CHAPITRE VIII
partagea le grand prieur de Castille, qui déclara de plus que la conquête à force ouverte présentait les plus grandes difficultés, et que le duc d*Albe n'en avait pas les moyens. Quant à Ruy Gomez, avec son adresse ordinaire, il remit sur le duc d'Albe rexécu-* tion et la responsabilité de ce projet, qu'il jugeait très-ardu , et que le nonce du pape présenta au roi catholique comme très-facile \
Philippe II répondit au nonce qu'il avait la volonté de l'entreprendre, mais qu'il faudrait le conduire avec tant de promptitude et des moyens si puissants, qu'on ne laissât pas aux princes voisins le temps de s'en mêler. Il lui insinua que le pape devrait fournir l'argent nécessaire. Vers le même temps (13 juillet)» il écrivit à son ambassadeur à Londres ; ^^ ^ n Je n m'occupe de l'affaire de Ridolfi , avec l'intention Il d'agir selon ce qui convient et ce que je pourrai *. }i Je la résoudrai de très «-bonne volonté et très^ M promptement; mais, comme il pourrait arriver M qu'en sachant cela, les catholiques opprimés de M l'Angleterre, mus par le sentiment de I4 haine et j) l^ désir de la vengeancfî, et voulant arriver à leurs » fins, se déclarassent avant le temps et prissent les
* Voir Appendix K.
* u Queilo tractando dello con anirao de hâzer cuanto convenga y se pudiere, de muy bueua g^ana, y lo resolvaie muy ea brève. » Ms. Simancas, Neg. de Estad., Inglat., leg. 823.
w armes hors de propos , avertissez - les qu'ils ne n doivent le faire en aucune façon jusqu'à ce que w l'affaire soit mûre et que tout soit disposé ainsi qu'il î) le faut ' . » Il annonça à don Gueraldo d'Espès que, d'après ses ordres, Ridolfi avait écrit dans ce sens à la reine d'Ecosse, au duc de Norfolk et à l'évêque de Ross.
Ce prince puissant, qui seul aurait été en mesure de délivrer Marie Stuart, resta longtemps, selon son usage, dans l'incertitude où le jetaient constamment les hésitations de son esprit et les irrésolutions de son caractère. Ses craintes étaient en contradiction avec ses désirs. Il aurait voulu s'engager dans cette entreprise et ne l'osait pas. Parmi ses conseillers, les plus ardents l'y poussaient , les plus prudents l'en détournaient. Il venait à peine de soumettre les Morisques soulevés dans le sud-est de l'Espagne. Ses forces principales étaient employées dans la Méditerranée contre les Turcs; dans les Pays-Bas, contre les insurgés religieux , dont le duc d'Albe cherchait à affermir l'obéissance encore chancelante. Il avait peur de commencer lui-même contre Elisabeth une guerre ouverte, qui ne réussirait peut-êti'e point en
* « ...Se quisiessen arojar antes de tiempo y dedararse y tomar las armas sin sazon , los haveis de advcrtir que en ningfuna manera lo ha(jan , ni se muevan , hasta que las cosas esten maduras y despuestas como conviene* » Ms. Simancas, Neg?. de Esiad., Inglaterra, leg. 823.