CHAPITRE XI
vie à cette reine, en vue du grand danger auquel Sa Majesté est exposée à toute heure, aussi longtemps que vivra ladite reine. Sans parler du manque d'amour envers elle, Sa Majesté remarque encore que vous ne songez pas à votre propre sûreté , ou plutôt à la conservation de la religion, du bien public et de la prospérité de votre pays, ainsi que la raison et la politique le commandent. Votre conscience serait tranquille vis-à-vis de Dieu et votre réputation intacte vis-à-vis du monde, puisque vous avez prêté le serment solennel de V association^ et que, de plus, les faits mis à la charge de cette reine ont été clairement prouvés contre elle. Par ce motif. Sa Majesté ressent un grand déplaisir de ce que des hommes qui professent de l'attachement pour elle , comme vous le faites , manquent ainsi à leurs devoirs et cherchent à mettre sur elle le poids de cette affaire, sachant bien sa répugnance à verser le sang, surtout celui d'une personne de ce sexe et de ce rang, et d'une aussi proche parente.
w Nous voyons que ces considérations troublent beaucoup Sa Majesté, qui, nous vous l'assurons, a protesté, à diverses époques, que, si elle n'avait pas plus d'égard aux dangers que courent ses fid^es sujets et ses bons serviteurs qu'aux siens propres, elle ne consentirait jamais à ce que le sang de cette reine fût versé. Nous pensons qu'il est très-nécessaire de vous instruire de ces discours prononcés il y a
peu de temps par Sa Majesté , et de les soumettre à vos bons jugements 5 et ainsi nous vous recommandons à la protection du Tout-Puissant. Vos bons amis V. »
Cette lettre, que Davison invitait Paulet à brûler après l'avoir lue, arriva à Fotherinfjay le 2 février vers le soir. Une heure après, Paulet, qui était un sombre fanatique, un geôlier brutal j^ mais non un ignoble meurtrier, répondit à Walsingham dans les termes d'une vive douleur et d'une indignation contenue : « Ayant reçu votre lettre d'hier, cejourd'hui à cinq heures de l'après-midi , je ne saurais manquer, suivant vos directions, de vous faire parvenir une réponse avec toute la célérité possible. Je vous la transmets dans toute l'amertume que mon cœur ressent, de ce que je suis assez malheureux pour voir le jour où , d'après les injonctions de ma très-gracieuse souveraine, je suis requis de faire un acte que Dieu et la loi défendent. Mes biens, ma place et ma vie sont à la disposition de Sa Majesté, et je suis prêt à les abandonner demain, si c'est son bon plaisir, reconnaissant que je les tiens de sa seule et gracieuse faveur ; je ne désire en jouir qu'avec la bonne volonté de Son Altesse. Mais Dieu me préserve de faire un aussi pitoyable naufrage de ma
* Cette lettre, tirée des papiers de Paulet, â été imprimée dans Nicolas s life of Davison, p. 85, et dans Robert of Gloucesters Chronicle, parHçarne, vol, II , p. 674.