CHAPITRE XII. m
En ajoutant une iniquité à un attentat y en étant fourbe après avoir été cruelle , Elisabeth espéra tromper le jugement du monde et voulut surtout détourner d elle les ressentiments d'Henri III et de Jacques VI. Leiu^ dispositions Tinquiétaient. Ce n'était pas sans raison. Henri III , malgré son insensibilité et sa faiblesse , avait fort mal pris l'emprisonnement de Destrappes , i interrogatoire subi par Ch^teauneuf , l'arrestation de ses courriers et Fouverture de ses dépêches. Il avait montre à Waade, dépêché extraordinairement vers lui par Elisabeth pour se plaindre de la conspiration attribuée aux gens de son ambassade, toute Tincrédulité qu'il conservait à cet égard et tout le mécontentement qu'il ressentait des procédés de la reine. Il avait envoyé à Londres l'un de ses valets de chambre, notnmé Roger, avec mission de réclamer Destrappes, afin qu'il pût lui-même le faire examiner, juger, et, s'il y avait lieu, punir. Usant de représailles , il avait re* fusé audience à l'ambassadeur Staffort , arrêté les courriers et les dépêches d'Elisabeth à Dieppe et mis l'embargo^ datis les ports de France, sur les navires anglaise
La mort de Marie Stuart accrut son irritation en ajoutant à ses embarras. Au premier moment, deux
* Dépêche du 13 mars 1687, Bibl. nat., suppl. français,
n« -— -, p. 71 et suiv,, et dans Teulet, t. Il, p. 903 à 905.
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de ses ministres , le froid Bellièvre et le circonspect Brulart, furent d'avis d'en tirer vengeance. Le premier dit qu'il fallait montrer à Elisabeth qu'on n'abattait pas ainsi la tête des rois; le second annonça qu'il n'entrerait plus dans le conseil d^Henri III si ce prince ne demandait pas compte d'une pareille mort'. Le peuple de Paris s'émut extraordinairement en apprenant la ffn tragique de la reine qu'il avait vue, dans ses jeunçs annéesi, assise sur le trône de France, et qu'il regardait comme une martyre de la foi catholique. Les prédicateurs de la Ligue tonnèrent dans toutes les églises contre la Jézabel d'Angleterre, ainsi qu'ils nommaient Elisabeth, et appelèrent sur elle la vengeance de Dieu et des rois. Staffort et Waade n'osaient plus sortir dans Paris*. Le premier, dont la mère cependant était auprès d'Elisabeth, effrayé des dangers auxquels celle-ci venait de s'exposer, crut à sa chute prochaine. Il prit ses précautions avec Philippe II, et s'offrit à lui, par l'entremise de Mendoza. Il dit à cet ambassadeur qu'il était tout à la dévotion du roi catholique, pensant que sa maîtresse viiyrait bien peu aprhs avoir permis qu'on exécutât de cette manière la reine d'Écossè ^. Enfin Henri III fit célébrer à Notre-Dame , et en sa pré-
* Lettre de Mendoza au roi catholique du 6 mars 1587. Papiers de Simancas^ série B^ liasse 59, n° 35. — ^ Ibid.
* Mendoza au roi catholique, le 28 fév. 1587. Pap. de Sîm., série B, liasse 59, n« 58.