dire qu'elle enverrait à Paris un ambassadeur qui y arriverait aussitôt que lui et qui infor<merait le roi de sa résolution sur les affaires de la reine d'Ecosse*.
Bellièvre, parti de Londres le 13 janvier, s'embarqua a Douvres le 16, et presque aussitôt Elisabeth adressa à Henri III , qu'elle trouvait trop faible pour être un allié sûr et pour devenir un dangereux ennemi , une lettre remplie de plaintes habilement calculées et des plus altiers reproches. Elle lui demandait s'il croyait agir avec honneur et faire acte d'amitié en cherchant ainsi à rendre une innocente la proie d'une meurtrière. Elle lui disait qu'au lieu de la remercier d'avoir voulu le préserver des at-
* Bibl. nat., ms. Béthune, a» 8955 j Registres de Villeroy et ms. Colbeit, n° 18, Mélanges. — Life of Egerton, p, 101.
* Bibl. nat, ms. Bélhune, n» 8955, et Colbert, n° 18, Mélanges. — lAfe of Egerton, p. 101.
tentats de ceux qui finiraient par le perdre , il était assez aveugle pour s'abandonner à leurs conseils et lui faire entendre, par la bouche de M. Bellièvre 5 un langage qu'elle ne pouvait pas bien interpréter. " Vous ressentir, ajoutait-elle, de ce que je ne luy sauve la vie est une menace d'ennemy qui , je vous le prometz, ne me fera jamais craindre ; au contraire, c'est le plus court chemin pour dépescher la cause de tant de malheurs. « Elle l'invitait à expliquer à son ambassadeur comment elle devait prendre ces mots : « Car, poursuivait-elle, je ne vivray heure que prince quelconque se puisse vanter de tant d'humilité mienne , que je boive , à mon déshonneur, un tel traict\ »
Les efforts du roi d'Ecosse en faveur de sa mère n'avaient pas été plus efficaces. Lorsque l'envoyé de France, Courcelles, était allé au château de Falkland , où chassait l'insensible Jacques VI , pour le presser d'intervenir auprès d'Elisabeth , il ne l'avait pas trouvé d'abord très-disposé à le faire *. Ce jeune prince , dont le lord Hamilton conduisait aloi^ les affaires, dont le pervers maître de Gray dirigeait les sentiments , et qui avait pour ambassadeur à Lon-
* Bibl. nat., ms. n° 9513. — Collect. de Mesmes, t. El, fol. 421. — Life of Egerton, p. 98.
* Courcelles à Henri III, d'Edimbourg, le 4oct. 1586. — Ms. de la Bibl. nat., n'» 9513; Collect. de Mesmes, t. III, foL 363, et Life of Eyeiion, p. 81.