CHAPITRE XII
Effet produit par la mort de Marie Stuart. — Indignation simulée d'Elisabeth, qui traduit en justice le secrétaire Davison, et disgracie un moment les principaux membres de son conseil, comme ayant fait exécuter le warrant contre Marie Stuart sans l'en avoir avertie. — Inquiétudes que lui inspirent Henri III et Jacques VI. — Colère et dispositions de ces deux rois. — Moyens employés par Elisabeth pour les empocher l'un et l'autre de lui déclarer la guerre , comme ils y sont poussés le premier par les catholiques, le second par les nobles de son royaume. — Adoucissement d'Henri III. — Incertitude de Jacques VI. — Résolution que prend Philippe H de venger la nK>rt de Marie Stuart , dont il est l'héritier catholique. — Préparatifs faits en Espagne , ^n Portugal, en Italie, dans les Pays-Bas, pour envahir l'Angleterre. — Fausses négociations engagées en Flandre pour tromper Elisabeth. — Concert entre PhiUppe II et Sixte V, qui promet de consacrer un million d'écus d'or à cette expédition catholique. — Nomination au cardinalat du docteur Allen , chargé avec un grand nombre de prêtres et de moinee, d'opérer la eonquète religieuse de l'île. — Traité de Philippe II avec le duc de Guise , qui s'engage à soulever les ligueurs de France , et doit , par la Journée d€S Barricades , empêcher Henri III de marcher au secoure d^ÉUsabeth. — Sortie de VinvincMê Armada de la rade de Lisbonne, sous le commandement du duc de Médina-Sidonia. — Sa force , le nombre de ses vaisseaux et de ses troupes de débar* quement. — Première tempête dont elle est assaillie à la hauteur du cap Finistère. — Rupture des négociations en Flandre. -* Moyens de défense tardifs mais considérables auxquels Elisabeth a recours : dans la Manche , par ses flottes ; dans l'ile , par ses camps. — Seconde sortie de V Armada , après qu'elle a ré* paré ses avaries. — Sa lente et majestueuse navigation. — Son entrée dans le canal d'Angleterre. — Possibilité qu'elle a d'écraser la flotte anglaise à Piymouth. — Stricte obéissance du duc de Médina-Sidonia aux ordres de Philippe II, qui lui avait
interdit toute attaque jusqu'après la jonction des bateaux plats et des troupes du prince de Parme. — Arrivée sur la côte de Flandre de V Armada , poursuivie et assaillie sur ses flancs par l'amiral Drake et les vaisseaux anglais. — Embarquement des troupes du prince de Parme , commencé à Nieuport. — Attaque de V Armada par des brûlots anglais dans la sombre nuit du 9 août. — Son éloignement de la côte afin d'éviter l'incendie. — Seconde tempête. — Dispersion de V Armada , poussée par les vents dans la mer du Nord qu'elle sème de ses débris, et poursuivie par les vaisseaux anglais. — Échec et retour de l'expédition dans les ports d'Espagne. — Douleur de Philippe II. — Joie d'Elisabeth. — Transports d'enthousiasme de l'Angleterre pour elle. — Fin de la lutte entre la cause de Marie Stuart , dont la mort reste sans vengeance, et la cause d'Elisabeth, qui renoue son alliance avec Jacques VI. -^ Triomphe définitif du protestantisme dans la Grande-Bretagne. — Résumé de la vie de Marie Stuart; jugement sur sa position et sur son caractère. — Sort de cette reine infortunée attaché , comme celui de sa ra^ , aux destinées du catholicisme et du pouvoir absolu dans la Grande-Bretagne.
La mort de Marie Stuart délivrait Elisabeth d'une rivale , mais l'exposait à de grandes haines , à de périlleuses représailles. Aussi, tombant d'une crainte sous une autre, elle blâma l'exécution qu'elle avait permise , sembla regretter la reine qu'elle avait détestée, punit même les agents dont elle s'était servie. Par un désaveu effronté et avec une douleur hypocrite, elle s'efforça d'échapper aux vengeances des rois dont elle avait repoussé les prières, blessé les sentiments , outragé la dignité.
Pendant quatre jours elle parut ignorer la mort de la reine d'Ecosse, que connaissait et dont se ré-