CHAPITRE XII
sence , un service solennel en l'honneur de son infortunée parente ' , et sembla même disposé, de concert avec le roi d'Espagne *, à attaquer la reine d'Angleterre, qui avait fait compter dans Francfort, à la maison de banque Pallavîcino, deux cent cinquante mille livres pour lever une armée de reîtres allemands prête à marcher au secours du roi de Navarre^.
Elisabeth sentit plus que jamais la nécessité de l'adoucir. Elle reçut son envoyé extraordinaire Roger, qui était resté quinze jours à Londres sans pouvoir être admis auprès d'elle*. Lui parlant « avec de grandes démonstrations de douleur et quasi la larme à l'œil » de la mort de la reine d'Ecosse , elle le chargea d'assurer à Henri III que cette mort avait eu lieu contre son intention par la faute de Davison « qui en répondrait^. » Celui-ci fut en effet condamné par la chambre étoilée, le 28 mars, à ime amende de 10,000 livres sterling et à un emprisonnement qui devait se prolonger au gré de la reine ®,
* Mendoza au roi catholique, le 26 mars 1587. Pap. de Sim., série B, liasse 59, n° 14. — ^ Jbid., n° 240.
3 Chàteauneuf à Henri III, de Londres, mars 1587, Ms.
Bîbl. nat., suppl. français, n° -ttt-j fol* 71, et dans Teulet,
t. II, p. 907.
* Chàteauneuf à Henri ffl, de Londres, le 27 févr, 1587. Ms. Bibl. nat, fonds de Béthune, n« 8880, fol. 7, et dans Teulet, t. II, p. 895.
* Ibid., et dans Teulet, t. II, p. 897.
* Howell, iSto^e trials, vol. I, p. 1229 à 1250.
pour avoir méprisé ses commandements et surpris ses pouvoirs. Elisabeth eut bientôt avec Châteauneuf , qu'elle n'avait pas vu depuis plusieurs mois , et à qui elle avait envoyé Walsîngham*, afin de rétablir les bonnes relations entre l'Angleterre et la France , un entretien où elle déploya toute son habileté*
Elle tira à part l'ambassadeur d'Henri III, qu'elle prit par le bras, et lui dit en riant : « Voici notre homme qui m'a voulu faire tuer *. » Elle convint alors que le complot auquel on l'avait mêlé était une invention de deux effrontés coquins qui avaient cherché à lui tirer de l'argent *. Reconnaissant l'innocence de Destrappes, elle ajouta qu'il était libre désormais et pouvait retourner en France. « J'ay sceu, poursuivit-elle avec esprit, qu'il est homme de loy et qu'il veult suivre le barreau de Paris. Je suis marye de lui avoir causé ce mal, car il m'en vouldra toute sa vye. Mais vous luy direz que je ne crois pas jamais plaider ung procès à Paris où il se puisse venger du tort que je luy ay faict ^. »
Arrivant à ce qui la préoccupait par-dessus tout, elle parla à Châteauneuf avec plus de douleur en-
*■ Châteauneuf à Henri III, de Londres, mars 1587,
Ma. Bibl. nat., suppL français, n' -jfTj fol» 71 et suiv., et
dansTeulet, p. 902.
2 Châteauneuf à Henri III, de Londres, le 13 mai 1587. Ms. Bibl. nat., fonds Béthune, fol. 16, et dans Teulet, p. 916. — » IbicL — * Ibid., et dans Tenlet, t. U, p. 917.