‹ Histoire de Marie StuartChapitre 64 sur 224 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

écossais, le conducteur résolu du gouvernement du jeune roi , l'allié utile d'Elisabeth. Il avait de fortes qualités, le cœur vaillant, l'esprit haut et ferme, le caractère énergique, les mœurs honnêtes et rigides; et cependant il avait été quelquefois violent, souvent fourbe, et tour à tour altier ou humble , selon les besoins de sa cause et les intérêts de sa grandeur. Il avait agi en sectaire et en ambitieux. Pour soutenir ^ croyance, il s'était rendu maître de l'État. Dans l'exercice du pouvoir suprême, il avait déployé la vigilance la plus soutenue, fait observer la règle la plus inflexible, et le peuple, qui voyait sous son administration s'introduire dans le royaume une justice sûre et un ordre inconnu , lui décerna et lui a conservé le titre de bon régent. Conformant sa conduite privée à sa croyance religieuse, il avait donné à sa maison l'aspect d'une église plus que d'une cour, et il avait acquis la confiance comme l'affection de la secte presbytérienne. Mais l'intérêt de la religion l'avait emporté chez lui sur le sentiment de la nationalité, et, dans ses rapports avec Elisabeth , il s'était plus montré protestant qu'Écossais. Formé dans les troubles, il s'était accoutumé aux violences. Il avait adhéré au meurtre de Riccio , et l'attentat contre Darnley ne l'avait pas trouvé sévère envers tous ceux qui y avaient ti'empé. Auteur de la guerre civile , il finît par en être victime ; complice d'un premier meurtre

et en ayant toléré un second , il périt yictîme d'un assassinat. Les procédés par lesquels on s'élève sont bien souvent ceux par lesquels on tombe. Telle est la loi ordinaire des événements dans laquelle éclaté la justice cachée de la Providence!

La mort de Murray rendit toutes ses espérances au parti abattu de la reine. Ce partie qui venait d'être vaincu en Angleten'e , se releva soudainement en Ecosse. Les Hamilton se réunirent en armes *- Lethington , qui se fit absoudre sans peine de l'accusation que lui avait intentée le régent * , se joignit bientôt à eux avec le laird de Grange. Le duc de Châtellerault et lord Herries redevinrent libres. Le parti de la reine prisonnière^ maintenant compose de la plus grande partie de la noblesse , conseillé pai* le politique le plus habile , soutenu par le capitaine le plus vaillant, fut bientôt dominant en Ecosse. Il s'empara d'Edimbourg et parut prêt à rétablir Marie Stuart, dont il reconnut et proclama de nouveau l'autorité. En même temps que se déclarait ce retour de fortune pour Marie Stuart dans son propre pays , sa rivale vit se renouveler les périls ttuxqueli elle venait d'échapper dans le sien. Le pape Pie V, regrettant sans douté de n'avoir pas secondé les iîi*surgés catholiques anglais par le secours de ^i armes spirituelles, lança contre Elisabeth ime séiîteiiGé

* Tyller, t. VII , p. 307 et 312.

2 Diumal of occiirenisy p. 158. Tytler, p. 318.

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d'excottitnutikation et de déporitioti *. Les chefs des clans des Scott et des Ker^ les lairds de Buccleiigh et de Fftriiyhirst se jetèrent avec le comte de West*liiofehtid en Angleterre*, où Léotiard Dacre de Oisland^ qui n'i^vait pas pu prendre part à la précédente révolte, releva l'étendard de l'insurt'ectlon et se mit en peu de jours à la tête de trois raille hommes^.

Elisabeth se crut en grand danger. Les victoires consécutives que le^ catholiques de France avaient remportées sur les huguenots, battus à Moncotitour après l'avoir été à Jamac, et qui avaient perdu la ville de Saint-Jean-d'Angély après avoir échoué contre celle de Poitiers, lui faisaient craindre une expédition française en Ecosse. Elle ne redoutait pas moins que le duc d' Albe , de plus en plus affermi dans les Pays-Bas, où 11 construisait des citadelles pour contenir dans la soumission les ennemis accablés de son maître , Ue songeât à une descente en Angleterre. Le meurtre du régent Murray lui avait causé autant d'affliction qu'il avait inspiré de joie à Marie Stuart. A cette nouvelle, elle s'était enfermée dans sa chambre et avait dit en pleurant qu'elle avait perdu le

* 25 févr. 1570, — Bddchetti, U XII, p- 105, 107. îTytlei', t/vil,p. 312.

* Memorials ofthe rebelHon^ etc. — Lingard, t. VIII, ch. !•'. ^Hunsdon à Èlisabeih, 20 et 27 févr. 1570, au Stat- Pap. Off., et dans Tytler, t. VII, p. 319 , 320.

un MARI^ STUART.

meilleur et le plus utile ami qu'elle eût au monde *• Mais elle ne se borna point à des regrets stériles. Le mouvement trop tardif de Dacre fut comprimé par les forces combinées de lord Hunsdon et de sir John Forster, qui attaquèrent sur le Gçlt , dans le Cumberland, ce vaillant chef de la seconde insurrection. Ils le battirent, non sans faire eux-mêmes des pertes considérables, et l'obligèrent à aller, comme les comtes de Northuraberland et de Westmoreland, chercher un refuge en Ecosse ^,

Il importait surtout à Elisabeth de ne pas perdre l'influence qu'elle avait établie , avec tant de peine, dans ce dernier pays. L'Ecosse lui échappant , l'Angleterre pouvait lui être enlevée. Déposée par le pape , dont la bulle fut peu de temps après affichée à la porte de l'évêque de Londres ^, menacée par l'Espagne et la France , craignant les forces des catholiques anglais qui s'étaient déjà soulevés deux fois sur un seul point et à si peu d'intervalle, connaissant les ambitieux mécontentements de sa grande noblesse, elle se sentait chancelante sur son trône, si Marie Stuart remontait sur le sien. Cecil, profon-

* « Pour l'ayder, disait-elle , à se maintenir et conserver en repos. )» La Molhe Fénelon , t. III, p. 54.

* Camden , t. I, p. 197. — Lingard, t. VIII, ch. 1"'. — Sadler, t. II , p. 148.

3 15 mai. — Lingard , t. VIII , ch. I". — Camden , 211,

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