‹ Histoire de Marie StuartChapitre 3 sur 224 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

de Rome et les cours catholiques du continent, afin d'abattre le parti protestant en Ecosse et ne reprît ensuite ses prétentions sur l'Angleterre; que, si elle restait libre en Angleterre, elle n'y devint une cause permanente d'excitation , un centre d'intrigues et de complots pour les catholiques très-nombreux et ti-èspuissants de ce royaume , qui , la regardant comme leur souveraine légitime, conspireraient avec elle et se soulèveraient probablement pour elle ; enfin que, si elle se retirait en France, elle n'y préparât, d'accord avec ses oncles et les princes ses alliés, une expédition militaire destinée à soumettre l'Ecosse, ce qui l'obligerait elle-même à soutenir dans ce pays l'autorité du régent, à y défendre les intérêts du protestantisme, et l'exposerait aux suites redoutables d'une lutte nouvelle. Croyant, d'après sa propre expérience, les positions plus fortes que les promesses, et les nécessités de la politique supérieures aux sentiments de la gratitude, elle n'admit pas que Marie Stuart pût devenir à son égard, comme elle s'offrait à l'être , une amie dévouée et une protégée reconnaissante ^ Elle ne consulta donc que la raison d'État, sa règle à peu près unique durant quamnte années, et elle résolut de garder entre ses mains la reine imprudente qui s'y était mise. Elle espéra assu-

* Lettre de Marie Sluart à Elisabeth du 28 mai 1568. Labanoff, t. II, p. 81, et Anderson, t. IV, part, i, p. 46.

rer ainsi sa prépondérance en Ecosse et affermir sa sécurité en Angleterre.

Mais sous quel prétexte retiendrait-elle dans son royaume une princesse, sa parente et son égale, qui ne lui avait fait aucun tort et sur laquelle elle u avait aucun droit? Elle sut bientôt en trouver un. Marie Stuart fut d'abord conduite, avec tous les honneurs dus à son rang, de Workington à Cockermouth et de Cockermouth à Carlisle. Là elle fut étroitement surveillée^ d'après un warrant d'Elisabeth, qui prescrivait au shérif et aux juges de paix du Cumberland de prendre toutes les mesures nécessaires pour qu'elle ne s'échappât point*. Lady Scroope, sœur du duc de Norfolk, fut chargée d'aller demeurer auprès d'elle. Sir William Drury eut ordre de faire partir cinquante arquebusiers de Berwick pour Carlisle*, où Elisabeth envoya lord Scroope gardien de cette frontière et le vice-chambellan sir Francis KnoUys avec la mission secrète de garder la reine d'Ecosse, comme si elle était déjà prisonnière. En lui remettant les lettres de condoléance d'Elisabeth, ils devaient lui dire que leur souveraine prenait beaucoup de part à ses infortunes, mais qu'elle ne saurait la recevoir avant qu'elle eût

* Stat. Pap. Off., et Tytler, t. VIT, p. 222. ^ Lettre de Bochetel de la Forest à Charles IX, Londres, 22 mai 1668. Teulet, t. II, p. 220.

Page 1