‹ Histoire de Marie StuartChapitre 4 sur 224 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

prouvé son innocence dans le meurtre de son mari '. La nécessité de cette justification préalable était le moyen qu Elisabeth avait imaginé pour l'éloigner de sa présence et la retenir dans ses États.

Admis le 29 mai en présence de Marie Stuart, lord Scroope et sir Francis KnoUys s'acquittèrent de leur mission. Lorsqu'ils lui eurent fait connaître les hypocrites regrets et le refus offensant de leur maîtresse, Marie Stuart, les larmes aux yeux, se plaignit douloureusement de ce que la réponse de la reine sa sœur était si peu conforme à son attente. Elle protesta avec chaleur contre les imputations dont elle avait été l'objet, et dit que ses indignes sujets avaient calomnié sa conduite pour mieux renverser son autorité. Elle demanda de nouveau et très*instamment que la reine sa sœur l'aidât à triompher de leur rébellion ou lui permit d'aller sur le continent invoquer l'assistance des princes ses parents et ses alliés, qui ne refuseraient ni de la recevoir ni de la secourir *. Les envoyés d'Llisabeth la trouvèrent pleine de dignité dans son attitude, d'é* loquence dans son langage, d'esprit dans ses jugements, de courage dans ses revers^. Frappés des

^Lettre de lord Scroope et de sir Francis Knollys du 29 mai 15@8 à Elisabeth, dans Anderson, t. IV, part, i, p. 53, 54.

» Ibid.

' u And w6 fownd hyr in hyr answers io hâve an éloquent tonge, and a discreet hedd; and it aeemeth by hyr doyngs

qualités aimables et brillantes qui tout d'abord saisissaient en elle, ils la peignaient comme une femme très-remarquable et très-résolue, prête à recommencer la lutte le lendemain même de la défaite î.

Après sa conférence avec lord Scroope et le vicechambellan KnoUys, Marie Stuart fit partir pour Londres lord Fleming et lord Herries. Ils devaient tâcher d'y contracter un emprunt sur les revenus qu'elle avait en France comme reine douairière*. L'argent de cet emprunt aurait servi à soutenir en Ecosse ses partisans, que Murray poursuivait à outrance depuis la bataille de Langside. Le château de Dumbarton y tenait encore pour elle. Le sud du royaume lui restait toujours attaché, et le nord avait peu souffert de la dernière guerre à laquelle les contingents militaires des chefs septentrionaux n'avaient pas eu le temps de prendre part. Aussi envoya-t-elle de Carlisle un warrant au comte de Huntly, qu'elle invitait à réorganiser son parti par des confédérations^. Herries et Fleming avaient ordre de se présenter à Elisabeth , qu'elle conjurait encore de lui venir en aide, ainsi que l'y obligeaient les relations

that she hath stowte couraçje and liberalle harte adjoyned therunto. » Andersen , t. IV, p. 154.

* Knollys en fait un portrait sous ce rapport fort curieux, dans sa lettre du 11 juin 1568 à Cecil. Anderson, t. IV, p. 71 et 72.

^ Instructions du 30 mai, dans Labanoff, t. II, p. 86 à 90.

3 Ce warrant est dans Labanoff, t. II, p. 94, 95.

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