‹ Histoire de Marie StuartChapitre 93 sur 224 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

aux plud «nistres desseins ' à l'égard de la prison^ nière redoutée qui était l'espérance de ce parti en Angleterre comme en Ecosse.

Après la découverte de la conspiration du duc de Norfolk I Elisabeth avait déclaré formellement qu elle ne saurait vivre une seule heure tranquille si Marie Stuart était rétablie sur son trône , et qu'elle était dès lors résolue à ne jamais lui rendre la liberté» Un livre diffamatoire écrit par Buchanan ^, et où se trouvaient insérées les lettres secrètes de Marie à Bothw^ell, avait été répandu à profusion. Des théologiens protestants avaient cherché à établir à l'aide de la Bible que sa mort serait juste ^ tandis que les jurisconsultes s'étaient fondés sur le vieux code de l'empire pour soutenir qu'elle serait légale'. La haine et le fanatisme avaient été poussés si loin conti'e la pauvre prisonnière , que les deux chambres . du parieluent avaient voulu la frapper d'un bill d'a^ taindef ou de proscription. Elisabeth s Y était opposée *• Malgré la défense qu'il en avait reçue ^ le par-

* Corresponéuncè du Là Motfaô Fénelo», t. V, p. 176.

^ Ane detectîoun of the doingis of Marie quene of Scottis, twiching the murder of hir husband , etc., trauslatid eut of the latine, quhilk was written be M. G. B. SanCtandrois, be Robert Leckprevîk, 1572, petit in-S".

•LIngdrd, t. Vin,ch. it.

* Ibid. — D'Ewes, Journal , p, 200, 207, 224. — Dîgges, p. 203.

lement avait cherché tout au moins à exclure formellement, par une loi, Marie Stuart de la succession à la couronne d'Angleterre. Pour soustraire sa captive aux poursuites dont elle était l'objet, Elisabeth avait été réduite à proroger le parlement *. Elle s'était con* tentée d'intimider Marie par une sorte d'accusation qui ne fat pas poussée plus loin que la menace.

Lord Delawarre, sir Ralph Sadler, Thomas Bromley se présentèrent de sa part à Sheffield et interrogèrent Marie Stuart comme une criminelle sur ti^eize articles qui formaient autant de griefs contre elle. Les réponses qu'elle donna furent plus prudentes que sincères. Elle affirma n'avoir eu aucune intention contraire à Elisabeth dans son projet de mariage avec le duc de Norfolk , et n'avoir songé qu'à la délivrance de l'Ecosse dans la mission de Ridolfi et dans ses rapports avec Pie V et Philippe II ^. Elisabeth , qui ne pouvait pas admettre les explications de Marie Stuart^ n'était pas décidée dans le moment à lui faire publiquement son procès. Mais après le massacre de la Saint-Barthélémy, elle songea à se défaire mystérieusement de cette infortunée princesse.

Conçu avec une cruauté hypocrite entre Elisabeth , Burghley etLeicester, ce projet ne dut pas être exécuté en Angleterre, mais en Ecosse, où la conduite en fut confiée à l'un des agents anglais les plus

* Lingard, t. VIII, ch. ii. — Digges, p. 219,

^ Voir le recueil du prince Labanoff , t. IV, p. 47 à 54.

adroits et les plus sûrs. Sir Henri Killegrew, beaufrère de Burghley, partit pour l'Ecosse le 7 septembre 1572 ' avec deux missions, Tune publique, l'autre secrète *. Par la première il était chargé d'achever, dans l'intérêt du protestantisme en péril , la réconciliation entre I^ethington, Kirkaldy de Grange et les comtes de Mar et de Morton , et , par la seconde , de concerter avec les comtes de Mar et de Morton la mort de Marie Stuart. Cette dernière mission lui fut donnée par Elisabeth elle-même en présence de Leicester et de Burghley, qui en furent les seuls confidents. D'après les instructions écrites de la main même de Burghley et déposées au State Paper Office , il dut faire comprendre aux deux alliés d'Elisabeth que la vie de Marie Stuart ne pouvait plus être conservée pour leur sûreté commune , et qu'il convenait non de procéder contre elle en Angleterre, mais de s'en débarrasser en Ecosse , où elle serait livrée à ses ennemis. Killegrew eut ordre d'employer toute son adresse à obtenir du régent et de Morton qu'ils réclamassent la prisonnière , sans paraître y avoir été provoqués par Elisabeth, qui voulait recueillir le profit de cette sanguinaire transaction et ne pas en encourir la haine et la honte.

* La Mothe Fénelon, t. V, p. 121.

^ Voir pour cette double négociation Tytler, t. VII, p, 377 à 395. Cet historien Ta retracée d'après les pièces orig^inales déposées au Slate Pap. Off.

Killegrew trouva l'Ecosse aussi émue de la Saint- Barthélémy * que l'avait été l'Angleterre. Le vieux Knox, réfugié à Saint-André depuis que le parti de la reine occupait Edimbourg , était revenu dans cette deniière ville après la trêve du mois de juillet. Quoique à moitié paralysé par une attaque d'apoplexie et n'ayant pas longtemps à vivre, il se faisait monter en chaire , où , accablé de douleur et transporté d'indignation, il reti'ouvait toute la force de ses accents pour tonner contre les meurtriers de ses frères les protestants de France et les livrer à l'exé* cration publique *. Il contribua puissamment avec les ministres ses disciples à rendre de plus en plus impopulaire l'ancienne alliance française. Killegrew en profita, soit pour sa mission secrète, soit pour sa mission publique. Il n'eut pas de peine à décider Morton à faire périr Marie Stuart. Le régent Mar reçut plus froidement ses ouvertures à ce sujet. Comme la conclusion n'était pas aussi prompte qu'on le souhaitait en Angleterre, Burghley et Leicester écrivaient, le 29 septembre , en termes couverts, à Killegrew afin de le stimuler : « Employez toute peine à mettre sérieusement et rapidement en œuvre le moyen que vous avez eii main, et avec tout le secret que le cas exige. En nous occupant de r affaire ^ cha-

* Tytler, t. VII, p. 380. -** Correspondance de La Mothe Fénelon,t. V, p. 183.

2 Tytler, t. VII, p. 384.

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