CHAPITRE XII. i
jouissait bruyamment toute F Angleterre protestante ' . Il est probable qu'elle était encore indécise sur le plan de conduite qu'elle adopterait et le langage qu elle tiendrait. Le lundi 13 février (23, nouv. style), elle affecta d'apprendre , avec une extrême surprise *, l'exécution de Marie Stuart, et, jouant l'indignation, elle ^itra dans une de ses plus violentes colères. Elle f»*étendit que la reine d'Ecosse avait été mise à mort sans ses ordres et contre son gré; que le secrétaire Davison ne devait pas donner suite * au warrant qu'elle avait signé avant de lui en avoir parlé de nouveau; qu'il s'était rendu coupable de précipitation en le remettant au chancelier pour que celuici le revêtit du sceau de l'État, et qu'il avait excédé ses CM'dres en le portant au conseil privé, pour qu'il fût exécuté à son insu; que les membres du conseil privé , par l'envoi audacieux et clandestin du w^arrant à Fotheringay, avaient blessé son cœur et attenté à son autorité. Elle leur reprocha avec emportement une pareille usurpation du pouvoir souverain, où elle trouva conmie ime tentative de la réduire en
* Châteauneuf au roy. Dépêche du 27 février. Bibl. nat., fonds de Béthune, n« 8880, et dans Teulet, t. H, p. 893, 894.
> Ibid., et dans Teulet, t. H, p. 896, 897.
3 C'est l'explication qu'elle adressa aux diverses cours de TEurope pour atténuer l'indignation et le mécontentement que devait leur faire ressentir l'exécution de la reine d'Ecosse. Voir l'Appendix M, à la fin du volume.
Ui MARIE STUART.
tutelle'. Elle fit arrêter Davison, qui fut enfermé à la Tour et traduit en justice. Elle chassa de sa présence son vieux serviteur Burghley, qui avait donné à Robert Beale le warrant au nom du conseil, et le maltraita au point qu il lui offrit , en tremblant, la résignation de tous ses emplois. Leicester et Hatton , ses deux favoris, pour avoir participé à la dé* libération du conseil privé, furent tm moment umm dans Téloignement et la disgrâce; enfin Beale, qui avait porté le warrant à Fotfaeringay^ fut relégué, quelque temps après, de la secrétairerie d'État dans une position subalterne à York ^. Walsingham seul fut excepté de cette défaveur menteuse et emportée, parce qu'une indisposition réelle ou feinte laVait empêché de s'associer à l'acte dont profitait et que répudiait Elisabeth. Osant même prendi^ le deuil de sa victime, la reine d'AngleteiTe fit faire de pompeuses obsèques à la reine d'Ecosse ^ dont les restes furent déposés dans l'église de Peterborough^ à côté de ceux de Catherine d'Aragon ^ primiière femme d'Henri VIII , jusqu'à ce qu'ils fussent transportés à Westminster par les soins de son fils , monté sur le trône de la Grande-Bretagne.
' Châteauneuf dti roy» Dépêche dd 23 marft. Bibb liât.,
suppl. français, n° -7^, p. ^ïlj et dans Teiilet, t. ÎI, p. 902.
* Robert Béalo à lord Burghleyi 24 avril 1595, dans Eilis^ 3« série, t. IV, p» 112 à 120.