CHAPITRE Vlll
Stuart adhéra à toutes les conditions imposées à son rétablissement. Le seul article qui l'arrêta un moment fut la ligue offensive et défensive entre l'Angleterre et rÉcosse. Elle demanda à consulter la cour de France \ retenue qu elle était par la crainte de perdre son douaire et de se priver d'un appui ancien, avant d'être sûre d'en acquérir un nouveau.
Quant au mariage avec le duc de Norfolk , son plus vif désir était de le conclure , afin de se concilier la faveur de la noblesse d'Angleterre, Déjà en correspondance secrète avec le duc, elle lui adressait des lettres pleines de tendresse et de confiance. — a Je n'ai pas autre chose en tête, lui écrivait- elle, que ce que vous avez en main *. » Elle feignit cependant alors quelque hésitation et répondit : — « qu'elle avait été si malheureuse dans ses mariages précédents, qu'elle n'avait jamais arrêté sa pensée sur un pareil sujet, et qu'elle avait plutôt l'intention de vivre solitaire le reste de ses jours ^. >» Elle n'en dit pas moins à la fin — « que, toutes les autres clauses étant admises à son honneur et à sa satisfaction, elle serait heureuse de suivre l'avis de la noblesse d'Angleterre , et qu'elle épouserait de préférence le
^ Leslys Negotiations , dans Anderson, t. III, p. 53.
'al bave none other mathers in liead that them you bave în faand to be occupîed witb. » Marie Stuart au duc d^ Norfolk, 11 mai 1569, dans Labanoff, t. II, p. 345.
^ Lesly's Neg&tiations, dans Anderson, t. III, p. 53.
duc de Norfolk , parce qu'il était le plus considéré et le mieux aimé par la noblesse et par les autres classes du royaume ' . »
Elle envoya lord Boyd à Londres avec sa réponse sur tous les points, et elle chargea James Borthwick d'aller chercher en France une déclaration attestant qu elle n'avait jamais cédé au duc d'Anjou ses droits à la couronne d'Angleterre. Cette déclaration devait rencontrer d'autant moins de difficultés* que la cession éventuelle du 4 avril 1558 avait été faite au roi de Fmnce lui-même, et dans des conditions qui n'existaient plus^. Lord Boyd, après avoir conféré avec Elisabeth et avec les principaux membres de son conseil, repartit avec les propositions de la reine et de la noblesse d'Angleterre. Il passa par Wingfield, où il porta à Marie Stuart des lettres très-favorables d'Elisabeth et des plus grands personnages de sa cour*. Cette reine crut toucher au terme de ses épreuves et chargea lord Boyd de ses demandes pour le régent et les États d'Ecosse.
* Lesly's Negoûalionsy dans Anderson, t. III, p. 54.
^ En effet, Charles IX le 10 juillet, le duc d'Anjou le 17 juillet, fournirent deux déclarations qui sont dans La Mothe Fënelon, t. I, p. 431 et 433. Apportées par Borthwick, elles furent remises à Elisabeth en août 1569. Dépêche du 26 août de La Mothe Fénelon, t. II, p. 178.
3 Voir t. I, p. 51 et 52 de cette histoire.
* Leslys Negotiations, dans Anderson, t. III, p. 55.