‹ Histoire de Marie StuartChapitre 178 sur 224 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

des sentiments d'un fils et des menaces d'un roi ^ Il la porta aussitôt à Elisabeth 5 qui ^ en la lisant, entra dans une de ses plus violentes colères, et voulait chasser Keith de sa présence. Le lendemain même elle écrivit, avec un mécontement hautain, au jeune prince, qui ne soutint pas ce ton hardi, et qui lui fit porter par le maître de Gray et par sir Robert . Melvil de pusillanimes explications.

Dans les nouvelles instructions que Jacques VI donna à ses ambassadeurs, il se borna à demander que sa mère fût mise désormais, par une détention sévère et une surveillance étroite, dans l'impossibilité de nuire à Elisabeth** Bien que son parlement assemblé le pressât de déclarer qu'il attaquerait l'Angleterre, si l'on attentait aux jours de la reine captive, il s'y était refusé. Il n'avait même pas craint d'avouer au comte de Bothwell et au chevalier Setoii que, sa mère fût-elle mise. à mort, il ne romprait jamais avec la reine Elisabeth, à moins que celle-ci ne voulût le frustrer de son droit à la succession d' Angleterre *• Ce jeune sophiste couronné, sans di*-

* Tytlcr, t. Vm, p. 381.

* Lettre de Courcelles à Henri III du 31 déc. 1586. Ms. de la Bibl. nat., n*" 9513; Collection de Meâmesi t. III, p. 407, et dans Ëgerton , p. 96 à 98.

^ Ibid., p. 97, ainsi que TExtrait de la lettre du sieur de Courcelles au sieur d^Esneval du 31 déc. 1586, Ms. de la Bibl. nat., n«> 9513.— Coll. de Mesmes, vol. III, fol. 397, et dans Egerton, t. I, p. 95.

gnité comme sans entrailles , osait soutenir à table que le sang obligeait moins envers les parents que Famitié envers les alliés*, se préparant ainsi, avec un cynisme raisonné, à sacrifier les sentiments de fils à ce qu'il disait être les devoirs de roi. Cette tiédeur dénaturée commençait à être connue du peuple, qui murmurait sur son passage lorsqu'il sortait du palais^.

Jacques VI livra donc sa mère en confiant sa défense au maître de Gray. Celui-ci ne trouvait plus sa sûreté que dans la mort de la reine qu'il avait trahie. Il avait déjà écrit à Walsingham qu'il valait mieux la tuer par le poison que de l'exécuter publiquement*. Arrivé à Londres au moment où Bellièvre allait en partir, il parut s'intéresser en public à Marie, qu'il abandonna en secret. Il disait souvent à Elisabeth, une morte ne mord pas ^, et il ne songea qu'à conserver à son jeune maître la succession d'Angleterre. De concert avec Robert Melvil^ dont les efforts en faveur de son ancienne souveraine furent honnêtes mais inutiles, il demanda que le droit à cette succession fût reconnu au fils par la démission

* Extrait de la lettre du sieur de Courcelles au sieur d'Esneval. Ms. de la Bibl. nat., n** 9513. GoUect. de Mesmes, vol. ÏII, fol. 397, et dans Egerton, p. 96. — » Ibid.

* Lettre de Courcelles à Henri III du 31 décembre , dans Egerton, p. 97.

* Mortua non mordet Camden, t. II, p. 529,

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