CHAPITRE XII
points. Si elle n*avait pas prévu le péril d'assez loin, elle y avait fait face avec un généreux courage. Elle avait animé l'Angleterre de son intrépidité et de sa confiance; elle avait voulu se mettre à la tête de ses troupes , qu'elle visita dans leur camp de Tilbury, au milieu d'enthousiastes transports. Le peuple anglais, pénétré de reconnaissance et d'admiration, l'honora comme sa libératrice, et crut lui devoir tout à la fois le salut de son indépendance et la sé-<curîté de sa religion.
Quant à Philippe II, dont ce désastre arrêtait les prospérités politiques, il apprit la ruine de Y Armada avec la tranquille fierté du monarque le plus puis* sant de l'Europe. Ce fut son ministre favori, don Christoval de Moura, qui se chargea de la lui annoncer. Don Christoval le trouva écrivant des lettres dans son cabinet. Philippe II l'écouta sans changer de visage, w Je rends grâce à Dieu, dit-il, de m'avoir donné le moyen de supporter sans embarras une semblable perte et d'être en état de remettre en mer une flotte aussi grande. L'eau qui coule peut se perdre si la source n'en est pas tarie ^ » Keprenant
* Strada, t. II, liv. ix, p. 671. Cependant, d'après un fragment de la lettre qae don Juan de Idiaquez adressa , le 31 août 1B88, au prince de Parme, et que M. Gachard vient de publier, Philippe II éprouva de ce désastre plus de chagrin qu'il n'en montra. » Su Magestad lo ha sentido mas que se puede créer,* y si todavia no quedase alguna esperança en Dios de que podria haverse servido de responder por su
ensuite sa plume, il continua paisiblement à écrire \ Li'Armaday s'il faut croire ce qu'en dit l'ambassadeur Mendoza à l'historien de Thou , lui avait cependant coûté plus de cent millions de ducats*. IjCS débris eh arrivèrent au mois de septembre dans les ports de Santander et de la Corogne, conduits par le duc de Médina-Sidonia , qui reçut l'ordre de se retirer dans ses terres sans être admis à voir le roi , et par don Juan de Recalde , qui succomba bientôt aux fatigues qu'il avait essuyées. Philippe II fit part à ses peuples de ce grand revers dans le langage élevé et soumis d'un prince chrétien. Il demanda des prières publiques à tous les archevêques et évêques de ses États : « Les événements de la mer, leur écrivitil, sont variables, comme on le sait, et comme vient de l'éprouver Y Armada^, » Attribuant le malhem* survenu à des causes plus fortes que les précautions humaines, il les invitait à invoquer en sa faveur l'assistance de Dieu : « Recommandez, leur disait-il en finissant , toutes mes actions à Notre-Seigneur , afin que sa divine Majesté les fasse tourner à l'utilité
causa, y que, si vuelta del Armada ha dado occasîo a V. E., la havra sabido tomar de suerte que no se le escape de las manos, no sccomo se llevaria un sentimîento tan grande. » Correspondance de Philippe IL In-4°, Bruxelles, 1851, t. II, p. Lxxvii, et sa lettre du 3 sept,, i6ic/., p. txxviii.
* Strada, t. II, liv. ix , p. 671.
^ De Thou, lib. lxxxix, c. xiv.
•Herrera, t. III, p. 113.