‹ Histoire de Marie StuartChapitre 194 sur 224 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Kennedy lui eut bandé les yeux ^ elle leur ordonna de 8*éloigner, ce qu'elles firent en sanglotant ^

En même temps, elle se jeta à genoux d'un grand courage, et tenant toujours le crucifix entre ses mains, elle tendit le cou au bourreau. Elle disait à haute voix et avec le sentiment de la plus ardente confiance : « Mon Dieu, j'ai espéré en vous, je remets mon âme entre vos mains ^. » Elle croyait qu'on la frapperait comme en France dans une attitude droite et avec le glaive ^. Les deux maîtres des hautes oeuvres l'avertirent de son erreur et l'aidèrent à poser sa tête sur le billot, sans qu'elle cessât de prier. L'attendrissement était universel à la vue de cette lamentable infortune, de cet héroïque courage, de cette admirable douceur* Le bourreau lui-même était ^u et la frappa d'une main mal assurée. La hache, au lieu d'atteindre le cou, tomba sur le derrière de la tête et la blessa, sans qu'elle fît un mouvement, sans qu'elle proférât une plainte^. Au se*

* Jebb, p. 308, le Martyre de la royne ctEseosse, et la Fie de ^incomparable Marie Stuart, p. 100.

* Camden, t. II, p. 537.

3 Jebb, p, 640 et p. 308.

* tt £t sur ce Pexécuteur frappa de sa hache, mais faillant à trouver sa jointure lui donna un grand coup sur le chignon du col , mais ce qui fut digne d'une constance non pareille est que l'on ne vit remuer aucune partie de son corps, nypas seulement jeter un souspir. Le prochain coup fut justement sur le premier, par lequel la teste fut tranchée

cond coup seulement, le bourreau lui abattit la tête, qu'il montra en disant : « Dieu sauve la reine Elisabeth *. — Ainsi périssent tous ses ennemis, ^ ajouta le docteur Fletcber*. Une seule voix se fit entendre après la sienne , et dit : Amen! C'était celle du sombre comte de Kent*.

Un drap noir fut jeté sur ses restes*. Les deux comtes ne laissèrent point, selon l'usage, au bourreau, la croix d'or qu'elle avait à son cou, les chapelets qui pendaient à sa ceinture, ni les vêtements qu elle portait au moment de mourir, de peur que, rachetées par ses serviteurs, ces dépouilles chères et

du corps. » Le vrai rapport sur f exécution de la reine ctEs^ cosse, etc. Ms. de la Bibl, nat., fonds de Harlay Saint-Germain, n<> 222, t. II, fol. 30 et suiv.; et dans Teulet, Pièces et documents, t. II, p. 880, 881; Ellis, p. 117.

^ Jebb, p. 641. Ellis, p. 117 : « He lift up her head to tbe vîew of ail tbe asseinbly and bad God save the Queene. »

* « Then M' Dean said with a lowde voice , so perish ail the Queene's enemyes! » Ellis, p. 117, — Jebb, p. 101. — Gamden, t. Il, p. 537.

^ « Ouy, dit le comte de Kent à haute voix, amen, amen; que pleust à Dieu que tous les ennemis de la reine fussent en cet estât. )) Le vray rapport de texécuûon faite sur la personne de la reine dEscosse. Bibl. nat., Harlay Saint-Germain, n° 222, t. II, fol. 30 et seq.; et dans Teulet, t. II, p. 881. — Jebb, p. 101. —Ellis, p. 117.

* Advis sur t exécution de la royne dEscosse, par M. de la Chastre. Ms. de la Bibl. nat., collect. des 500 de Colbert, t. XXXV, pièce 45.

Page 1