‹ Histoire de Marie StuartChapitre 188 sur 224 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

lui lire tous les soirs^ un grand coupable à qui Dieu eût pardonné. Elle «arrêta à la touchante histoire du bon larron ) qui lui sembla le plus rassurant exemple de la confiance humaine et de la clémence di^* vine, et dont Jeanne Kennedy lui fit lecture. « C'était un grand pécheur, dit^elle, mais pas si grand que moi; je supplie Notre-Seigneur ^ en mémoire de sa passion, d'avoir souvenance et mercy de moi comme il l'eut de luy, à l'heure de sa mort ^ »

Se sentant un peu fatiguée et voulant conserver ou reprendre ses forces pour le dernier moment , elle se mit au lit. Ses femmes continuaient à prier, et, pendant ce dernier repos de son corps, bien que ses yeux fussent fermés, on voyait, au léger mouvement de ses lèvres^ et à une sorte de ravissement répandu sur son visage , qu'elle s'adressait à celui en qui seul reposaient maintenant ses espérances. Au point du jour elle se leva et dit qu'elle n'avait plus que deux heures à vivre *. Elle choisit un de ses mouchoirs à frange d'or^ pour servir à lui bander les yeux sur Féchafaud, et s'habilla avec une sévère magnificence. Ayant assemblé ses serviteurs , elle leur fit lire par Bourgoin son testament qu'elle signa > leur remit ses lettres ^ ses papiers, les présents qu'ils avaient à porter de sa part aux princes de sa famille^ à ses amis du continent^* Elle leur avait

* La Mort de la royne dEseosse, dans Jebb> p. 63â.

* /6W. — • Ibid. — ^im, p* 631. -^'^Ibid,, p. 631, 682.

déjà distribué, la veille au soir, ses bagues, ses joyaux, ses meubles, ses vêtements * ; elle leur domia alors les bourses qu*elle avait préparées pour eux et où elle avait enfermé, par petites sommes, les cinq mille écus qui lui restaient*. Elle mêlait avec une grâce accomplie et avec une bonté touchante ses consolations à ses dons , et les fortifiait contre l'accablement où les jetterait bientôt sa mort. « On ne voyoit en elle, dit un témoin oculaire, aucun changement ny à sa face, ny à sa parole, ny à sa contenance; elle sembloit, seulement donner ordre à ses affaires comme si elle eust voulu aller habiter d'une maison dans une autre ^. »

Après ces derniers soins accordés aux souvenirs terrestres , elle se rendit dans son oratoire, où était dressé un autel sur lequel son aumônier, avant qu'on l'eût séparé d'elle, lui disait secrètement la messe. Elle s'agenouilla devant cet autel et lut, avec une grande ferveur, les prières des agonisants^. Avant qu'elle les eût achevées , on vint heurter à la porte. Elle fit répondre qu'elle serait bientôt prête, et elle continua à prier ^. Peu de temps après, huit heures étant déjà sonnées , on heurta de nouveau à la porte, qui cette fois fut ouverte. Le shériff entra une baguette blanche à la main , s'avança jusqu'auprès de Marie qui n'avait pas détourné la tête , et ne

* La Mort de la royne dEscosse, dans Jebb, t. II, p. 627. a Ibïd.y p. 631, 632. — » Ibid.y p. 632, — » Ibid. — ^ Ilnd.

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