‹ Histoire de Marie StuartChapitre 68 sur 224 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

en proie aux maux de Fârae et aux infirmités du corps \ qui fondaient déjà sur elle malgré son âge , croyait toucher au moment où elle redeviendrait libre et souveraine.

Pleine d'espoir et de joie , elle écrivit avec affection à Elisabeth ; — « 11 ne reste plus aucun scrupule pour empescher nostre sincère et réciproque amytié, laquelle je souhayte avant celle de tout aultre prince , pour preuve de quoy je consens vous mettre entre les mayns le plus cbier jouyau que Dieu m'a donné en ce monde et mon seul reconfort , qui est mon unicque et cbier filz , dont la nourriture (éducation) requyse de plusieurs, vous est donnée pour estre et par luy et par moy préférée sur tous aulti'es, îî Elle assura qu elle préférait aussi le bon plaisir d'Elisabeth à celui de qui que ce fût, qu'elle remplirait volontiers les obligations requises de sa part, et ajouta : « Mon intention est sincère d'observer les cpndityons entre nous accordées, me résolvant doresenavant jetter mon ancre , pour fin de mon enuuyeuse navigation, sur le port de vostre naturelle bonté vers moy. Ayant recours, au lieu de pleige (caution) , au méryte de mon humble soumission et obéyssance, laquelle je vous offre comme si j'avoys l'honneur de vous estre fille, comme j ay celleuy de vous estre sœur et cousine plus proche ,

* Leslys Ne^oûaJàons y dans Anderson, t, III, p. 111.

et ne cédant à nulle de vous obéyr et honnorer d*ycy en avant, s'il vous playst m'accepter pour entyèrement vostre ' . »

Croyant à la sincérité de cette négociation , elle communiqua aux rois de France et d'Espagne le double des articles qui lui avaient été proposés et qu^elle avait souscrits *, et elle annonça au pape Pie V lui-même qu'elle se voyait contrainte , par la nécessité, de s'y soumettre. Elle s'en excusait sur les déchirements de l'Ecosse , sur les malheurs lamentables qui l'accablaient, sur les dangers incessants dont elle était assaillie , sur l'abandon dans lequel on l'avait laissée. Elle disait avec amertume : — « Je prends à témoin Dieu à qui tout est connu ! Il sait de quels flots de misères j'ay été constamment battue jusqu'à ce jour ! Et pendant que durait, eh s'accroissant toujours, cette furieuse tempête, ceux qui me promettaient de venir à mon secours , oubliant entièrement leurs promesses , ne m'ont apporté aucune aide. Je n'espère plus maintenant qu'ils m'en apportent, à moins que par hasard les esprits de ces hommes ne soient plus disposés à soutenir mon parti lorsque les circonstances rendent plus difficile de le faire triompher ^. » Elle se montrait décidée à conclure la paix avec Elisabeth aux con-

« Labanoff, t. III, p. 107, 108.

^ Leslys Negotiatiom. Anderson, t. III, p, 109.

^ Lettre du 31 octobre 1570, dans Bzovius, p. 710.

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