CHAPITRE XII
core qu'à Roger de la mort de la reine d'Ecosse. Elle prétendit que « c'était le plus grand malheur qu'elle eût jamais éprouvé *. )> Elle soutint qu'elle avait signé le vrarrant pour contenter son peuple , mais qu'elle était bien décidée à né pas ôter la vie à la reine d'Ecosse, à moins qu'une armée étrangère ne descendît en Angleterre ou qu'il n'y eût en sa faveur un soulèvement considérable dans le royaume. Elle ajouta que, si les quatre membres de son conseil qui lui avaient joué ce tour^ dont elle assurait qu'elle ne pouvait pas prendre son parti , n'avaient pas été si longtemps à son service et n'avaient pas agi dans l'intérêt de sa personne et de son État, elle jurait Dieu qu'elle leur aurait fait trancher la tête *. Elle dit à Châteauneuf qu'il ne devait pas la croire assez faible et assez méchante ' pour rejeter la faute sur un petit secrétaire comme Davîson, s'il ne l'avait pas commise. Alléguant ensuite à Châteauneuf l'intérêt qu'avaient les deux couronnes de France et d'Angleterre à s'unir pour échapper aux desseins des ligueurs et à l'ambition de Philippe II, qui les mena-* çaient également, elle lui annonça qu'elle allait envoyer Drake attaquer les côtes d'Espagne, Leicester soutenir de nouveau la république des Provinces- Unies, lui offrit, pour le roi, son maître, l'appui de
* Châteauneuf à Henri III, de Londres, le 13 mai 1587. Ms. Bibli tiat., fonds Béthune, fol. 16, et dans Teulet, t. II, p. 918. -^ « Ibid. — » Ibid.
quatre princes allemands qui, sur une parole d'elle, accourraient le servir avec leurs troupes , et l'invita lui-même à devenir entre eux l'instrument d'une plus étroite amitié. « Le temps est tel, lui dit-elle, que l'un et l'autre en avons plus besoin que jamais * . » Sans se laisser tromper par les désaveux d'Elisabeth *, mais touché des mêmes raisons politiques qu'elle, Henri III se décida à ne point venger la mort de Marie Stuart. L'intérêt l'emporta sur la parenté, et, pour ne pas exposer sa couronne, il abandonna la cause générale de la royauté. Il craignit , s'il aidait les catholiques exaltés du continent à s'emparer de l'Angleterre, de les rendre victorieux dans les Pays-Bas, tout-puissants en France, et, par la chute d'Elisabeth, de préparer l'agrandissement de Philippe II, l'élévation des Guise et sa propre ruine. Après quelques mois donnés au mécontentement et au deuil , sur le conseil de la reine sa mère ', il autorisa Châteauneuf à terminer, à Londres, de con-
*• Ghâteanneuf à Henri III, de Londres, le 13 mai 1587. Ms. Bibl. nat., fonds Béthune, fol. 16, et dans Teulet, t. II, p. 916.
* Henri IH à Châteauneuf, mai 1587. Bibl. nat., registres du secrétaire Pinart, ms. français, n* 8808, fol. 28, et dans Teulet, t. II, p. 913.
» Dépêche de Mendoza à Philippe II du 19 avril 1587. Pap. de Sim., série B, liasse 59, n« 88, et Ms. de la Bibl.
nat., dépêches originales, Chauvelin, t. I, n<» — tt--