‹ Histoire de Marie StuartChapitre 191 sur 224 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

api*ès avoir conféré un instant entre eux, lui accordèrent ce qu'elle souhaitait , et Marie put appeler auprès d'elle quatre de ses serviteurs et deux de ses femmes. Elle désigna Bourgoin, son médecin; Gk)rion, son pharmacien; Gervais, son chirurgien; Didier, son sommeliw; Jeanne Kennedy et Elisabeth Curie, celles des jeunes filles attachées à sa personne qu'elle aimait le mieux'. On les fit descendre, et la reine, suivie d'André Mélvil^ qui portait la queue de sa robe, monta sur Téchafaud avec la même aisance et la même dignité que si elle était montée sur un trône.

Cet échafaud avait été dressé dans la salle basse du château de Fotheringay. Il avait deux pieds et demi de hauteur et douze pieds carrés d'étendue. Il était couvert de frise noire d'Angleterre , ainsi que le siège, le coussin et le billot où Marie devait s'asseoir, s'agenoviiller et recevoir le coup fatal*. Elle prit place sur ce siège lugubre sans changer de couleur, et sans rien perdi'e de sa grâce et de sa majesté accoutumées , ayant à sa droite les comtes de Shrewsbury et de Kent assis , à sa gauche le shériff debout, en face les deux bourreaux , vêtus de velours

* A. Reporte ofthe manner of the exécution, etc., dans Ellis, p. 114, et Jebb, p. 635, 636. — Camden, t. II, p. 535.

* A reporte of the manner of the exécution^ etc., dans H. Ellis, p. 114, 115, et la Mort de la royne dEscosse, etc., dans Jebby p. 636.

noir; à peu de distance ^ le long du mur, ses serviteurs ; et , dans le reste de la salle , retenus par une barrière que Paulet gardait avec ses soldats, environ deux cents gendemen et habitants du voisinage, admis dans le château, dont on avait fermé les portes'. Robert Beale lut alors la sentence, que Marie écouta en silence, et si profondément recueillie en ellemême, quelle semblait étrangère à ce qui se passait*. Lorsque Beale eut achevé de lire, elle fit le signe de la croix et dit d'une voix ferme* :

« Mylords, je suis née reine, princesse souveraine et non sujette aux lois , proche parente de la reine d'Angleterre et sa légitime héritière. Après avoir été longuement et injustement détenue prisonnière en ce pays, où j'ay beaucoup enduré de peine et de

» Jebb, p. 636, et Ëllis, p* 115.

^ « During^ the reading of which commission, the Queene of Scots was silent, listening unto it with as small regarde as if it had not concerned her at ftll } and with as cheerfull a countenaunce as if it had been a pardon from Her Majestia for ber life. » A Reporte of the marmer of the exécution^ etc., dans Ellis, t. III, p. 115.

• « La sentence ou commission achevée de lire, Sa Majesté faict le signe de la croix, eomme die âvoit faict le jour auparavant , et , avec une joyeuse contenance , le visage en sa vive et naïfve couleur, la veue et le regard asseuré, sans changement aucun , sa beauté plu» apparente que jamais j d'une constance esmerveillable, et majesté accoUstttmée> avec une parolle ferme et belle gravité commença à dire. » La Mort de la royne cfEscosse, dans Jebb, p. 686.

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