CHAPITRE XL
de la mère. « Gommait cek serâit-ii possible? lui dit Elisabeth 9 elle a été déclarée inhabile et elle ne saurait rien transmettre. — Si elle n'a pas de droits , répliqua le maître de Gray , Votre Majesté ne doit pas la craindre; et, si elle a des droits, que Votre Majesté permette alors qu'elle les transmette à son fils, qui possédera ainsi le titre complet de successeur de Votre Altesse. » Aucune proposition n'était plus capable d'exciter la jalouse défiance et de provoquer les emportements d'Elisabeth ; aussi , dit-elle d'une voix courroucée : — « Comment! être délivrée de l'une et à sa place en trouver un autre qui est pire? oui, je me mettrais par là dans une position plus misérable que celle où j'étais. Par la Passion de Dieu ! cela vaudrait autant que de me couper la gorge moi-même ; et, pour un duché ou pour un comté, vous, ou ceux qui sont comme vous, n'hésiteriez pas à charger quelques-uns de vos coquins désespérés de me tuer; non, par Dieu! votre maître ne sera jamais à cette place *. » Elle les quitta brusquement sans vouloir leur accorder le moindre délai pour l'exécution de la reine d'Ecosse *.
Plus irritée qu'intimidée par les représentations des deux rois, Elisabeth s'arrêta néanmoins un moment devant elles. Mais bientôt elle vit qu'elle n'a-
* Robertson, Pièces justificatives, n° L. Mémorial of the Mûwter q/" Gray, 12 january 1586-7.
» Ibid.y et Tytler, t. VIII, p. 383, 384.
Vâit rien à craindre des deux princes faibles dont les peuples étaient divisés, qui ne voulaient pas compromettre , l'un son héritage , l'autre sa sûreté , et qui toléreraient, après qu'elle serait accomplie, l'exécution qu'ils cherchaient à empêcher avant qu'elle le fût. Pour mieux arriver à ses fins, elle avait saisi, avec une crédulité artificieuse et une terreur affectée, l'apparence d'une nouvelle conspiration contre sa vie qu'avaient dénoncée, en y enveloppant l'ambassadeur de France, ceux mêmes qui avaient eu Fin* signe audace de la proposer à ce dernier.
Peu après le départ de Bellièvre, Staff ort, frère de l'ambassadeur d'Angleterre à Paris , dont la mère était depuis vingt-trois ans dame d'honneur d'Elisabeth, et dont les sœurs vivaient auprès d'elle, se présenta chez Châteauneuf. C'était un jeune homme assez mal famé, vivant dans le désordre et le besoin. Il annonça qu'un prisonnier pour dettes nommé Moody avait à communiquer à l'ambassadeur de France quelque chose intéressant la vie de la reine d'Ecosse, et il proposa de conduire auprès de lui à Newgate le secrétaire Cordaillot. Châteauneuf^ qui se servait dans ce moment de Cordaillot pour écrire ses dépêches, eut l'imprudence d'envoyer Destrappes, attaché aussi à son ambassade, vers Moody, qui^ en présence de Staff ort, lui fit la plus criminelle et la plus compromettante des propositions. Si Fambassadeur de France voulait payer cent vingt écus pour