CHAPITRE VIF
contrainte de donner et contre les imputations dont ils avaient osé la charger'.
Marie Stuart se justifiait en récriminant. Les lords qui lavaient attaquée, emprisonnée, détrônée, mise en fuite, et qui la poursuivaient jusque dans un royaume étranger , méritaient la plupart de ces sanglants reproches. Membres de cette noblesse d'Ecosse, turbulente, factieuse, sans fidélité, sans honneur, sans scrupule ,' qui avait passé d'un complot à Tau* tre, se soulevant tantôt pour la reine, tantôt contre elle, un jour liguée avec Murray, un autre avec Lennox, lui autre avec Bothwell, tuant Riccio, abandonnant Damley, proscrivant Bothwell après l'avoir encouragé, et le laissant échapper après s'être armée pour le prendre, ils prétendaient venger un crime que beaucoup d'entre eux avaient ou con^ seillé , ou connu , ou souffert. Murray était un ambitieux qui sacrifiait à sa propre élévation le pouvoir, la liberté et la réputation de sa sœur. Il avait consenti à l'assassinat de Riccio, et, sans être le complice de celui de Damley^ il n'est pas sûr qu'il l'eût entièrement ignoré. Morton avait dirigé le premier de ces meurtres, et il était entré avec Bothvrell en délibération sm* le second. Lethington s'était associé à tous les deux. Il n'y avait d'innocence nulle part. Le zèle orthodoxe de Marie, l'austérité presby-
* Labanoff, t. II, p. 259, 260.
térienne de Murray, de Morton, de Lethington, ne les avaient pas détournés des plus coupables entraînements ou des plus odieux calculs. Dans ce siècle violent les croyances étaient moins fortes que les mœurs, et la religion qui avait beaucoup de pouvoir sur Fesprit en exerçait bien peu sur la conduite^ Aussi les passions du teinps et du pays se retrouvé^ rent dans la reine et dans les sujets avec les désor^ dres qui les accompagnent, les men'^onges qui les couvrent, les criminelles hardiesses qui les satisfont, et pour tous elles furent suivies des durs châtimeats qui les attendent. Aucun n'en avait été exempt , aucun ne demeura impuni.
Les commissaires de Marie Stuart, obéissant aux ordres qu'ils avaient reçus d'elle, accusèrent le régent et les siens d'être coupables du meurtre dont le régent et les siens se rendaient les dénonciateurs ^ Ik avaient déjà demandé la copie des lettres attribuées à leur souveraine. L'évéque de Ross s'était effoi*cé d'en infirmer l'autorité. Il avait prétendu , dans uo long mémoire^, qu'on ne pouvait pas les admettre comme moyen d'évidence , que la comparaison des écritures était fallacieuse , et que de semblables pièces étaient insuffisantes pour constituer une preuve lé*
* Goodall, t. II, p. 271, 272. — Maie. Laing, 1. 1, p. 185. -^Tylîer, t. Vn,p. 260.
2 Goodall, t. II , p. 392. — Malr. Laing, t. I, p. 184. — Haynes, p. 4.95,496.