‹ Histoire de Marie StuartChapitre 192 sur 224 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

mal 9 sans qu'on eût aucun droit sur moy, mainte* nant par la force et soubz la puissance des hommes, preste à finir ma vie, je remercie mon Dieu d avoir permis que je meure pour ma religion et devant une compagnie qui sera témoing que, bien près de ma mort , j'ay protesté comme je l'ai toujours fait , . soit en particulier, soit en public , de n'avoir jamais rien inventé pour faire périr la reine, ni consenti à rien contre sa personne ^ » Elle se défendit ensuite de lui avoir porté aucun sentiment de haine, et rappela qu'elle avait offert , pour obtenir sa liberté, les conditions les plus propres à la rassurer et à prévenir de» troubles en Angleterre •<

Après ces paroles données à sa justification , elle se toit à prier. Alors le docteur Fletcher, doyen protestant de Peterborough, que les deux comtes avaient amené avec eux, s'approcha d'elle, et voulut l'exhorter à mourir< a Madame, lui dit-il, la rein^^ mon excellente souveraine, ma envoyé par devers vOus<.. * Marie, l'interrompant à ces mots, lui ré« poiidit : « Monsieur le doyen , je suis ferme dans l'ancienne religioti catholique romaine, et j'entends verser mon sang pour elle*. » Comme le doyen insistait avec un fanatisme indiscret, et l'engageait à renoncer à sa croyance, à se repentir, à ne mettre sa

* La Mort de Id royne rf£5C0Mé, datts Jebb, p. 636, BSI. » md., p. 637,

* A reporte oftke matiner ofthe executionj etc. Ellis , p. 115.

confiance qu'en Jésus-Christ seul , parce que seul il pouvait la sauver, elle le repoussa d'un accent résolu, lui déclara qu'elle ne voulait pas l'entendre, et lui ordonna de se taire ^ Les comtes de Sbrewsbury et de Kent lui dirent alors : <' Nous désirons prier pour Votre Grâce, afin que Dieu éclaire votre cœur à votre dernière heure, et que vous mouriez ainsi dans la vraie connaissance de Dieu. — Mylords, répondit Marie, si vous voulez prier pour moi, je vous en remercie, mais je ne saurais m'unir à vos prières, parce que nous ne s(Hnmes pas de la même religion*. » La lutte entre les deux cultes, qui avait duré toute sa vie, se prolongea jusque sur son échafaud.

Le docteur Fletcher se mit à lire la prière des morts selon le rit anglican*, tandis que Marie récitait en latin les psaumes de la pénitence et de la miséricorde , et embrassait avec ferveur son crucifix. « Madame , lui dit durement le comte de Kent , il vous sert peu d'avoir en la main cette image du Christ, si vous ne l'avez gravée dans le cœur^. » — « Il est malais , lui répondit-elle, de l'avoir en la main sans que le cœur en soit touché, et rien ne

* A reporte of the manner of the exécution , etc. Ellis , p. 115; et Jebb, p. 637.

* Ellis, p. 115. — Camden, t. II, p. 536- 3 Ellis, p. 115, 116, et Jebb, p. 637, 638.

* La Mort de la royne (fEscosse, etc., dans Jebb^ p. 637.

Page 1