CHAPITRE VU
n'accepta point lé rôle d'accusée. Adroite et courageuse, quelquefois troublée, jamais abattue, elle déploya alors toutes les ressources de son esprit et toute l'énergie de son caractère. Ayant tout mis en œuvre pour empêcher la communication des pièces qui servaient à l'incriminer, ayant eu recours aux menées habiles de Lethington, aux conseils prudents de Norfolk, ayant offert un moment de se démettre et toujours de se réconcilier, lors même qu elle était le plus grièvement offensée, elle se redressa avec la fierté d'une reine et se montra aussi hardie qu'elle avait paru accommodante. Elle attaqua Murray , au lieu de se défendre contre lui.
Elle écrivit à ses commissaires : — « Le comte de Murray et ses adhérents, nos rebelles sujets, pour colorer les horribles crimes et les offenses dont ils se sont rendus coupables envers nous, leur souveraine dame et maîtresse, ont prétendu comme excuse « que de même que le comte de Bothwell a été le prihcipal exécuteur du meurtre commis contre la personne de Henry Stuart notre mari, de même nous avons connu , conseillé , comploté , commandé ledit meurtre ^ » Ils ont faussement, traîtreusement, méchamment menti , en nous attribuant avec malice le crime dont eux-mêmes ont été les auteurs , les
* Lettre de Marie Stuart à Tëvôque de Ross , à lord Herries et à l'abbé de Killwinning , 19 déc. 1568 , dans Labanoff, t. II, p. 257, 258.
60 MARIE SïUART.
inventeurs , et quelques-uns d'entre eux les propres exécuteurs. » Repoussant le reproche d'avoir empêché les poursuites de la justice contre les meurtriers de Damley et d'avoir consenti d'avance au mariage avec Bothwell , elle se servait, avec l'habileté la plus éloquente, du danger auquel les lords prétendaient qu'elle avait voulu exposer son fils : — « Cette calomnie, disait-elle pathétiquement , suffit pour faire juger tout le reste. L'amour naturel d'une mère pour
son fils est là pour les confondre Dans la malice.
et l'impiété de leurs cœurs, ils jugent les autres d'après leurs propres sentiments ^ )>
Elle soutenait que, décidés à s'insurger pour s'emparer de son autorité, et cherchant à mettre le peuple de leur côté par des prétextes plausibles , ils avaient affecté de vouloir la délivrer des mains de Bothwell qui l'avait enlevée d'accord avec eux , venger la mort de son mari qu'ils avaient tué, préserver son fils qui se trouvait sous la garde de l'un d'enti'é eux , le comte de Mar. Elle ajoutait que leurs actes n'avaient pas répondu à leurs déclarations, et avaient bien prouvé que leur unique but était de se rendre maîtres de sa personne et d'usurper son pouvoir. Elle rappelait tout ce qu'ils avaient fait depuis le meurtre de Riccio pour en venir là , protestait à la fois contre la démission qu'ils l'avaient
* Labanoff, t. H, p. 258, 259.