CHAPITRE VU. \i
cause de leur maîtresse, elle s'y montra très-clisposée. — « Mais, ajouta-t-elle, ses sujets ont semé par le monde un bruit scandaleux et honteux qu elle connaît assez; son honneur et le mien exigent que la chose soit recherchée, non pour me constituer juge, mais pour m'enquérir d'eux de ce qui les meut à parler ainsi et de quel droit' ils s étaient saisis de sa personne, de sa couronne et de ses forteresses, et de tousses biens, en quoi ils ne peuvent être excusables. — Et madame, dit lord Herries, s'il y avait apparence autrement, ce que Dieu ne veuille? — Alors encore, répondit-elle, je ne manquerais pas de l'arranger le mieux possible et le plus diligemment avec ses sujets à son honneur et moyennant leur sûreté*.» Herries ayant demandé qu'il fût loisible à sa maîtresse de se rendre sur le continent ou tout au moins de retourner en Ecosse dans le petit bateau qui l'avait portée en Angleterre*, Elisabeth s'y refusa absolument. — » Quant au passage de ma bonne sœur en France , dit-elle , je ne veux pas me montrer imprudente à ce point et être ainsi désestimée entre les autres princes. Lorsqu'elle était là , le roi son mari entreprit de lui donner le nom et les armes de ma couronne , moi estant en vie ; je ne veux me mettre en un pareil encombre... Quant à son retour
* Lord Herries à Marie Stuart» le 28 juiû I6689 dans Teulet, t. II, p. 337.
s Ifnd., p. 336.
H iMARlE STUART.
en Ecosse en si sobre équipage que vous avez dit, puisqu'elle est venue en mon pays, ce ne seroit ni son honneur ni le mien , et elle n'y trouveroit pas son profit ^ » Elle persista donc dans le projet qu'elle avait conçu et déclara qu'elle agirait en faveur de Marie Stuart avec une diligence et une amitié * qui n'étaient ni dans ses habitudes ni dans son cœur ^.
Comme elle redoutait par-dessus tout l'intervention de la France dans les affaires d'Ecosse , elle ne permit pas à lord Fleming de se rendre auprès de Charles IX*. Elle avait déjà fait partir Master Mid-
* Teulet, t. II, p. 238. — Elle dit la même chose à l'ambassadeur d'Espagne, don Gnsman de Silva, qui Pécrivit en ces termes à Philippe II: « ...Porque dexarla yr a Francia no lo haria en ninguna manera; y tornar a su reino sola, faaviendose metido en sus manos, séria (jran deshonor suyo y deste reino, haviendose venido a soccorrer â el; y que tenerla con libertad en este reino, por las pretensas que ténia a la corona, era pelig^roso, porque saliendo algunas veces, como lo haria , podia sadisfazer al pueblo de las cosas passadas y ganarle. » Dépêche ms. de Gusman de Silva à Philippe II du 3 juillet 1568. Arch. de Simancas, Neg. de Estado Inglaterra, leg. 820.
2 Teulet, t. II, p. 236 et 238.
* Bochetel de la Forest écrivait le 24 juin à Catherine de JVlédicis que ce n'étaient « que subterfuges et delayemens. n Teulet, t. II, p. 230.
* « Quant à Flemmyng, ceste royne luy a denyé tout à plat son passeport. » Lettre de Bochetel de la Forest à Charles IX, du 19 juin 1568. Teulet, t. Il, p. 228.