CHAPITRE Vin
poursuivi à i'insu d'Ellisabeth , rencontra un grand encouragement dans iin grand intérêt public. La succession à la couronne , que cette princesse avait jusque-là refusé de régler, inspirait des craintes universelles. On se souvenait avec effroi des guerres dynastiques des deux maisons d'York et de Lancastre qui avaient ensanglanté l'Angleterre pendant près d'un demi-siècle. On voulait prévenir une lutte semblable entre les divers prétendants qui aspiraient à l'héritage d'ime reine dont la vie menacée par des indispositions fréquentes ne semblait pas devoir être longue. Faire épouser le personnage le plus important de l'Angleterre ' à la parente la plus rapprochée d'Elisabeth, à l'héritière la plus directe de Henri VII ; unir la catholique Marie au protestant Norfolk , parut une combinaison heureuse et très -souhaitable. Les partisans fort nombreux de l'ancienne religion y virent l'espoir de son rétablissement ou tout au moins de sa tolérance sous l'autorité de Marie ; les sectateurs de la croyance nouvelle y trouvèrent une garantie de son maintien dans le zèle religieux qu'ils suppoôient à Norfolk. Le comte .d'Arundel, le premier par le rang après le duc de Norfolk , et membre comme lui du conseil privé; le comte de Pembroke , grand maître de la maison de la reine et très-puissant dans le pays de Galles ; les comtes
* 'Mémoires de Melvily t. I, liv. m, p. 303.
de Westmoreland et de Northumberland , lord Liimley, gendre du comte d'Arundel , catholiques plus ou moins déclarés, y souscrivirent. Les comtes de Cumberland, de Bedford, de Sussex, de Derby^ que consulta le duc de Norfolk, ne s'en montrèrent point éloignés. Leicester lui-même en embrassa le projet*, soit qu'il voulût se ménager un appui s'il perdait Elisabeth, dont la faveur excitait contre lui beaucoup d'envie et d'inimitié ^, soit qu'il chei*^ chat à tout savoir, pour mieux servir la reine sa maîtresse lorsqu'il le faudrait. Le duc de Norfolk, eu même temps qu'il avait obtenu l'adhésion de la grande noblesse, comptait sur l'assistance de la noblesse des comtés. Il consulta également les am* bassadeurs de France et d'Espagne ^, avec lesquels il était en étroite et mystérieuse relation et qui y donnaient l'assentiment de lem* cour *. Les principaux chefs de cette ligue se ct'oyaient assurés d'y amener plus tard Elisabeth ou de l'y conti'aindre ^,
* Lesly's Negotiadons , dans Anderson, t. III, p. 55 et 62. — Sir Nie. Tlirockmorton à Letliiiiçton, 29 juillet 1569, dans Robertson, Pièces justificatives n*» XXXII.
2 Dépêche de La Mothe Fénelon du 27 juillet 1569, t. II, p. 123, 124.
» Ibid., p. 127.
* Lesb/s Negotmtions. Andersen, t. 111, p. 63.
^ Dépêche de La Mothe Fénelon du 27 juin 1569, t. II, p. 126, 127.