CHAPITRE VU
de bon voisinage, la proximité du sang, les promesses de Famitié , les devoirs de la royauté. Dans sa pressante lettre, elle exprimait le désir u d'être admise en diligence et sans cérémonie auprès d'elle pour lui exposer ses griefs et se décharger des calomnieuses paroles qu'on avait osé proférer contre son honneur^.» Si Elisabeth ne consentait ni à la recevoir dans sa cour ni à l'assister en Ecosse , elle réclamait la per* mission de se retirer ailleurs et d'invoquer un autre appui. Lord Fleming devait aller solliciter les secoui's de la France. Marie Stuart lui avait donne des lettres aussi touchantes qu'adroites pour Charles IX, Catherine de Médicis et le cardinal de Lorraine*. Envoyer deux mille hommes de pied à Dumbarton, fournir l'argent, les cuirasses et les haïrais nécessaires à l'armement et à l'entretien de cinq cents cavaliers, expédier de l'artillerie et des munitions pour recouvrer les autres forteresses de l'Ecosse, accorder l'ordre de Saint-Michel à deux ou trois des seigneurs qui s'étaient le plus distingués par leur courage et leur dévouement à sa cause, afin d'encourager les autres et d'affermir leur fidélité : telles étaient les demandes que lord Fleming était chargé d'adresser à la cour de France au nom de Marie Stuart ^
Elisabeth n'accéda à rien. Mais, selon sa cou-
* Lettre de Marie Stuart à Elisabeth. Labanoff, t. H, p. 80. 5 Labanoff, t. II, p. 78, 86, 91. — *' Ibid., p. 87, 88.
no MARIE STUART.
tume , elle n'exprima point ses refus d'une manière ouverte et décidée. Elle trompa Marie Stuart , de peur de la désespérer. Elle saisit avec habileté l'offre que cette princesse trop confiante lui faisait de venir se disculper devant elle pour la soumettre à sa juridiction. Le régent Murray semblait aussi la prendre pour juge. En apprenant que la reine fugitive était à Carlisle, il s'était déclaré prêt à démontrer devant Elisabeth la culpabilité de Marie Stuart et la justice de sa dépossession. Il consentait, avait-il dit, à être enfermé à la tour de Londres s'il n'en fournissait pas les preuves les plus évidentes ^ L'esprit artificieux d'Elisabeth trouva dans cette double proposition le moyen dont sa politique avait besoin. Changeant une offre de s'expliquer en obligation de se défendre , elle entendit contraindre à se justifier devant elle : Marie du meurtre de Damley qui lui était attribué par Murray, et Murray de la rébellion qui lui était reprochée par Marie. Elle affecta cependant de ne se rendre arbitre entre eux que pour avoir une occasion de les réconcilier.
Après avoir fait attendre quelque temps les deux envoyés de la reine d'Ecosse, elle les admit à son audience *. Suppliée par eux de prendre en main la
* Lettres de Drury à Cecil, du 22 mai et du 17 juin 1568, au State Pap. Off., et dans Tytier, t. VII, p. 224.
> Lettre de Bochetel de la Forest à Charles IX du 19 juin 1508, danê Teulet, t. II, p. 296.