CHAPITRE VIL
lord Boyd avaient voulu l'éviter en renouvelant leur protestation contre la marche de la conférence et en dissolvant celle-ci une seconde fois '. Ils avaient demandé avec une insistance persévérante que la reine d'Angleterre écoutât à cet égard la reine d'Ecosse elle-même. Mais le conseil privé approuvant tous les procédés d'Elisabeth, décida : — « Que, les crimes à cause desquels la reine d'Ecosse n'avait pas été encore reçue par la reine d'Angleterre étant aujourd'hui apparents f Sa Majesté ne pouvait pas, sans entacher visiblement son propre honneur, l'admettre en sa présence jusqu'à ce qu'elle s'en fût disculpée*. »
Appuyée sur cette décision de son conseil privé et des pairs qu'elle y avait admis, Elisabeth refusa, plus que jamais, à Marie Stuart l'entrevue que ses conunissaires sollicitaient sans l'espérer. Elle les informa en même temps que les pièces déposées par Murray seraient communiquées à leur maîtresse , si elle consentait à y faire une réponse directe : ou par ses commissaires à Westminster, ou par ime personne de confiance dûment autorisée, ou de sa propre bouche à un gentilhomme qui serait envoyé à Bolton pour entendre sa justification. Rejeter ces trois moyens de défense, leur fut-il dît, sous le pré-
* Andersen , t. IV, part, ii, p. 157 à 163.
* Anderson , t. IV, part, n, p. 177, 178. — Goodall, t. II, p. 269.
texte que la mne Marie ne trouvait point d'accès auprès de la reine Elisabeth , exposerait gravement cette princesse aux yeux du monde, qui ne comprendrait jamais que le refus d'une entrevue fût un motif de supporter silencieusement de pareilles imputations \ Peu de jours après, Elisabeth écrivit à Marie elle-même une lettre dans laquelle, blâmant ses commissaires d'avoir rompu la conférence sans vouloir répondre , elle lui disait hypocritement : — « Nous avons été depuis longtemps affligée de vos infortunes et de vos tribulations, mais notre affliction est doublée en voyant qu'on produit des preuves pour montrer que vous en êtes vous-même cause. Notre peine à cet égard est devenue d'autant plus grande que nous n'aurions jamais pensé avoir à connaître et à entendre des faits d'une si forte apparence et d'tine telle gravité mis à votre charge et présentés pour votre condamnation. Néanmoins l'amitié, la parenté, la justice nous portent à couvrir ces matières, à suspendre notre' jugement, à ne rien faire à votre préjudice avant d'avoir vu ce que vous avez à répondre. » Elle la pressait de donner cette réponse , devenue nécessaire, par l'un des trois moyens indiqués à ses commissaires^.
Marie repoussa cette invitation insidieuse. Elle
* Goodall , t. n , p. 257, 260. 263, 2M. > Elisabeth à Marie , 21 déc, 1568, dans Anderaon» t. IV, part. II, p. 183 , 184.