CHAPITRE XL
était, en ce moment, retenue dans son lit par ses indispositions accoutumées.
Vers deux heures, les deux comtes demandèrent à lui parler ; elle leur fit dire qu elle était malade , mais qu'elle se lèverait si la chose qu'ils avaient à lui communiquer était pressante. Sur leur réponse affirmative que la chose ne souffrait point de délai , elle s'habilla, -et, s'asseyant ensuite devant une petite table de travail placée au pied de son lit^, elle les attendit dans le plus grand calme. Ses femmes et la plupart de ses servitem's étaient autour d'elle*. Le grand maréchal d'Angleterre , accompagné du comte de Kent, et suivi de Beale, de Paulet et de Drury, s'avança la tête découverte, et, s'inclinant avec respect devant elle , lui dit que la sentence que lord Buckhurst lui avait signifiée deux mois et demi auparavant devait recevoir maintenant son exécution , la reine leur maîtresse s'y trouvant contrainte par les instances de ses sujets ^. Marie l'écouta sans
« Jebb, t. II, p. 612.
* « A sçavoir toutes ses filles , Renée de Reallay, Gilles Maubray, Jeanne Keinedey damoiselle, et Elspeth Courle, Marie Pagets et Susane Korcady; de§ hommes y estoient Dominique Bourgoing, son médecin; Pierre Gorjon, apoticaire; Jacques Gervait, chirurgien; Annibal Stouart, valet de chambre; Didier Sifflard, sommelier; Jean Lander, panetier; Martin Heut, escuyer de cuisine. » La Mort de la royne dEscosse, dans Jebb, t. II, p. 612.
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montrer aucun trouble , et elle entendit ensuite le warrant dont Beale donna lecture et qui contenait Tordre de êSL mort ^
Quand cette lecture fut achevée , elle fit le signe de la croix'. « Loué soit Dieu, dit-elle, de la nouvelle que vous m'apportez. Je n'en pouvais recevoir une meilleure, puisqu'elle m'annonce le terme de mes misères et la grâce que Dieu me fait de mou* rir pour l'honneur de son nom et de son Église catholique , apostolique et romaine. Je ne m'attendais pas à une si heureuse fin, après les traitements que j'ai soufferts et les dangers auxquels j'ai été exposée depuis dix-neuf ans en ce pays, moi , née reine, fille de roi, petite*fille de Henri VII, proche parente de la reine d'Angleterre, reine-douairière de France, et qui , princesse libre , ai été tenue en prison sans cause légitime, bien que je ne sois sujette à personne et ne reconnaisse point de supérieur en ce monde , si ce n'est Dieu '. » Se regardant comme une victime de sa foi religieuse, elle ressentit la joie pure du martyre, en prit la douce sérénité, et en conserva jusqu'au bout le tranquille courage. Elle désavoua de nouveau le projet d'avoir voulu faire tuer Elisabeth, et, posant la main sur le livre des Évangiles qui était sur sa petite table , elle dit solennel-
* Jebb,t. II,p. 613»
» 7«rf., p. 614 — » /6îrf., p. 614, 616*