CHAPITRE Mil
Lord Boyd se rendit auprès de Murray, de qui dépendaient le rétablissement de Marie et son mariage avec Norfolk. Il le rencontra à Inverness *, au retour de son expédition contre les montagnards du nord, et au moment où sa complète victoire avait le mieux affermi sa domination. Il lui remit une lettre du duc de Norfolk qui lui rappelait sa promesse relativement au mariage avec la reine sa sœur. Norfolk lui disait qu'il était allé si loin à cet égard qu'en conscience il ne pouvait pas revenir sur ses pas , ni s'avancer davantage avec honneur, sans que le régent eût fait disparaître les empêchements qui l'arrêtaient encore. Tout marcherait bien ensuite et s'achèverait au gré et à l'avantage de Murray. — « C'est pourquoi, ajoutait-il, mon bon lord, ma très -pressante requête est que vous veuilliez procéder avec quelque promptitude, afin que les ennemis de cet excellent projet et de l'union de , cette terre en un seul royaume, dans le temps à venir^ ainsi que du maintien de la vraie religion de Dieu , ne trouvent pas le moyen de s'y opposer *. » Throckmorton, qui avait rempli tant de missions en Ecosse, recommandait non moins vivement ce projet à son ami Lethington. Il l'excitait à mettre toute son habileté à le faire réussir, comme la chose la
* Les tifs Negottaûons, Anderson , t. III, p. 70. ' Norfolk à Murray, !•' juillet 1569, dans Haynes, p. 520.
plus heureuse pour les deux royaumes. Il l'assurait que le duc de Norfolk, les comtes d'Arundel, de Pembroke, de Leicester, de Bedford, de Sbrevvsbury, toute la noblesse d'Angleterre, et même le secrétaire Cecil y donnaient leur assentiment. — « On a cru devoir le cacher, ajoutait-il, à la reine Elisabeth , jusqu'à ce que vous , comme le ministre le plus propre à cela, lui en ayez fait la proposition au nom du régent et de la noblesse d'Ecosse ' . «
Lethington désirait ardemment ce mariage, dans lequel il voyait l'accord présent des partis et la réunion future des royaumes d'Ecosse et d'Angleterre. Il ne pouvait pas en être de même de la part de Murray, malgré les offres qu'il avait faites à Norfolk au moment de quitter I.ondres. La restauration de sa sœur lui eût enlevé l'autorité suprême, à la possession de laquelle il tenait plus qu'il ne le disait^ et elle aurait fini par compromettre sa sûreté et même sa croyance. Il était trop avisé comme ambitieux, trop zélé comme sectaire , pour y consentir et surtout pour y travailler. Néanmoins, avec sa dissimulation accoutumée, il ne se montra pas contraire au vœu du duc de Norfolk et de Marie Stuart^ et il renvoya lord Boyd à l'assemblée générale des États qu'il avait convoquée à Perth pour le 26 juillet^. En
* Sir Nicbolas Throckniorton à lord Lethington, 20 juillet 1569^ dans Uoberlson , Pièces justificatives n^ XXXII. ' Leslys Negoûatïons, Anderson , t. 111, p. 70.