‹ Histoire de Marie StuartChapitre 82 sur 224 · CHAPITRE VÏÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VÏÏI

SOUS la surveillance de deux gentilshommes de la reine, à la garde de Tévêque d'Ély, qui le retint depuis le milieu de mai jusqu'à la moitié d'août dans sa maison d'Holborn ' à Londres , et le conduisit ensuite dans son évêché. Burghley n ignomit pas la conspiration*. Mais il était hors d'état de la prouver et dès lors de la poursuivre.

La vigilance de ce redoutable ministre était fortement éveillée , lorsqu'une imprudence nouvelle lui fit ; quelques mois après , découvrir entièrement l'entreprise. La guerre avait recommencé en Ecosse et avec plus d'acharnement que jamais, enti'e le parti de Marie Stuart et le parti de Jacques VL Le 2 avril 1571, lendemain même du jour où expirait la ti'êve pendant laquelle les deux partis avaient suspendu les hostilités, le comte de Lennox s'était rendu maître, par surprise, de la forteresse de Dumbarton^. L'archevêque de Saint- André, qu'il détestait comme l'adversaire de sa maison et qu'il accusait d'une double complicité dans le meurtre du roi son fils et du régent son ami , fut au nombre

* Anderson^ t. III , p. 167.

* Au mois de mai il dit à La Mothe Fénelon : « Elle ( la reine d'Ecosse) a mené de très-mauvaises pratiques par Ridolfi avec le duc d'Albe et avec les rebelles anglais qui sont en Flandres pour exciter une nouvelle rébellion dans ce royaume. » Correspondance de La Motbe Fénelon , dépêche du 2 juin 1571 , t. IV, p. 119.

»Tyder, t. VII, p. 352,353.

no MARIE STUART.

des prisonniers. L'impiôcable Lennox le fit juger, et pendre ignominieusement*. Cet acte de cruauté et de mépris envers Tun des chefs des Hamilton et l*ancien primat du royaume , conduisit bientôt à de terribles représailles contre le nouveau régent, et rendit la guerre sans miséricorde. De part et d au*tre, on convoqua des parlements pour s'y condamner comme des traîtres. Les lords de la reine, assemblés à Edimbourg ^ dont Kirkaldy de Grange avait donné le commandement au chef redoutable du clan des Ker ", proscrivirent, par une sentence de forfaiture, les comtes de Lennox, de Morton, de Mar, les lords Lindsay, Hay, Cathcart, Glammis, Ochiltree, Févêque d'Orkney, Makgill, et près de deux cents personnes du parti du roi *. Les lords du roi, de leur côté, réunis en plus grand nombre à Stirling, où Morton avait eu Thabileté d'attirer Argyle, Montrose, Cassiliset Églinton^, déclarèrent le duc de Chàtellerault ^ le comte de Huntly, Lethington, Kirkaldy de Grange, lord Claude Hamilton, l'abbé commendataire d'Arbroath, sir James

* Loril Ilerries à lord Scroope, 10 avril 1571. — Lennox à Burghiey, 14 mai 1571^ au Stat. Pap. Off. , et dansTytler, t. VU, p. 353.

* Diurnalofoccurents, p. 226. --Tytler, t* VII, p. 357.

* Diumal of occurents , p» 236, 242^ 243* -* Tytler, t. VII, p. 359.

* Tytler, t. VII , p. 361.

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Balfour, Robert MelviP, etc., coupables de haute trahison.

Elisabeth soutenait le parti du roi par des expéditions militaires plus ou moins avouées, tandis que les rois d'Espagne et de France adressaient des se* cours en argent au parti de la reine. Celui-ci avait un extrême besoin de ce genre d'assistance pour se maintenir en armes et pour défendre la citadelle d'Edimbourg. Ce fut une somme d'argent remise par l'ambassadeur de France à Barker, l'un des secrétaires du duc de Norfolk j afin d'être envoyée^ avec des lettres chiffrées , aux partisans de Marie Stuart en ÉcossCj qui fit tout découvrir* Un autre secrétaire du duc, Higford et son intendant Banister, se chargèrent, après en avoir reçu l'autorisation de leur maître , de transmettre à lord Herries et l'ar*gent et les lettres, qui tombèrent entre les mains de Burghley par l'infidélité de l'agent auquel ils les confièrent *. Aussitôt arrêtés tous les trois comme coupables de relations criminelles avec les ennemis de la reine, ils furent interrogés sur toutes les trames du duc leur maître.

Higford, conduit le premier à la tour de Londres^ ne se borna point à en livrer le secret au gou-

* Diumal ofoccurents , p. 245. — Tytler, t. VII , p. 360.

^ Leslifs Negotiations, Andersen, t. III, p. 169, 171 , et les divers interrogatoires ainsi que les confessions de Barker, de Higford «t de Banister , dans Murdin.

vernement d'Elisabeth ^ Il indiqua les lieux où étaient cachés dans Ho ward-House le chiffre dont se servait le duc pour correspondre avec Marie Stuart, le mémoire relatif à la mission de Ridolfi, et dixneuf lettres que le duc avait reçues de la reine d'Ecosse et de l'évéque de Ross^. Le contenu de ces pièces, qu'Higford avait eu l'ordre de brûler et qu'il n'avait peut-être pas conservées sans perfidie, fut confirmé par les récits de Barker , principal intermédiaire entre Norfolk, Lesly et Ridolfi. Vieux et faible, Barker ne put pas soutenir la vue des instruments de torture , et il raconta tout ce qu'il savait ^. Banister fit des aveux semblables, et l'évéque de Ross, transféré d'Ély à Londres, fut interrogé à son tour*. Il refusa d'abord de répondre, en alléguant sa qualité reconnue d'ambassadeur. Mais les avocats de la couronne ayant déclaré qu'un ambassadeur convaincu d'avoir pris part à une conspiration contre l'État ou le souverain auprès duquel il était accrédité, perdait tout droit aux privilèges de sa charge , Burghley le somma de s'expliquer s'il ne voulait pas être mis à la torture et exécuté ensuite comme un simple sujet de la reine d'Angleterre. La terreur qu'il ressentit , et la connaissance qu'il eut des aveux de Barker et de Banister, et des divulga-

* Lesbfs NegotiaHons, Anderson , t. III , p* ' K 173. —» Ibid., p. 173, 174. — * Ibid., p. :

.^.^ - .. .^ ^ , , p. 172. — » Ibid.,

p. 173. —» Ibid., p. 173, 174. — * Ibid., p. 188, 189.

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