CHAPITRE XII
nation écossaise \ Le commandeur Moreo réussit pleinement à Soissons. Il offrit au duc de Guise , dè« qu'il aurait rompu avec Heiiri III, 300,000 écus, 6,000 lansquenets et 1,200 lances, de la part du roi son maître, qui, de plus, retirerait son ambassadeur de la cour de France, et en accréditerait un auprès du parti catholique^. Le traité fut conclu à ces conditions, et le duc de Guise entra dans Paris, où l'attendaient les ligueurs et d'où il chassa Henri III , le 12 mai, par le soulèvement des barricades. Quinze jours après cette insurrection, qui réduisait Henri III à l'impuissance, et ne lui permettait pas même, selon les paroles du duc de Parme, d'assister la reine d'Angleterre de ses larmes^ dont U avait besoin pour pleurer son propre malheur^ ^ la flotte espagnole sortit du Tage et se dirigea vers les îles britanniques*.
Elisabeth était prise au dépourvu : trompée par les négociations qui se poursuivaient dans les Pays- Bas , elle avait partagé les espérances de paix qu'avait conçues le lord trésorier, dont la prévoyance et
^ Le duc de Parme l'a écrit à Mendoza. Dépèche du 1 1 mars 1588. Pap. de Sim., série B, liasse 61, n"" 105.
^ Punctos de la instruction, etc. Pap. de Sim., série 6, liasse 61, n*" 184.
* Papiers de Simancas, séné B, liasse 61, n"* 62.
* Lorsque t Armada mit en mer, le fameux poëte Gongfora fit un chant héroïque {caneton heroica) où éclatent les orgueilleuses espérances des Espagnols, leur haine et leur mépris pour Elisabeth. Voir Tappendix N, à la fin du volume.
rhabileté étaient cette fois en défaut. Malgré les conseils de Walsingham et de Leicestér, qui lui repré* sentaient Finvasion comme imminente, elle avait sacrifié sa sécurité à son avarice, et s était mise très*» imparfaitement en défense. Au moment où YAr^ mada prenait la mer , ses flottes n étaient point encore formées et pa» un seul homme n'était levé sur le sol de l'Angleterre. Heureusement une tempête vint à son secours. Avant d'avoir dépassé les côtes d'Espagne, Y Armada fut assaillie, à la hauteur du cap Finistère , par un premier ouragan qui la dispersa et la conti^aignit de rentrer fort maltraitée dans les ports de la Biscaye et de la Galice. Elle n'était plus, d'ailleui's, commandée par le marquis de Santa-Cruz. Ce marin expérimenté, malgré sa diligence et ses succès, n'avait pas trouvé grâce devant l'ardeur devenue impatiente de son maître. Philippe II lui avait reproché de n'être pas assez expédîtif, et lui avait dit avec une dureté ingrate : « Vous reconnaissez bien mal la bienveillance que j'ai eue pour vous^ )> Ces paroles d'un roi si absolu et si contenu avaient été meurtrières pour Santa-Cruz. Accablé de fatigue et de chagrin, il était mort, et Philippe II l'avait remplacé par Alonzo Perez de Gusman, duc de Médina-Sidonia , l'un des plus grands seigneurs de l'Espagne , mais peu propre à
* •< Maie tu quidexn pro benevolentia in te mea, mihi çratiam rependis. »» Strada, t. Il, liv. ix, p. 653.