CHAPITRE VIII. • g
Il fallait avant tout lui enlever le ministre vigi* lant qui dirigeait sa politique. Cecîl avait rendu Elisabeth la protectrice universelle du protestantisme en lui faisant pensionner les princes luthériens en Allemagne, soutenir les lords de la congrégation en Ecosse , encourager les huguenots armés en France, aider secrètement les insurgés religieux dans les Pays-Bas. Il l'avait déjà entraînée dans une démarche d'une gravité extrême à Fégard de Philippe II. Des marchands génois , portant sur des navires basques et galiciens de l'argent au duc d'Albe pour la solde de ses troupes, avaient cherché un abri dans les ports d'Angleterre contre des pirates qui les poursuivaient. Elisabeth les fit saisir sous le prétexte qu'ils étaient arrivés dans ses États sans autorisation et sans passe-port. Elle s'empara des sommes dont ils étaient chargés et dont le duc d'Albe réclama vainement la restitution. Ce fier Espagnol arrêta, en représailles, les marchands anglais et leurs marchandises par une mesure que Philippe II appliqua aux sujets d'Elisabeth, dans toute l'étendue de sa mo* narchie. Elisabeth, de son côté, soumit au même traitement tous les sujets de Philippe II qui trafiquaient en Angleterre , et bientôt l'arrestation des ambassadeurs des deux souverains, du docteur John Mann à Madrid, et de don Gueraldo d'Espès, successeur de Gusman de Silva^ à Londres, avait suivi
* L'ambîtssadeur espagnol avait été arrêté le 8 janvier 1569
8i • MARIE STUART.
rinterruption violente du commerce entre les deux pays. Déjà en lutte sourde avec la France, où les relations commerciales étaient aussi suspendues, à cause des secours accordés aux huguenots soulevés, Elisabeth était sur le point d'avoir la guerre avec l'Espagne. Gecil l'y poussait*. Il avait fait mettre les ports de l'Angleterre en état de défense, amasser des ai^mes et des munitions, équiper des vaisseaux, lever des troupes *, et affronter les deux puissances catholiques les plus redoutables du continent.
Cette politique devenait dangereuse. Les chefs de la grande noblesse ne le cachèrent point à la reine, auprès de laquelle ils attaquèrent le ministre aventureux qui l'avait conseillée^. Elisabeth avait des moments d'incertitude et de timidité. Elle n'était pas à cette époque sans crainte sur sa situation. Les habitants des ports et des villes souffraient beaucoup de la cessation du commerce et montraient contre elle un mécontentement extrême. Les catholiques opprimés étaient prêts à se soulever au nom de la petite-fille catholique d'Henri VII , qu'elle retenait prisonnière au milieu d'eux. Le pape Pie V instruisait à Rome son procès pour la détrôner comme hérétique opiniâtre. Marie Stuart la dénonçait à Philippe II comme
dans son liôtel , par le secrétaire Cecil et l'amiral Clinton. — Don Tomas Gonzalez , Apuntamientos ^ etc. p. 88.
* Dépêche de La Mothe Fénelon du 21 juin 1569 , t. II , p. 51. —^Ibid., t, II, p. 48à 51. — » Ibid.y p. 51.