CHAPITRE XI
lesquels oti le retenait en prison $ Moody , redevenu libre^ offrit de tuer Elisabeth '.
Cette ouverture fut repoussée par Destrappes^ qui sortit aussitôt de Newgate , et par Chàteauneuf, qui défendit à Staffort de paraître désormais à Fambas^ sade. Staffort» n ayant pu obtenir de lui cent écus qu'il demandait pour payer des dettes et s'enfuir sur le continent I l'accusa d'avoir voulu susciter une conspiration contre la vie d'Elisabeth afin de sauver la reine d'Ecosse. Le gouvernement anglais ^ éprouva ou feignit la plus vive indignation. Destrappes fut jeté en prison , les dépêches de Chàteauneuf furent interceptées ^ Chàteauneuf lui-même fut cité devant Leicester j Burghley , Hatton et Davison, qui l'accusèrent tout au moins d'avoir connu un complot contre la vie de leur souveraine sans le révéler *, et Elisabeth envoya Waade en France pour dénoncer à Henri III son ambassadeur^ comme coupable envers elle de criminelle machination ^. Elle ordonna en même temps de fermer les ports de l'Angleterre qui resta plusieurs semaines sans communication avec le conti*
* Chàteauneuf à Henri III ^ le 23 janvier 1587. Ms. de la BibL nat., n. 9513; Gollect. de Mesmesy t. m, p. 427^ et Mémoire annexé à sa dépêche, tbid,^ ainsi que dansEgerton, p. 112 à 114.
^ Ibid. — » lUd.
* Lettre d'Elisabeth à son ambassadeur en France. State Pap. Off.
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nent. Au milieu de Fémotion causée par la découverte de ce complot chimérique, et lorsque se répandaient les bruits les plus alarmants , tantôt d'une descente des Espagnols, tantôt de la présence du duc de Guise à la tête d'une armée dans le comté de Sussex, tantôt d'une entreprise sur Fotherîngay, tantôt d'une insurrection des comtés du Nord *, le conseil privé se réunit pinceurs fois pour presser la reine de faire exécuter l'arrêt de mort porté contre sa prisonnière.
Elisabeth ne se rendit point aux instances de Leicester , de Burghley et de Walsîngham , mais elle devint distraite et sombre. Elle négligeait ses amu* sements accoutumés, recherchait la solitude, et murmurait souvent toute seule de terribles paroles. On Fentendit prononcer cette sentence latine qui peignait ses anxiétés : « Il faut frapper pour n'être pas frappé ; si tu ne frappes, tu seras frappé *. » Elle aurait voulu qu'on la débarrassât, par un meurtre secret, de la responsabilité d'une exécution légale. Elle insinuait à ses ministres qu'ils devaient mettre à mort Marie en lui épargnant la cruauté d'en donner l'ordre, et leur reprochait d'avoir beaucoup promis en prêtant le fameux serment de Vassociatiorij
* Tytler, t. VIII, p. 385. -^ Cainden, vol. II, p. 529. — Ellis*s letters, 2« série, vol. III, p. 106 et 109.
* a Aut fer aut feri; ne feriare, feri. » Gamden, t. Il, p. 532.