‹ Histoire de Marie StuartChapitre 189 sur 224 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

lui dit que ces mots : « Madame , les lords vous attendent et m'ont envoyé vers vous. — Oui , répondit Marie en se levant, allons *. >»

Au moment où elle partait , Bourgoin lui donna le crucifix d'ivoire qui était sur l'autel ; elle le baisa et le fit porter devant elle *. Comme elle ne pouvait se soutenir toute seule , à cause de la faiblesse de ses jambes, elle marcha appuyée sur deux des siens jusqu'à l'extrémité de ses appartements. Là, ces pauvres gens, par une délicatesse singulière, mais qu'elle approuva, ne voulurent pas paraître la conduire euxmêmes à la mort; ils la laissèrent soutenir par deux serviteurs de Paulet , et la suivirent en larmes *. Quand ils furent sur l'escalier où les comtes de Shrewsbury et de Kent attendaient Marie Stuart, et par où elle devait descendre dans la salle basse au fond de laquelle avait été dressé l'échafaud , on leur refusa la consolation de l'accompagner plus longtemps. Malgré leurs supplications et leurs gémissements, on les sépara d'elle, non sans peine, car ils s'étaient jetés à ses pieds, baisaient ses mains, s'attacbaient à sa robe et ne voulaient pas la quitter ^.

Lorsqu'on les eut éloignés, elle se remit en marche, d'un air noble et doux, le crucifix d'une main et im livre d'heures de l'autre ^, revêtue du costume

* La Mort de la royne ctEscosse, dans Jebb, p. 633. ^Ibid. — * Ibid., p. 633, 634. — * Ibid,, p, 634, 635. « Ibtd.y p. 634.

398 MARIE STUÂRT.

de veuve qu elle portait les jours de grande solen* nité ' ; ayant une robe de velours crampisi-brun à corsage de satin noir, d'où pendaient des chapelets et des scapulaires , et que surmontait un manteau de satin gaufré de même couleiu*, à longue queue, avec des parements en martre zibeline, le collet relevé , les manches pendantes ; couverte d'un voile blanc qui tombait de sa tête jusqu'à ses pieds ^. £Ue avait la dignité d'une reine et le paisible recueillement d'une chrétienne.

Au bas de l'escalier % elle trouva son maître d'hôtel , André Melvil , auquel il fut permis de prendre congé d'elle , et qui , la voyant marcher ainsi au supplice, tomba à genoux, et, le visage inondé de lannes, lui exprima son amère désolation. Marie l'embrassa, le remercia de sa constante fidélité, et lui recommanda de reporter exactement à son fils

* « Ses habillements estoient des plus beaux qu'elle eust , toutesfois modestes et qui représentoient une royne veulve. » La Mort de la royne dEscosse, dans Jebb, p. 639.

* Voir la description dans Jebb, p. 639, 640 : « Elle avoît, en outre, une vasquine en tafetas velouté, caleçons de futaine blanche, des bas de soye bleue, jarretiers de soye, et des escarpins de maroquin, n Ibid.j p. 640.

* (c Les deux comtes la conduisirent jusques au bas des degrez, où ils avoient fait venir mondit sieur André Melvin, Ëscossois, son maistre d'hostel, lequel, depuis environ trois sepmaioes qu'il avoit esté séparé, ensemble avec son aumosnier, n'avoit parlé avec elle. » Ibid,y p. 635.

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