CHAPITRE XII
deux jurisconsultes Dale et Rogers, qui s'étaient rendus en Flandre au commencement de 1588 et $Y étaient abouchés avec le comte d'Aremberg, Perrenot , Richardot , de Macs et Grenier, plénipotentiaires de Philippe II. Aussi dissimvilé qu'Elisabeth , sachant tromper avec plus de calme et autant d'habileté qu'elle, ce prince avait accepté des ouvertures de paix , afin de la rassurer et de la surprendre. Les commissaires anglais demandèrent que l'ancienne alliance entre la maison de Bourgogne et l'Angleterre fût rétablie ; que les troupes étrangères fussent retirées des Pays-Bas et que ces provinces pussent jouir de la liberté de conscience. Les commissaires espagnols adhérèrent à la première de ces conditions et repoussèrent les deux autres comme contraires aux intérêts ou à la croyance du roi leur maître, et peu conformes, d'ailleurs, à la conduite de la reine Elisabeth , qui réclamait pour les protestants des Pays-Bas une tolérance qu'elle n'accordait point aux catholiques de l'Angletei're. On ne s'entendit pas mieux sur la restitution des villes engagées par les États à Elisabeth et sur le remboursement des sommes prêtées par Elisabeth aux États V. Cette négociation , poursuivie pendant les six premiers mois de 1588 , alarma Henri III , qui craignait surtout entre l'Espagne et l'Angleterre un rapprochement à la suite duquel Philippe II aurait soumis
* Camden, t. Il, p. 568 à 571. — Strada, t. II, liv. ix. TOM. 11. 28
AU MARIE ETUilRT.
les Provinces-Unies et puis maîtrisé la France. Aussi, pour détourner Elisabeth de tout arrangement, lui fit-il offrir, dans le cas où elle serait attaquée par les Espagnols, le double des forces que le traité de 1574 l'obligeait d'envoyer à son secours. Il eut avec lambassadeur Staffort ime longue conférence à ce sujet, et lui dit que le pape et le roi catholique s'étaient ligués contre la reine sa maîtresse en invitant et lui et les Vénitiens à s'unir à eux ^ ce qu'ils avaient refusé, « Si la reine d'Angleterre , ajouta-t-il, conclut la paix avec le roi catholique, cette paix ne durera pas trois mois , parce que le roi catholique aidera avec toutes ses forces ceux de la Ligue à me renverser, et vous vous pouvez imaginer ce qui est réservé ensuite à votre maîtresse *. » D'im autre côté , afin de mieux traverser cette négociation , il proposa à Philippe II une union plus étroite entre les deux couronnes de France et d'Espagne •, et en même temps il envoya mystérieusement à Constantinople un personnage de confiance chargé d'avertir le sultan que , s'il ne déclarait pas de nouveau la guerre au roi catholique , celui-ci , déjà possesseur des Pays-Bas , du Portugal, de l'Espagne, des Indes et de presque toute l'Italie, allait se rendre maître
*• Mendozâ était tenu au courant de cea propositions et en informait le roi catholique. Pap. de Sim*, série B, liasse 60, n" 117 et 279.
* Ibid,y série B, liasse 61, n*» 62.