‹ Histoire de Marie StuartChapitre 211 sur 224 · CHAPITRE XIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIÏ

mouth, où elle attendit YArmaday à l'ouvertui^e du canal qui sépare le continent de l'île, tandis qu'une forte division, conduite par lord Henry Seymour et Winter, se porta de l'autre côté du Pas-de-Calais pour joindre l'amiral hollandais F^onck et l'amiral de Zélande, Justin de Nassau ^ bloquer, de concert avec eux, les côtes de Flandre, et empêcher que la flottille du prince de Parme ne se réunît à Y Armada du duc de Médina-Sidonia.

Celle-ci remit enfin à la voile le 20 juillet; sa navigation fut d'abord heureuse, sous un ciel calme et à travers une mer tranquille. Cette flotte, la plus grande qu'eût encore portée l'Océan, .s'avançait majestueusement, réputée invincible par les 7,500 marins qui la manœuvraient, par les 19,000 soldats et la troupe nombreuse de prêtres ou de religieux qu'elle conduisait à la conquête et à la conversion de l'Angleterre. Avec ses immenses galéasses et ses formidables galions elle ressemblait à une ville fortifiée voguant sur les eaux. Après qu'elle eut passé la pointe de la Bretagne, excitant partout la surprise et l'admiration, elle arriva en face des vaisseaux anglais qui avaient jeté l'ancre à Plymouth. Supériem'e en force et favorisée par le vent qui soufflait du sud, elle pouvait accabler Howard et Drake , et, d'un seul coup, dégager la route de l'Angleterre. C'est ce que demandaient à l'envi les

* De Thou, liv. lxxxix, § ix.

capitaines espagnols ; mais le duc de Médina-Sidonia, les ayant rassemblés, leur montra l'ordre du roi qui défendait de combattre avant que la jonction avec le duc de Parme eût été opérée et qu'on eût conduit toutes les troupes sur les bords de la Tamise. Don Juan de Recalde soutint néanmoins qu'il convenait d'attaquer lorsqu'on était sûr de vaincre, et qu'il fallait servir le roi en lui désobéissant. Mais le timide duc de Médina-Sidonia, observateur scrupuleux des instructions qu'il avait reçues, reprit sa mai'che pour les côtes de Flandre ^ Il obéit trop bien à un ordre qui, donné loin des lieux et des événements, était une faute, puisqu'il interdisait d'offrir le combat avec opportunité, sans empêcher de le recevoir avec désavantage.

En effet, Hovrard et Drake, échappés à ce péril, suivirent Y Armada ^ qui, formée en croissant, s'avançait avec lenteur, et attaqu^ent victorieusement son arrière-garde. Dans ce canal étroit, dont ils connaissaient les passages et les écueils, leurs vaisseaux agiles surent toujoure prendre le vent, et, tout en évitant le choc de la masse redoutable contre laquelle ils se seraient brisés , ils parvinrent à l'entamer par d'importantes captures. Us lui livrèrent ainsi, le 4 août, un combat heureux, en face de File de Wight *, et l'inquiétèrent constamment jusqu'à la

* Strada, t. H, liv. a, p. 656, 667, 658. »Strada,îfctt/.,p. 659 à 661.

GHAPITRB Xll. 443

hauteur de Calais , où elle arriva et jeta Tancre le 6« Placée à quelques lieues de Dunkerque et de Nieuport, elle semblait alors toucher à Y un des termes de l'entreprise,

A rapproche de Y Armada, le prince de Parme, après avoir rompu les conférences entre les commissaires espagnols et les commissaires anglais, avait tout disposé pour s'unir à elle. Le 7 et le 8 août, il avait embarqué 14,000 hommes sur la flottille de Nieu^ port S et il était parti ensuite pour aller embarquer le restant des troupes de l'expédition sur la flottille de Dunkerque *. Le duc de Médina-Sidonia s'apprêtait à le joindre et à escorter ses vaisseaux plats jusqu'aux bouches de la Tamise. Mais Drake ne lui en laissa pas le temps. Avec son ardente et infatigable opiniâtreté, il n'avait pas cessé de poursuivre Y Armada ^ et il avait aussi jeté l'ancre non loin d'elle. Les élé* ments vinrent en aide à ses attaques. Dans la nuit du 8 au 9, le ciel se couvrit et l'atmosphère embmsée annonça un orage. Drake prit huit des petits navires les plus maltraités de sa flotte, les remplit de salpêtre, de bitume et d'autres matières combustibles, et les fit conduire, au milieu de l'obscurité, dans le voisinage des navires espagnols. A une certaine distance on y mit le feu, et les huit brûlots, éclairant tout à coup la nuit de leur lumière sinistre, s'avancèrent sur Y Armada. Celle-ci fut saisie d'épouvante. Elle

* Strada, t. II, liv. ix, p. 665 > Ibid.

craignit d'être incendiée comme l'avait été, quelques années auparavant, une autre flotte devant Anvers, et les Espagnols , levant leurs ancres et coupant leurs câbles, quittèrent précipitamment la côte et s'enfuirent avec confusion vers la haute mer '. Mais ils n'échappèrent à l'incendie que pour être exposés à la tempête.

Un violent orage éclata dans ce moment, et le vent du sud-ouest commença à souffler avec fureur* Poussée par cet ouragan, la flotte espagnole , que poursuivit encore le lendemain et que canonna tout le joiu» la flotte anglaise , fut jetée sur le rivage, entre Calais et les bouches de l'Escaut; elle eut beaucoup de peine à se tirer de ces bas-fonds , où échouèrent plusieurs galions et l'une des quatre grandes galéasses. ÏJ Armada avait déjà perdu quinze vaisseaux, portant quatre mille sept cent quatre-vingt-onze hommes, et elle ne pouvait échapper à tiile plus grande ruine qu'en sortant de ce 'dangereux canal. L'expédition était manquée, et le duc de Médina-Sidonia, poussé du sud au nord par la tempête, qui ne lui permettait point de traverser de nouveau la Manche sans périr, se jeta dans une route presque aussi hasardeuse. Il fit le tour de l'Angleterre , de l'Ecosse et de l'Irlande , et reprit à travers l'Océan septentrional le chemin de l'Espagne*. Dans cet orageux trajet,

* Strada^ t. II, liv. ix, p. 665 à 667. ^ Ibid., p. 667 à 669.

Page 1