CHAPITRE XII. m
de l'Angleterre et tournerait ensuite les forces de l'Europe entière contre les Turcs ^
Philippe II était instruit de toutes ces menées, qu'il se disposait à déjouer par la promptitude de ses coups. Il avait discuté les moyens les plus sûrs d'exécuter l'entreprise qu'il avait si laborieusement projetée et qu'il ne voulait pas différer davantage. Il avait repoussé, conmie entraînant des lenteurs, des avis fort sages, quoique très-divers, donnés par des hommes également expérimentés. Afin de ne pas exposer une aussi grande flotte que ï Armada aux dangers d'une mer fréquemment oi'ageuse, sir William Stanley avait proposé d'aborder en Irlande, où l'on se fortifierait et d'où l'on envahirait facilement l'Angleterre. Le colonel écossais Semple, d'accord avec l'ingénieur italien Plato qui avait dressé une carte des côtes britanniques, s'était prononcé, au contraire, pour une descente en Ecosse, où l'on trouverait la noblesse prête à prendre les armes et le peuple disposé à venger le meurtre de Marie Stuart. Enfin l'amiral Santa-Cruz et le prince de Parme avaient conseillé de s'assurer avant tout d'un grand port sur les côtes de Hollande ou de Zélande, afin que Y Armada^ après être entrée dans la Manche, pût s'y abriter contre les tempêtes, et, de là, faire voile sans obstacle pour l'Angleterre. Phî-
* Lettre du duc de Guise au duc de Parme, d'avril 1588, daiis les Pap. de Sim. série B, liaste 60, n® 112.
lippe II n'adopta aucune de ees prudentes mesures*. Ce prince circonspect , qui compromettait souvent ses projets par ses temporisations et annulait ses préparatifs par ses incertitudes , s*exposa cette fois par précipitation à échouer dans la plus grande entreprise de son règne.
Mais, s'il ne consentait point à ce que le prince de Parme s'emparât préalablement de Flessingue et des bouches de l'Escaut, il ne voulut pas, du moins, que V Armada quittât la rade de Lisbonne avant que le duc de Guise et les ligueurs eussent pris les armes contre Henri III*, afin d'empêcher toute diversion de la France en faveur de la reine Elisabeth. Dans ce but, le commandeur Juan Iniguez Moreo se rendit, de sa part, vers les premiers jours d'avril •, auprès du duc de Guise à Soissons, tandis que le prince de Parme renvoya en Ecosse le comte de Morton, qui était venu traiter avec lui au nom des catholiques de son pays, et qu'accompagna le colonel Semple, chargé d'inviter Jacques VI à venger enfin la mort de sa mère et l'outrage fait à la
* Strada, t. Il, Hv. ix, p. 634 à 637.
^ C'était aussi l'avis du duc de Parme. Strada, t. II, Hv. ix, p. 634, et dépêche de Meudoza à Philippe II du 25 févr. 1588. Pap. de Sim., série B, liasse 60, n° 254, et dépêclie du 16 mars, n° 277.
• Dépèche de Mendoza au roi catholique du 3 avril. Pap. de Sim., série B, liasse 60, n* 35.