CHAPITRE XII
en parler à Catherine de Médicis\ Le duc de Guise les admit. « Ni la parenté, écrivit-il à Mendoza , ni aultre mien intére&t ne me peuvent contrepeser lo^ bligation et l'affection que j'ay au très-humble ser^ vice du roi d'Espagne. Je tiens Sa Majesté catholique pour père commun de tous les catholiques de la chrestienté, et de moi en particulier ^. » Il lui abandonna la vengeance de Marie Stuart, et se chargea de faire triompher en France le catholicisme, tandis que Philippe II le rétablirait en Angleterre^.
Disposant des vaisseaux et des marins de l'Italie , du Portugal et de l'Espagne, ce dernier prince , auquel obéissaient les soldats les plus aguerris de l'Europe, et qui recevait les trésors du nouveau monde , semblait avoir plus qu'un autre le moyen de réussir dans ce qu'il avait la volonté d'entreprendre. Le projet d'invasion qu'il avait déjà conçu en 1570, et dont il avait commencé les préparatifs en 1583*, donna lieu au plus vaste armement maritime qu'on
* Dépêche du 19 avril. /6W., n° 91.
* Pap. de Sim., série B, liasse 59, n° 178. Billet du duc de Guise, sous le nom de Mucio, à Mendoza, daté du 22 juin 1587.
* Ibid.y n» 238, dépêche de Mendoza au roi catholique du 26 mars.
* Strada, qui a fait son histoire De Bello Belgico avec de bons documents, et surtout avec les papiers du duc de Parme, est, en cela, d'accord avec ce que j'ai dit dans ce livre, d'après les Arch. de Sim., sur ce projet d'expédition. Liber nonus, Antverpiae, 1648, grand in-12, t. II, p. 630, 631.
eût encore vu; on y travailla avec une grande activité dans tous les ports de la monarchie espagnole. Le rendez-vous général de la flotte fut la rade de Lisbonne, où tous les navires de la Sicile, de Naples, de la Catalogne, de l'Andalousie, de la Galice, de la Biscaye, sous la conduite de leurs plus habiles et de leurs plus intrépides marins, durent se trouver au printemps de 1588. Cette flotte, qui reçut le nom d'Invincible Armada, se composait de cent trente-cinq- vaisseaux de diverses dimensions. Outre les caravelles, les ourques, les zabras, les galères , qui étaient les navires ordinaires du temps, soit à voiles, soit à rames, elle comptait un certain nombre de galions et quatre galéasses d'une grandeur énorme. Les galions étaient des vaisseaux ronds,' et les galéasses des vaisseaux plats gigantesques avec des châteaux fortifiés et plusieurs étages d'artillerie. Cette flotte , montée par huit mille hommes d'équipage , contenant vingt mille hommes de débarquement , chargée d'armes et de munitions de toute espèce, ayant des vivres pour six mois, et conduisant pour la conversion de l'île un vicaire général du Saint-Office , qu'accompagnaient plus de cent jésuites et autres religieux des ordres mendiants*, fut placée sous le commandement du mai'quîs de Santa-Cruz, amiral expérimenté et heureux, qui avait battu deux fois près de Terceire le prieur
* De Thou, liv. Lxxxix^