‹ Histoire de Marie StuartChapitre 183 sur 224 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

conscience , ou de laisser une aussi grande tache à ma postérité, que de verser le sang sans l'autorisation de la loi et sans un acte public. J'espère que Sa Majesté, selon sa clémence accoutumée, prendra en bonne part ma loyale réponse '. »

La reine Elisabeth , lorsque Davison lui commu* niqua cette noble lettre, la lut avec les marques de la plus vive contrariété, et dit d'un accent passionné : « Je déteste ces beaux parleurs , ces gens pointilleux et roides, qui promettent tout, ne font rien, et mettent tout le fardeau sur mes épaules *. « Il ne restait plus qu'adonner cours à l'exécution publique. L'acte qui en contenait l'ordre, et que la reine avait signé de sa main, revêtu du sceau de l'État par le chancelier, était revenu au Conseil privé, dont les membres, sans en entretenir de nouveau Elisabeth , prirent sur eux de le faire exécuter. Ils l'adressèrent avec une lettre signée par Burghley,Leicester, Hunsdon, Knollys, Walsingham , Derby , Hovrard, Cobbam , Hatton et Davison , aux comtes de Shrevrsbury et de Kent, chargés d'assister au supplice de la reine condamnée *. Muni de ces deux pièces, Beale partit pour aller accomplir sa tragique mission à Fotheringay.

* Hearne's Robert of Gloucestery vol. II, p. 675, et Tytler, t. VIII, p. 390.

2 Ilnd., p. 391, 392.

* Ellis's letters, 2<» série, vol. III, p. 111, 112.

tOM. n. 25

Marie Stuart était restée dans une attente pleine d'anxiété) pendant les deux mois et demi qui s'étaient écoulés entre la signification de sa sentence et l'ordre de son exécution* On lui avait bien rendu pour un moment son aumônier Préau et on lui avait restitué l'argent saisi à Chartley en même temps que ses papiers; mais cette faveur, accompagnée d'un silence sinistre, lui avait fait craindre une mort sou* daine et cachée , semblable à celle dont avait péri naguère le comte de Nortbumberland dans la tour de Londres. Elle redoutait par-dessus tout une fin qui^ couverte d'obscurité , laissât dans l'incertitude les vraies dispositions de son âme. Pressentant l'horrible projet qui la menaçait , sans en soupçonner toutefois le véritable auteur, elle avait invoqué l'as^ sistance d'Elisabeth, qui le conçut, contre Paulet, qui le repoussa. Le 19 décembre 1586, elle avait adressé à la reine d'Angleterre une dernière lettre, où elle lui demandait de ne pas souffrir qu'on l'exécutât sans qu'elle l'eût ordonné, de permettre à ses serviteurs d'assister à sa mort, pour qu'ils rendis* sent témoignage de sa foi et de son obéissance envers l'Église catholique, et de leur laisser emporter secrètement son corps ^ Elle terminait sa lettre en citant presque Elisabeth devant Dieu : « Ne m'accusez de présomption , dit-elle , sy , abandonnant ce

* Labanoff, t. VI, p. 477, 478.

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