CHAPITRE XI
et de ne rien faire pour sa défense. Mais la responsabilité qu'elle hésitait à prendre, ses ministres se refusaient à l'encourir, et ils la connaissaient trop bien pour n'être pas assurés qu'elle les désavouerait le lendemain du jour où ils l'auraient servie selon sa passion, et les punirait même, afin de rejeter sur eux tout l'odieux d'une mort dont elle voulait le profit sans le blâme. Ils furent donc sourds à ses insinuations *, et la reine se vit réduite à agir directement elle-même.
Le 1*' février, le secrétaire Davison, qu'elle avait fait prévenir par le lord amiral Howard, se présenta chez elle à dix heures du matin, avec le warrant d'exécution qu'avait rédigé d'avance le grand trésorier Burghley. Elle le prit de ses mains , le lut , demanda une plume et le signa résolument , prescrisvaut à Davison d'y faire apposer le sceau de l'État par le chancelier. Elle recommanda de le tenir secret autant que possible, et elle ajouta en forme de plaisanterie : « Montrez-le néanmoins à Walsingham ; je crains que le coup ne le tue sur l'heure *. » Elle défendit de rendre publique l'exécution qui devrait avoir lieu dans la grande salle de Fotheringay et non dans la cour du château, et elle renvoya Davison en défendant de lui parler encore
* Tyller, t. VIII, p. 386.
^ Davison*s defence, Drawn up by himself, in Caligula, c. IX, foL 470. —Tytler, t* Vm, p. 387.
d'une chose dont elle ne voulait plus être importunée, ayant fait tout ce qu'exigeaient d'elle la loi et la raison '.
Au momeni; où Davison allait paitir, Elisabeth le retint et se plaignit d'Amyas Paulet et de ceux qui auraient pu la soulager de ce fardeau. Elle ajouta* qu'il y avait moyen de V&i décharger encore, si lui et Walsingham écrivaient à sir Amyas pour le scmder à ce sujet *. Soit défaut de scrupule, soit excès d'obéissance, Davison ne repoussa point cette effroyable proposition qu'il communiqua aussitôt à Walsingham en lui montrant l'acte signé par la reine. Le jour même ils écrivirent à Fotheringay; et, dans ce siècle où l'assassinat n'était désavoué par aucune secte, ne répugnait à aucune politique, deux ministres d'une puissante souveraine osèrent inviter, en son nom , les gardiens d'une prisonnière à faire périr celle<;i clandestinement. Voici l'insidieuse et abominable lettre qu'ils adressèrent en commun à Paulet et à Drury :
« Après nos cordiales salutations , nous trouvons dans des paroles prononcées dernièranent par Sa Majesté qu'elle remarque en vous un défaut de soins et de zèle... pour n'avoir trouvé de vous-mêmes (sans autre provocation) im moyen quelconque d'ôter la
* Davison's defence, Drawn up by faimself, in Callgula, c. IX, fol. 470. — Tytler, t. VIII, p. 387. — « ibid.