‹ Histoire de Marie Stuart, reine d'ÉcosseChapitre 3 sur 8 · INÏllOUl'CTK · texte numérisé non relu

INÏllOUl'CTK

sïrent Albany à Stirling, afin qu'il portât lui-même au roi la nouvelle de la soumission de sa noblesse. Les deux frères se réconcilièrent sincèrement et vécurent pendant quelque temps dans une étroite intimité; mais,rhuineursoupconneuse de Jacques ayant repris le dessus, Alhany s'enfuit une seconde fois et se réfugia en Angleterre.

L'avarice de Jacques III lui coûta la vie.

Tous les moyens d'augmenter ses richesses lui paraissant légitimes , il porta atteinte aux privilèges dont jouissaient depuis longtemps quelques familles puissantes. Une partie de la noblesse courut aux armes ; l'autre se rangea sous les ordres du roi , et, les deux partis s'étant livré bataille, Jacques III fut défait et prit la fuite sur un magnifique cheval que lui avait donné l'un de ses plus dévoués serviteurs. Mais comme le roi était assez mauvais écuyer, dans la rapidité de cette fuite , il perdit les arçons et tomba à quelques pas d'un moulin où on le transporta aussitôt.

Quand il revint à lui , il pria ceux qui l'a-

vaient recueilli de lui amener un prêtre, et, la meunière lui ayant demandé qui il était, il répondit : « Ce matin encore , j'étais votre roi '. »

« Un prêtre ! un prêtre pour confesser le roi ! » s'écria cette femme en parcourant les rues du village.

Un inconnu l'arrêta.

« Je suis prêtre , lui dit-il; conduisez-moi près de Sa Majesté. »

La meunière rentra avec lui en bénissant la Providence qui lui permettait de remplir le dernier vœu du mourant. L'étranger s'approcha du lit où l'on avait déposé Jacques , et, s'agenouillant , lui demanda s'il était mortellement blessé.

« Je ne le crois pas, répondit le roi ; avec des soins je pourrais espérer encore ; mais, avant tout, je veux me réconcilier avec Dieu, que j'ai beaucoup offensé; je songerai ensuite plus tranquillement à mes blessures.

Ecoutez donc ma confession , mon père.

— C'est inutile. Voilà qui te donnera l'aba^Iution!» s'écria l'inconnu en enfonçant un

24 IKTUODLCTION.

poignard dans la poitrine du roi , qui expira aussitôt. Le taux prêtre chargea le cadavre sur ses épaules , sortit de la maison et disparut sans qu'on pût retrouver sa trace.

Jacques IV, que les lords rebelles avaient t'ait marcher au milieu de leur armée, n'était qu'un enfant lorsqu'il monta sur le trône ; mais déjà il annonçait les qualités brillantes qui devaient le faire chérir de son peuple el respecter de ses barons. Devenu majeur, il s'entoura des seigneurs les plus justes et les plus braves , aussi bien de ceux qui avaient combattu pour Jacques III que de ceux sous l'étendard desquels on l'avait lait marcher. Regrettant de toute son àme d'avoir prêté aux mécontents l'autorité de sa présence dans cette funeste bataille à la suite de laquelle Jacques avait été' tué, il porta, dit-on, toute sa vie, une ceinture de fer sur sa peau pour expier la faute qu'où l'avait forcé de commettre.

Jacques IV fut le plus brave guerrier et le plus brillant chevalier de ses états. Le roi d'Angleterre, Henri Vil, conclut avec li^

INTRODUCTION. 25 une trêve de plusieurs années et , voulant que cette trêve devînt une paix définitive, il lui offrit en mariage sa fille Marguerite , l'une des plus belles princesses de son temps. Jacques accepta cette proposition , et les deux royaumes , qui n'avaient cessé de s'armer l'un contre l'autre, vécurent en paix jusqu'à la mort de Henri VII. Henri VIII, son successeur, ayant refusé d'acquitter un legs faitparaonpèreàla reine d'Ecosse, Jacques, sollicité par Louis XII, roi de France , alors en guerre avecl'Àngleterre, sedéclara contre son beau-frère. Anne de Bretagne , pour vaincre l'indécision de Jacques, lui avait envoyé son anneau, en le choisissant pour son chevalier. Le roi d'Ecosse ne pouvait rester sourd à cet appel, et pendant que Henri VIII était occupé en France au siège de Thérouane , il se disposa à envahir l'Angleterre.

Le parlement essaya de le dissuader de ce projet ; la reine Marguerite le supplia de ne pas entreprendre une guerre dans laquelle divers présages annonçaient qu'il ne

2fj ivmoincTKiiN. ■

serait point heureux : ce fut en vain , et , le 22 août 1513, il entra en Angleterre , à la tête de trente mille hommes.

Mistress Héron , dont le mari était depuis six ans retenu prisonnier eu Ecosse, offrità Jacques IV l'hospitalité dans son château.

Jacques accepta et s'endormit dans une insouciance qui devait lui être bien funeste.

Tandis que la châtelaine s'efforçait de lui rendre agréable le séjour qu'elle lui avait offert , elle s'occupait non moins activement de lui susciter des ennemis. Quand l'armée fut rassemblée, et que les chefs jugèrent que l'instant d'agir était arrivé , ils prirent position entre les Ecossais et la frontière , afin de les empêcher de regagner leur pays, et leur présentèrent la bataille à Flowden.

Jacques fit des prodiges de valeur et soutint jusqu'à la nuit les efforts de ses adversaires; presque toute sa noblesse se Ht tuer autour de lui, et lui-nrôme , atteint de deux flèches, tomba pour ne plus se relever.

A la nouvelle de ce désastre, le parlement écossais prit de si sages mesures pour

IKTRODlqriON. 'il

mettre le pays en état de défense, que les Anglais, tout vainqueurs qu'ils étaient, comprirent qu'ils feraient bien de ne pas entrer en Ecosse , et signèrent un traité de paix.

Le testament de Jacques IV nommait Marguerite , sa veuve , régente du royaume, à la condition toutefois qu'elle ne contracterait pas d'autres nœuds; mais le temps de son deuil était à peine expiré qu'elle épousa Archibald Douglas , comte d'Àngus , fils de celui qui avait délivre l'Ecosse de Cochram.

La noblesse, jalouse de l'élévation du comte, rappela le duc d'Albany , dont le père avait été banni sous Jacques III, et l'aida à s'emparer de l'autorité. Marguerite s'enfuit auprès de Henri VIII , son frère ; mais elle rentra bientôt en Ecosse et reprit la régence.

Au nombre des ennemis des Douglas étaient les Hamiltons , famille non moins noble et non moins puissante que la première. La haine qui les divisait s'accrut de jour en jouret, les deux partis s'étanttrouvés réunis à Edimbourg, le 30 avril 1520, pour

28 raTRAtrcTion.

l'ouverlure du parlement , une collision devint imminente. Le comte d'Angus, voulant la prévenir, députa un de ses parents vers lechancelier Beaton, dévoué aux adversaires des Douglas. Le chancelier avait déjà endossé son armure et l'avait recouverte de sa toge ; il écouta l'envoyé du comte et répondit, en portant hypocritement la main sur son Cœur, qu'il ne pouvait , en conscience , répondre de ce qui allait arriver ; mais sous le choc de cette main la cuirasse résonna.

« Ah ! milord , dit l'envoyé , il me semble que votre conscience est bien sonore. »

Il alla rendre compte à Angus des dispositions de ses ennemis et les deux familles rivales en vinrent aux mains. Après une lutte sanglante, les Hamiltons vaincus s'enfuirent, et leur déroute fut appelée le balayage des rues.

Le comte d'Angus devint plus puissant que jamais, et Marguerite , qu'il ne rendait pas heureuse, ayant fait casser son mariage, il ne perdit rien de son autorité , enleva le roi à sa mère et se chargea de son éducation.

II faut lui rendre la justice de dire qu'il s'acquitta bien de cette tâche et en fit un cavalier accompli. Le jeune prince supportait difficilement l'espèce de captivité à laquelle Angus l'avait condamne, et plusieurs seigneurs, en étant informés, tentèrent de l'arracher de ses mains. Le mauvais succès de leur entreprise les découragea ; mais Jacques, qui mourait d'envie d'être libre, ne renonça pas à l'espoir d'y arriver et pria sa mère, qui venait le voir deux fois l'an, de lui faire don de la forteresse de Stirling ; ce à quoi la reine consentit. Un jour que , pour diverses affaires, les Douglas étaient absents du château où ils retenaient le jeune roi , celui-ci parvint à s'évader sous un costume de piqueur et gagna Stirling, dont il fit fermer les portes. Le lendemain, il manda les seigneurs de son royaume, déclara qu'à dater de ce moment il commençait à régner , et exila les Douglas.

Jacques V se montra juste et ferme ; il réprima la turbulente noblesse , fit arrêter un grand nombre de maraudeurs qui vivaient h.s. 2

80 tNTHÔlHJCTiON.

de brigandage sur les frontières, et fit tellement respecter les lois sous son règne, qu'on disait alors : Les troupeaux n'ont plus besoin de patres, ce sont les buissons qui les gardent.

Jacques, comme notre Henri IV, auquel on l'a comparé souvent, aimait à parcourir, sous un déguisement, les villes et les campagnes, à s'informer de ce que le peuple pensait de lui et de ses ministres ; aussi les chroniques écossaises racontent-elles à ce sujet une foule d'aventures dans le détail desquelles nous regrettons de ne pouvoir entrer.

Jacques, redouté des grands et cher à son peuple, eût sans doute terminé en paix un règne si bien commencé, si la réforme , que Luther avait prèchéc en Allemagne, n'eût pénétré en Angleterre et en Êcosse. Jacques n'éprouvait aucune sympathie pour les doctrines nouvelles ; mais il accueillit avec distinction Georges Buchanan , luthérien écossais, et lui contia l'éducation de son fils. Henri VIII, qui avait embrassé la réforme ,

"introduction. , 3f adressa à Jacques un traité sur la suprématie ecclésiastique des princes et l'engagea à s'afi'ranehir de l'autorité de l'Eglise, comme lui-même venait de le faire. Jacques ne pouvait suivre ces conseils; sa position eût suffi pour ie lui défendre expressément quand même il n'eût point été attaché à la religion de' ses pères. Veuf, après six semaines de mariage seulement , de Madeleine , fille de François I er , roi de France , il venait d'épouser, en secondes noces , Marie de Lorraine , fille du duc de Guise, le plus hardi. champion dç la foi catholique. Cependant, comme Henri VIII continuait de presser Jacques d'adopter les mêmes doctrines que lui, le roi d'Ecosse crut rte pouvoir refuser un rendez-vous qui lui était donné dans la ville d'Yorck. 11 promit de s'y trouver ; mais ses conseillers, usant de leur influence et de celle de la jeune reine, l'engagèrent à ne point tenir compte de sa promesse , et Henri VIII l'attendit en vain pendant huit jours. Furieux de cet affront, le roi d'Angleterre envoya en Ecosse une armée qui porta

de toutes parts la désolation et la terreur.

Jacques Ht appel à sa noblesse, qui, malgré les sujets de mécontentement qu'elle croyait avoir, se rendit à l'invitation du roi , la haine que les Écossais portaient aux Anglais étant si grande , qu'aucun autre sentiment n'y pouvait être comparé. « Il n'y "a pas , disait un- écrivain contemporain , jusqu'aux plus petits garçons qui ne veuillent jeter des pierres au roi d'Angleterre , et les femmes y briseraient leurs quenouilles. La plupart des hommes nobles et le clergé sont contre lui, et tout te peuple mourrait plutôt que de subir le joug qu'il voudrait nous imposer. «

Cette horreur de la domination étrangère amena une armée assez nombreuse sous les drapeaux de Jacques, qui courut à la frontière. 11 n'y trouva plus d'ennemis à combattre, les Anglais ayant, à son approehe, abandonné le territoire écossais. Jacques , voulant les poursuivre, lit connaître ses projets aux seigneurs ; mais eeux-ci Lui déclarèrent qu'ils étaient secourus parce que

iktrobuctiou. 33 leur devoir était de chasser les Anglais de leur pays , et le prièrent de trouver bon que, l'ennemi s'étant retiré, chacun d'eux regagnât paisiblement ses domaines. Le roi, surpris et indigné de cette réponse, menaça les seigneurs de toute sa colère ; mais ses menaces ne les effrayèrent point ; chacun d'eux s'éloigna avec ses troupes pendant la nuit , et, le lendemain, il ne restait plus avec Jacques qu'un seul des lords qu'il avait amenés.

Le roi revint à Edimbourg. Triste et humilié de cette défection , il s'enferma dans son palais, sans vouloir y recevoir personne. L'exemple de l'armée du Sud fut suivi par celle de l'Ouest, et des dix mille hommes qui la composaient , il n'en resta pas deux mille. Cette nouvelle découragea complètement le roi, et la mort de ses deux fils, arrivée peu de temps après , lui porta le dernier coup. Une fièvre ardente le saisit, et bientôt on désespéra de sa vie. ïl était à l'agonie quand on vint lui apprendre que la reine Marie, sa femme, venait de mettre au monde

34 ISTHODUCTIOS.

une fille. 11 secoua la tête et, montrant du doigt sa couronne: > Par fille elle est venue , dit-il , par fille elle s'en ira. » Et peu d'heures après il expira.

Cette cillant, que la mort de son père faisait reine avant qu'elle ouvrît les yeux, était Marie Stuart. Jacques Hamiltoii, comte d'Arran , l'ut nommé régent par les lords, au mépris des dernières volontés du feu roi, qui avait choisi, pour gouverner l'état, le cardinal Beaton.

Le luthéranisme commençait à trouver en Ecosse de fanatiques adeptes ; là , comme ailleurs, et plus qu'ailleurs peut-être, la

36 MARIE BTUART.

diversité des opinions religieuses devait enfanter de sanglantes querelles.

Marie n'avait que huit mois lorsqu'elle fut sacrée reine d'Ecosse , et , peu de temps après, Henri VIII envoya demander sa main pour Edouard VI, héritier présomptif de l'Angleterre, La veuve de Jacques , que cette union flattait peu , accueillit cependant les propositions de son puissant voisin ; car, le fiancé n'ayant que six ans , il était permis de penser que les événements se chargeraient de dénouer des projets formés si longtemps d'avance.

La réforme gagnant chaque jour en Ecosse, le cardinal Beaton fit brûler un prëdicant , nommé Georges Vishart, qui lui prédit qu'avant neuf jours il serait pendu aux murs de son château. Les disciples de Georges se chargèrent de vérifier cette prédiction , et , après avoir assassiné le cardinal, ils suspendirent son cadavre aux créneaux de son palais. Les catholiques s'armèrent pour le venger , les protestants pour leur résister , et la guerre civile éclata.

Marie de Lorraine, craignant que, pendant ces troubles , sa fille ne courût quelque danger, la fit transporter dans la forteresse de Stirling, où l'on mit une garde nombreuse et fidèle. Pour distraire la pauvre enfant, captive au berceau , on plaça près d'elle quatre jeunes filles nées le même jour et portant le même prénom qu'elle. C'étaient Marie Livingston , Marie Fleming, Marie Seyton et Marie Beaton. On les appelait les Marie de la Reine.

Deux ans après , le château de Stirling ne paraissant plus un asile asse* sûr, la petite princesse et ses compagnes furent Conduites dans un monastère fortifié , situé au milieu du lac Meinthet. La régente craignait que l'un des partis qui divisaient l'Ecosse ne s'emparât de la jeune reine , et peut-être qu'elle ne fût enlevée par les Anglais. Les dissensions religieuses grandissant , au lieu de se calmer , Marie de Lorraine demanda à la France du secours contre les rebelles, qui avaient appelé à l'aide les Anglais , leurs frères dans la religion nouvelle. Lé a.

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38 MABIE STU.UtT.

duc de Sommerset , nommé protecteur do l'Angleterre à la mort de Henri Y HI , entrai en Ecosse à la tète de dix-huit mille hommes et offrit la paix à la reine-mère, en exigeant toutefois qu'elle lui remit Marie Stuart,afin qu'on l'élevàt à la cour d'Angleterre, où régnait son jeune (iancé. Marie de Lorraine s'y refusa obstinément : l'Ecosse ayant renoué avec la France, sa vieille alliée , il avait été question d'unir la petite reine à un prince français.

Le duc de Sommerset, jugeant qu'il ne pourrait, par aucun raisonnement, modifier les résolutions de la reine-mère , continua de s'avancer en Ecosse. La vue du danger fltaccourir sous la bannière royale une année considérable qui , sous la conduite du comte d'Arran, vint se ranger en bataille près du village de Pinkey,à peu de distance de la petite rivière d'Esk.

La vue de cette armée, de beaucoup supérieure à la sienne, eut fait rebrousser chemin au due de Sommerset, qui savait combien esta redouter un peuple qui com-

bat pour sauver son indépendance ; mais il savait aussi que les Ecossais, braves jusqu'à l'imprudence, avaient souvent livré à leurs voisins, plus calmes et plus habiles, une victoire qui semblait ne pouvoir être disputée. Peut-être se rappela-t-il aussi tes trois journées de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt, inscrites en lettres d'or dans les fastes de l'Angleterre , et en caractères de sang dans les pages de l'histoire de France , batailles perdues par les plus belles et les plus vaillantes armées du monde. Quoi qu'il m soit, le duc de Sommerset s'arrêta en face des ennemis. Ceux-ci , retranches dans une position excellente , n'en pouvaient être chassés ; le protecteur attendit qu'ils en sortissent d'eux-mêmes, et ce qu'il avait espéré se réalisa.

Le comte d'Arran, ne doutant pas que les Anglais ne prissent la fuite dès qu'ils verraient s'avancer contre eux l'armée écossaise, donna à ses troupes l'ordre de marcher. Elles passèrent la rivière et vinrent attaquer les ennemis postés sur une petit*

40 MARIE -STIART.

colline. Au lieu de se décider à la retraite, les Anglais se préparèrent à une vigoureuse défense; mais si le comte d'Arran s'en étonna, U ne songea point à s'en effrayer. Les longues lances des Ecossais, couvrant tout leur front de bataille , firent éprouver d'abord un grand dommage à leurs adversaires ; mais, l'ordre ayant été donné aux archers et aux fusiliers anglais d'attaquer ces carrés qu'on ne pouvait entamer, les Écossais, à leur tour, eurent beaucoup à souflrir, et, au moment où leurs bataillons se repliaient l'un sur l'autre , afin de présenter aux balles et aux flèches un front moins étendu, le reste de leur armée, croyant qu'ils battaient en retraite, prit la fuite en désordre. Les Anglais les poursuivirent, et, comme un seul pont, fort étroit , s'élevait sur la rivière d'Esk, que les Ecossais avaient si imprudemment franchie pour venir au-devant «V leurs ennemis, les fuyards, qui s'y engagèrent en grand nombre, furent écrasés ou précipités dans le courant. La retraite s'effectua donc avec la plus grande difficulté,

MARIE STCÀRT. 41

et le carnage fut tel, que, quand la nouvelle en arriva dans les provinces , la population entière poussa des cris de vengeance, et que de toutes parts se levèrent contre les Anglais de nouveaux et furieux ennemis.

Le duc de Sommerset ne jugea pas à propos de les attendre et repassa en Angleterre.

Huit mille Français arrivèrent en même temps au secours de l'Ecosse, et la régente , n'ayant plus de ménagements à garder envers les Anglais , ût offrir officiellement à Henri II la main de la petite reine pour le dauphin François. Cette offre fut accueillie avec joie, et un envoyé du roi vint remercier la reine-mère et lui apprendre qu'une flottille aborderait sur les côtes d'Ecosse, dans un court délai, pour recevoir et conduire en France la jeune fiancée du dau- ,,hm.

Marie Stuart , alors âgé de cinq ans , en fut informée , et , captive depuis sa naissance , elle se réjouit grandement de ce voyage quand on lui eut appris que ses jeunes compagnes la suivraient. Une seule

42 MARIE STIURT.

chose l'affligeait, c'était la pensée de quitter sa mère; mais Marie de Lorraine semblait si heureuse de la nouvelle face que prenaient les choses, elle embrassait si tendrement sa tille en lui disant qu'elle sentit uu jour reine de France , que la petite princesse attendit bientôt avec impatience l'instant du départ.

Il arriva en tin. Ou appritque M. de Brézé,, chargé par le roi de recevoir des mains de la reine douairière d'Ecosse la future dauphine , venait d'aborder à l'embouchure de la Clyde. Marie et ses quatre compagnes dirent adieu au vieux monastère qu'elles habitaient depuis trois ans et furent conduitesau château de Dumbarton, où l'envoyé de France vint les recevoir. '

Le 1 3 août i 548 , la petite reine embrassa pour la dernière fois sa" mère et monta à bord d'une magnifique galère préparée pour elle. Les Anglais, furieux de voir la couronne d'Ecosse leur échapper avec cette enfant, poursuivirent la flottille française, mais sans pouvoir l'atteindre. Tout fut enchantement

MMHK ST1IAIÏT. 43

dans ce voyage pour Marie Stuart. Sa gtttae naïve , sa gaîté enfantine, la bonté de son cœur, qui déjà se révélait dans ses moindres paroles, charmèrent l'équipage, et quand elle arriva en France, elle était chérie de tous ceux qui l'avaient approchée.

Une députation , chargée de la conduire vers le roi , l'attendait à Brest ; la ville entière était sur la plage, et quand la gracieuse enfant parut, ce furent des cris de joie auxquels elle répondit par des sourires et des baisers. Sur toute la route son triomphe fut complet : c'était celui des grâces louchantes de l'enfance. Henri [I vint à sa rencontre , jusqu'à Saint-Germain. Il lui tendit les bras ; elle s'y jeta en l'appelant son père , et ce fut vraiment avec un cœur paternel que le roi répondit à ses caresses. Marie Stuart fut présentée au dauphin , son futur époux, qui n'avait que quelques -mois de plus qu'elle. François , doux , bon, plein de complaisance pour la petite reine, lui plutlteaucoup, et, au bout de quelques heures , ils étaient les meilleurs amis du monde. Les

44 MARIE STLART.

autres entants du roi firent aussi très-bon accueil à Marie , qui dès-lors se crut au milieu de sa famille.

La jeune princesse , qui n'avait vécu que dans la forteresse de Stirling ou dans le monastère de Meinthet, fut émerveillée des splendeurs de la cour , et comme c'était à qui la fêterait , à qui lui procurerait la plus charmante surprise, elle n'eût rien regretté de l'Écosse si elle eût pu, de temps en temps , embrasser sa mère.

Toutefois , après quelques semaines passées au milieu de ces joies inconnues , le roi fit comprendre à la petite Marie que, pour occuper un jour dignement le rang que son titre de dauphine l'appellerait à prendre , il fallait qu'elle consacrât à l'étude les années de son enfance , et comme Marie était aussi raisonnable qu'enjouée , elle promit de tra* vailler avec ardeur , et elle tint parole.

Elle fut placée , ainsi que ses quatre Marie , dans un couvent où les soins les plus assidus et les plus éclairés lui furent prodigués.Douéed'unerare intelligence et remplie

MARIE STUA.RT. 45

de bonne volonté , la petite reine fit des progrès si rapides , qu'elle laissa bien loin derrière elle ses jeunes compagnes , et que le roi , charmé de son esprit et de ses précoces talents, s'applaudit ehaque jour de plus en plus d'avoir agréé les propositions de la régente d'Écosse.

Sans être aussi lettré que François I er , son père , Henri II protégeait hautement les sciences et les savants. Sa cour était le rendex-vous des poètes et des artistes célèbres. Léonard de Vinci était mort entre les bras de François 1 er ; mais Michel Ange et Raphaël consolaient de cette perte l'architecture et la peinture, et leurs chefs-d'œuvre étaient appréciés en France comme en Italie. Rabelais et Clément Marot, devenus vieux , ne composaient plus ; mais Ronsard, Amyot , Montaigne et le sire de Brantôme avaient pris la plume , et le goût des lettres, encouragé par l'exemple et les bienfaits des princes , devait bientôt , se répandant dans toutes les classes , faire naître de nouvelles réputations .

4fi Mark stvaut.

La géographie, l'histoire, la littérature , les langues anciennes et les langues modernes turent tour à tour l'objet des études de Marie Stuart. A quatorze ans, elle parlait le latin aussi facilement que le français, et, un jour, en présence de toute la cour , elle récita un discours latin de sa composition, par lequel elle prouvait que l'étude occupe utilement le loisir des femmes , et qui se terminait par cette phrase : La beauté sans talent est une fleur sans parfum. Le roi , la reine , Catherine de Médicis , le duc de (luise, oncle de Marie Stuart, les jeunes princes et les seigneurs applaudirent la jeune savante, qui redoubla de zèle et devint un véritable prodige.

Pendant ce temps, l'Écosse ne souffrait que de ses dissensions religieuses , les troubles excités en Angleterre par la succession au trône d'Édouard VI empêchant cette vieille ennemie de persécuter sa voisine.

A la mort de ce prince , la couronne devait appartenir à Marie, fille aînée du roi

MARIE STUAR'F. ' 47

Henri VUI ; mais le duc deNorthumberlaml, poussé par une aveugle ambition, et se prévalant d'un testament arraché a l'agonie d'Edouard , proclama reine d'Angleterre Jeanne Grey , sa belle-fille , descendant, par la marquise de Dorset , sa mère , de Marie , sœur aînée de Henri VIII.

Jeanne Grey était belle , vertueuse et savante; elle avait seize ans à peine, et, bien loin de désirer la couronne , elle la repoussait de toutes ses forces. Far dévouement filial et par tendresse pour son époux , qu'elle eût été heureuse d'élever au trône, elle l'accepta enfin ; mais elle n'en jouit pas. Le duc de Northumherland , vaincu par les troupes de la reine Marie , fut enfermé à la tour de Londres , ainsi que Jeanne Grey, lord Giiitford , son époux , et les principaux coupables;

Marie rétablit le catholicisme en Angleterre , et épousa Philippe , prince des Àsturies, qui devint roi d'Espagne, sous le nom de Philippe II. - .

Ge mariage excita quelques méeontente-

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ments à la cour. Elisabeth , sœur de Marie , entra elle-même dans une conspiration formée contre la reine , et l'on accusa , peutêtre à tort , lord Guilford et Jeanne Grey, qui étaient encore en prison , d'avoir pris part à ce complot. Elisabeth dut la vie aux instances de Philippe II ; quant à Jeanne Grey et à Guilford, la reine, comprenant que leur cause servirait sans cesse de prétexte aux factieux , fit , quoiqu'à regret , exécuter la sentence de mort portée contre eux. Jeanne marcha au supplice avec un courage admirable et en protestant de son innocence. Soo nom est un de ceux qui éveillent les plus touchantes sympathies ; car elle expia cruellement un crime qui n'était pas le sien.

En i557 , l'Angleterre prit part à la guerre que se faisaient depuis longtemps la France et l'Espagne. Les troupes alliées Vinrent mettre le siège devant Saint-Quentin. Le connétable de Montmorency, ehargé de faire entrer des secours dans cette place , commandée par l'amiral de Coligny, son neveu, ayant refusé d'écouler les conseils de ses ca-

MARIE fiTCART. ' 49

pitaines, fut complètement défait et tomba au pouvoir des ennemis.

I^a oouvelle de ce désastre jeta partout la consternation , et le duc de Guise , seul espoir de la France, fut nommé lieutenantgénéral du royaume. Sans perdre de temps, l'habile guerrier rassembla une nouvelle armée , et , voulant répondre à cette terrible défaite par une éclatante victoire , il donna le change aux alliés et vint assiéger Calais , au moment où Us y pensaient le moins. L'entreprise paraissait extravagante, les Anglais n'ayant rien négligé, depuis plus de deux cents ans que cette place était en leur pouvoir, pour la mettre à l'abri de toute attaque ; maïs 1© duc de Guise, doué des plus rares talents militaires , semblait aimer l'impossible. Il poussa le siège avec tant de vigueur, qu'en moins de huit jours , la ville , dont la garnison était peu nombreuse et dont quelques habitants gardaient peut-être le souvenir et l'amour de la France, patrie de leurs ancêtres , futforcée d'ouvrir ses portes. Rien ne peut donner une idée de la joie du roi

MARIE SITAR'f,

Henri II quand on lui remit les ciels de cette place, qu'aucun des rois ses prédécesseurs n'avait osé songera reprendre. Les fêtes les plus brillantes signalèrent ce fait d'armes, et le duc de (luise jouit dès-lors de l'immense crédit qui , en allumant la jalousie de Catherine de Médicis, devait un jour causer sa mort.

Marie Stuart , française par le cœur , se réjouit sincèrement de cette conquête, à laquelle le duc son oncle avait pris une si glorieuse part ; mais la perte de Calais fut un coup terrible pour la reine d'Angleterre. La crainte de voir la restauration du catholicisme , œuvre de toute sa vie, détruite par Elisabeth , sa sœur , qui devai t lui Succéder, acheva de ruiner sa santé, et, au mois de novembre 1558, elle expira.

t Qn n'a pas connu mon mal , disait-elle quelques instants avant de mourir ; si l'on veut savoir ce qui me tue , qu'on ouvre mon cœur: on y trouvera Calais et Élisabeth. »

Elisabeth, fille du roi Henri VIII et d'Anne de Boulen , monta sur le trône d'Angleterre à la mort de Marie Tudor, sa sœur.

Elle avait juré pins d'une fois à la défunte reine qu'elle était catholique dans l'àme, et que, dès qu'elle jouirait du pouvoir, elle couvrirait de sa protection les minis'tres fidèles, rétablis par Marie. Malgré ces serments, son premier soin fut de s'entourer de conseillers protestants , et si elle ne se déclara pas ouvertement dès-lors pour la réforme , c'est qu'elle comprit que , pour

52 MAI! LE SJLÀM.

affermir son autorité, elle devait éviter de mécontenter les catholiques. Ceux-ci, en effet, regardaient comme leur souveraine Marie Stuart , arrière -petite- fille du roi Henri VII, et considéraient comme illégitime la naissance d'Élisabeth, fruit d'une union contractée malgré la défense du pape, pendant la vie de Catherine d'Aragon , première femme de Henri VIII , et mère de la reine Marie.

Elisabeth maintint par un édit le service divin, tel que l'avait rétabli sa sœur, et prêta le serment d'obédience au saint-père, et de soumission aux rites du catholicisme; mais quand, grâce à ces hypocrites concessions , elle se vit solidement assise sur le trime, elle leva le masque , se fit nommer suprême gouvernante de l'Eglise , et exigea que les évêques lui reconnussent cette qualité. Un seul y consentit; les autres furent arrêtés, remplacés par des protestants, et l'Église anglicane fut constituée.

La réforme avait pris en Ecosse un caractère violent et fanatique , et entre les adeptes

MA1UK STDART. 53

de la nouvelle foi et les catholiques , existait une haine farouche, qui ne devait reculer devant aucun excès. Un an avant l'avènement d'Elisabeth , une association protestante s'était formée sous le nom de Congrégation de Jésus , et avait choisi pour chefs deux puissants seigneurs, le comte d'Argyle et Jacques Stuart. Élisabeth leur offrit son appui , qu'ils se gardèrent bien de refuser, et la secte qu'ils soutenaient fit chaque jour de nouveaux progrès. Élisabeth haïssait dès-lors Marie Stuart, qu'on avait songé à appeler au trône à sa place , et qui , sur les instances de ses amis, avait joint au titre de reine d'Écosse celui de reine d'Angleterre et d'Irlande.

Cependant l'ambition avait peu de prise sur le cœur de Marie. Admirée et chérie de tous ceux qui l'approchaient , elle faisait l'orgueil de la cour de France par sa beauté, ses rares talents, et l'espoir du peuple , par sa généreuse bonté. Accessible à tous, elle se faisait , auprès du roi , l'avocate du malheur, et ce prince, qui l'aimait comme sa

ol MARIE SU A HIV

fille, n'avait rien à refuser à celle que chacun nommait avec amour ta bmine [/élite reine.

Un mois après la mort de Marie Tudor, le mariage du dauphin François et de la reine d'Écosse fut célébré avec toute la pompe qu'il fut possible de déployer.

Henri II, passionné pour les plaisirs chevaleresques , ordonna des fêtes et des tournois, dont la jeune dauphine l'ut la reine, et il y brilla entre tous les seigneurs par son adresse et sa valeur. Vainqueur dans toutes les joutes, il garda de son triomphe un si charmant souvenir, qu'il en parlait souvent et qu'il appelait de tous ses vœux l'occasion de nouvelles réjouissances. Elle se présenta l'année suivante, la paix avantageuse conclue entre la France et l'Espagne devant être cimentée par le mariage d'Elisabeth , fille de Henri II, avec Philippe II, roi d'Espagne, et de Marguerite, fille de Fran-- 'ois I er , avec le duc de Savoie.

De magnifiques fêtes accompagnèrent la élébration de ces mariages, et les tournois ,

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comme on peut le pensée, n'y furent point oubliés. En vain Catherine de Médicis, qui craignait pour le roi , le supplia-t-elle d'assister à ces luttes en simple spectateur; elle ne put obtenir qu'il renonçât à un phnV sir tant désiré. Les ducs de Guise , de Nemours et de Ferrare furent choisis pour tenir avec lui contre tous venants, et s'acquittèrent de cette tache aux applaudissements de la cour ; mais si bien qu'ils fissent , le roi les éclipsait encore. La journée s'écoula rapidement, et, au grand regret de Henri II, le soleil commeneantà disparaître, lesjuges du camp déclarèrent les joutes closes, et ^ les dames se disposèrent à reprendre le chemin du palais. Henri pria la reine et l'es princesses de ne pas se retirer encore; il voulait, disait-il , terminer la fête en brisant encore une lance en leur honneur. Il choisit pour adversaire le comte de Montgommery, son capitaine des gardes, l'un des plus habiles jouteurs de la cour, et d'abord le fit inviter à descendre dans la lice. Le comte s'excusa sur la fatigue qu'il éprou-

Ûtî MARIS BTCÀRTj

vait; mais le mi insista, et Moulgommei-y fut obligé de céder.

Il s'élança sur son cheval , s'arma d'une lance et salua le roi. Au signal donné, les deux champions coururent l'un contre l'autre. Le choc fut si violent, que les deux lances volèrent en éclats ; mais le tronçon de celle du comte, ayant rencontré la téte du roi , lui donna un si furieux coup, qu'il lui entra de deux pouces dans le front , audessus de l'œil droit. Les éonyara , voyant Henri chanceler, s'élancèrent à son secours ; le comte de Montgommery sauta à bas de

> son cheval ; aidé du connétable de Montmorency, il détacha le casque du roi et de-

jneura consterné à la vue de cette affreuse blessure. Henri le reconnut et lui tendit la main.

«Quoiqu'il puisse advenir de ceci, lui dit-il, je vous le pardonne; car c'est moi qui vous ai forcé à accepter ce combat. »

La reine, la dauphine et les princesses entourèrent le roi sans pouvoir lui cacher leurs larmes, et Catherine de Médicis douua

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des ordres pour qu'il fût conduit au palais.

La désolation la plus profonde avait remplacé la joie publique , les églises ne désemplissaient pas , et de toutes parts s'élevaient des vœux ardents pour le salut de Henri.

Mais en vain les plus illustres médecins furent appelés autour de la couche royale ; leurs secours ne parvinrent qu'à prolonger pendant onze jours les souffrances du blessé, qui expira, en recommandant que le comte de Montgommery ne fût point poursuivi,

La nouvelle de sa mort plongea le royaume dans le deuil , èt le titre de reine de France ne consola point Marie Stuart de la perte de celui qui avait si tendrement accueilli son enfance, et qu'elle avait espéré conserver longtemps encore. François et Marie, occupés jusque-là de leur seul bonheur, ne s'arrachèrent pas sans peine à la douce solitude qu'ils s'étaient créée au milieu de la cour, et ne se chargèrent qu'avec répugnance des graves soucis attachés au gouvernement du royaume, surtout en ce temps où, la réforme commençant à compter des

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partisans, il était à craindre que les divisions produites par la diversité des opinions religieuses dans les pays voisins n'épargnassent pas la France.

Le duc de Guise et le cardinal, son frère, oncles de Marie Stuart, profitèrent de l'éloignement que le jeune roi témoignait pour les affaires , et devinrent tout-puissants.

Cette haute faveur lit des mécontents : le connétable de Montmorency et les princes du sang eux-mêmes s'éloignèrent de la cour, où ils ne jouissaient plus du crédit auquel ils étaient habitués. Le roi de Navarre et le prince de Coudé s'unirent aux calvinistes, dont l'amiral deColigny était le chef, pour renverser le pouvoir des Guises, zélés protecteurs de la foi catholique.

Comme on le voit, l'ambition et la jalousie furent le véritable motif des guerres qui ensanglantèrent la France à cette époque fatale; la religion n'en fut que le prétexte.

Les princes formèrent le projet de massacrer le duc de Guise et le cardinal , et d'enlever le roi, qui était alors à Amboise

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avec toute la cour. Ils noué tout des intelligences avec l'Angleterre et l'Allemagne, alin de pouvoir, quand François M serait entre leurs mains, imposer à tout le royaume le culte qu'ils avaient embrassé. La Renaudie , gentilhomme gascon, homme d'audace et de sarrgfroid , partisan sincère, d'ailleurs, des doctrines de Calvin , se chargea d'exécuter le coup de main projeté. Il fit avancer de tous côtés vers Amboise des protestants armes qui.au signal donné par lui, devaient attaquer le château.

Le duc de Cuise, dont la police était mieux faite que celle du roi , et qui , ne se luisant point illusion sur la haine jalouse dont il était l'objet, prêtait une grande attention aux mouvements des calvinistes , connut tous les détails de leur plan et feignit de s'endormirdans la plus grande sécurité, afin de les faire tomber tous dans le piège qu'ils lui tendaient. Il plaça partout des gardes , donna des ordres sévères pour la défense du château , et laissa les protestante s'avancer vers Amboise, sans leur

MARIE STOJlRT.

susciter aucun obstacle. D'après les ordres de La Renaudie , une députation de calvinistes quitta le corps d'armée , entra dans la ville et se présenta au palais , pour demander au roi la liberté de conscience. Le refus de François, auquel on s'attendait, devait être suivi du massacre des (luises , de la prise de la ville et de l'enlèvement du monarque. Mais , à peine arrivés au château , les envoyés furent arrêtés. Peu de jours après, La Renaudie fut tué en combattant, les principaux chefs furent mis à mort, et les autres reçurent l'ordre de rentrer dans leurs foyers et de s'y tenir en paix. Mais le plus petit nombre seulement obéit, et le reste, désireux de venger ceux qui avaient péri, fit une nouvelle tentative pour s'emparer d'Amboise. Alors la sévérité succéda à lu pitié : on fil main-basse sur tous les révoltés qa'on put atteindre, et, pendant plusieurs jours, la ville fut le théâtre d'une multitude d'exécutions. En vain la jeune reine supplia son oncle d'épargner des malheureux qui n'étaient qu'égarés, disait-elle;

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le duc de Guise la pria de ne point s'occuper des affaires de l'état, pour lesquelles il fallait un ctieup plus ferme que le sien, et l'engagea à quitta Amnoise, conseil qu'elle suivit avec empressement.

Les nouvelles que Marie recevait de son royaume d'Ecosse n'étaient pas de nature à dissiper la tristesse que lui causait ce qui se passait en France. Un . prédicateur de Genève, nomméJean Knox, fougueux partisan des doctrines de Calvin , ayant été envoyé dans ce pays, y fit de nombreux prosélytes.

Il déclama avec violence contre l'idolâtrie de Rome et, donnant le premier l'exemple, il déclara une guerre acharnée au culte catholique. Le peuple, presque toujours séduit par celui qui le flatte , brisa les images, renversa les autels, alluma des bûchers sur lesquels furent jetés les reliques des saints, les ornements sacerdotaux et même les ministres de l'Eglise; il attaqua les monastères, les détruisit de fond en comble et dispersa les religieux qu'il ne put frapper.

Marie de Lorraine, instruite do ces dés- :!.

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ordres , rassembla ses troupes pour réduire . les rebelles; ceux-ci se disposèrent à résister. Ne se fiant pas à leurs propres forces , ils réclamèrent les secours qu'Elisabeth leur avait offerts, et la guerre recommença. Elle durait encore lorsque Marie Stuart apprit la mort de sa mère. Ce fut une grande douleur pour la jeune reine. Retirée au fond de son palais , avec les compagnes de son enfance , elle pleura amèrement la perte de celle dont elle était depuis si longtemps séparée , ef son cœur fut saisi d'effroi quand elle sentit retomber sur son front la couronne dont la régente avait jusque-là porté le poids. Pour mettre un terme aux maux de sa patrie , elle pria son époux et son oncle de renoncer à l'espoir de la faire un jour asseoir sur le trône d'Angleterre , son titre de reine de Fiance devant suffire , disait-elle , a l'ambition de quelque princesse que ce fût, François H, qui ne désirait rien au monde que de contenter Marie , se rangea promptement de son avis. Le consentement des Guises fut plus difficile à obtenir; enfin, il futaecor-

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dé , et deux envoyés signèrent , le 22 juillet 4560, le traité d'Édimboui'g, en vertu duquel François et Marie Stuart renonçaient ou titre et aux armes d'Angleterre. Une amnistie fut accordée aux calvinistes , les troupes françaises quittèrent l'Ecosse et, en l'absence de la reine , un conseil , composé de douze des principaux seigneurs , fui chargé du gouvernement.

Les lettres de grâce de la reine enhardirent les protestants : ils convoquèrent le parlement, traitèrent indignementles catholiques qui en faisaient partie ; restés maîtres de ce nouveau champ de bataille , ils déclarèrent le calvinisme religion de l'état et proscrivirent l'exercice de l'ancien culte. Les prêtres, persécutés, furent obligés de se cacher, et les fidèles ne purent assister à la célébration des saints mystères qu'en s'exposant aux peines les plus sévères : la confiscation des biens , l'exil et la mort.

Si de tels excès n'affligeaient pas la France, elle était cependant en proie à de continuelles agitations. Des lettres inlercep-

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