CHAPITRE XL 39i
lement : m Je n ai jamais ni conçu ni poursuivi la mort de la reine d'Angleterre , et je n y ai jamais consenti '«»
A ces mots y le comte de Kent lui dit^ avec ime fiuiatique rudesse, que le livre sur lequel elle avait juré était le livre des papistes, et que son serment ne valait pas mieux que son livre*. — « C'est celui au» quel je crois, repartit Marie ; suppose^vous que mon serment serait plus sincère si je le prêtais sur le vôtre, auquel je ne crois pas'? n Le comte de Kent l'invita à renoncer à ce qu'il appelait ses supersti-^ «tions, et lui proposa l'assistance du doyen protestant de Peterborough , qui lui enseignerait la vraie foi et la préparerait à la mort^. Marie repoussa énegrgiquement cette offre, qui offensait ses croyances^^ et elle demanda qu'on lui rendit son aumônier dont on l'avait séparée de nouveau depuis plusieurs jours ^. Les deux comtes eurent la dureté et la honte de refuser cette consolation religieuse à une reine
* Jebb,t.n,p. 616. — «/6W.
» J6W. ~ Tytier, t. VIII, p. 395.
* Jebb,t*II^p.6n.
* Elle dit « que plustôt que d'y faillir, voudroit perdre dix mille vies si elle en avoit autant. » lUd,
* u Qu'on lui envoyast son prestre, qu'ils tenoient enfermé dans la maison, pour se consoler et préparer mieux à la mort, qu'elle ne désiroit ny ne demandoic rien plus «n ce monde. » Ibid,, p. 618.
qui allait mourir ^ Ils ne voulurent pas non plus lui accorder le court délai qu elle réclamait pour écrire elle-même avec soin son testament, et mettre en ordre ses dernières dispositions^. Marie ayant alors demandé le moment où elle devait mourir : « C'est pour demain, madame, lui dit le comte de.Shrewsbury, vers huit heures du matin^. «
Après que les deux comtes furent sortis, Marie consola ses serviteurs qui fondaient en larmes *. Elle devança Fheure de son souper, afin d'avoir toute la nuit pour écrire et pour prier. Elle mangea peu, selon sa coutume^. Bourgoin, son méde-« cin, la servit à table, son maître d'hôtel, André Melvil, ayant été éloigné d'elle, en même temps que son aumônier ^. Elle parla de la prétention que le comte de Kent avait eue de la convertir, et dit, en souriant, qu'il aurait fallu un autre docteur pour la persuader''. A la fin de son souper, elle appela tous ses serviteurs, et, ayant versé du vin dans une coupe, elle en but à leur intention, et, d'un air affectueux, elle leur proposa de lui faire raison. Ils se mirent tous à genoux, et, les larmes aux yeux, répondirent à son toast avec une douloureuse effu-
* «( Luy fut respoDcLu que cela ne se pouvoit feire, que c^estoit contre leur relig;ion et leur conscience. » Jebb, t. II, p. 618.
> Iind,y p. 622, 623. ^-^Ifnd., p. 621. — */6W., p. 625.
6 ibid. — • ibid. — ' Ibid.