CHAPITRE XII
cert avec Walsîngham, les différends survenus entre les deux pays *. Du reste, rompre avec Elisabeth aurait été pour lui aussi difficile que périlleux. La nécessité de repousser l'invasion des reîtres allemands qui pénétrèrent en France dans Tété de 1587, et de résister aux ligueurs qui se rendirent maîtres de Paris par les baiTicades de 1588, devait lui interdire d'attaquer autrui , en l'obligeant à se défendre lui-même.
Le roi d'Ecosse sembla moins facile à apaiser : la mort de sa mère le pénétra d'indignation. Il dit hautement qu'un pareil acte ne resterait pas sans vengeance ^. Elisabeth , craignant les résolutions que pouvaient lui faire prendre ses propres ressentiments , l'animosité de ses sujets et les conseils des rois du continent, envoya auprès de lui le fils de son propre cousin germain lord Hunsdon, le jeune Robert Carey , qui avait eu l'art de se rendre agréable à ce prince. Robert Carey lui portait une lettre toute écrite de la main d'Elisabeth , qui s'y livrait à une apologie et à une affliction également peu sincères. Elle y parlait « de l'extrême douleur qui l'accablait pour le déplorable événement arrivé si contrairement à son intention *, >> et y prenait Dieu à
* Pap. de Sim., série B, liasse 59, n° 149.
^ Lord Scrope to Walsingham, 21 febr. 1587. — Wright's queeu Elisabeth and lier times, vol, II, p. 333, et Tytier, t. IX, p. 4,
^ Cette lettre, qu'écrivit Elisabeth le 14 (24) févr., est ex-
in MARIE STUAHT.
témoin qu elle en était entièrement innocente. Elle le suppliait de croire que, si elle l'avait commandé, elle oserait le reconnaître. « Je nai pas, disait-elle avec une fierté apparente , un cœur assez bas pour que la crainte d'aucune créature vivante et d'aucun prince m'empêchât de faire ce qui est juste ou me portât à le désavouer. Le lignage dont je sors ne m'expose point à d'aussi viles pensées. Tenez pour assuré que , malgré toutes les suites qui en résulteraient pour moi , je ne laisserais pas ce que j'aurais fait sur d'autres épaules '. « Elle affirmait à Jacques VI que, parmi les rois, personne ne lui était plus attaché qu'elle, et elle exprimait le plus tendre intérêt pour lui comme pour son État.
Dans les premiers moments de sa colère, Jacques VI ne souffrit pas que Robert Carey mît le pied en Ecosse , où le sentiment national se prononçait contre Elisabeth avec une grande violence. Il l'obligea de s'arrêter à Berwick. C'est là que sir Robert Melvil et le laird de Cowdenknowes allèrent entendre de sa part le message dont Carey était chargé sur la mort de sa mère. En même temps qu'il infligeait cet affront à la hautaine Elisabeth, il permettait que les chefs de la frontière écossaise ravageassent la frontière anglaise , et que les habitants des îles soutraite des ms. Cotton* Cal., ix, fol. 161, par M. Henri EUis, et 86 trouve dans le 3« vol., p. ââ de ses Original ktters.
* Ibid.