‹ Histoire de Marie Stuart, reine d'ÉcosseChapitre 4 sur 8 · ÏIÀIWE S1TART · texte numérisé non relu

ÏIÀIWE S1TART

tées venaient de prouver la participation du prince de Coude aux. intrigues des calvinistes , et. l'on apprit qu'il tramait avec eux une conspiration qu'ils regardaient comme une revanche de celle d'Amhoise. Le roi étant alors à Blois , où se tenaient les états, le duc de Guise y attira le prince de Coudé et communiqua seulement alors à François H les preuves accusatrices. Le roi, dont la santé s'altérait visiblement, ressentit une grande peine en se voyant abandonné et trahi par les princes du sang, ses appuis naturels, et cette peine augmenta ses souffrances.

11 reçut avec froideur les compliments du prince de Coudé et lui déclara qu'on l'accusait d'avoir formé des complots contre la paix du royaume et contre la personne du roi. Condé en fut troublé ; mais il se remi!

aussitôt, cria à la calomnie et demanda le temps de se justifier. - .

«Il est juste que vous soyez entendu dans vos défenses, lui répondit François, qui donna aussitôt l'ordre de l'arrêter. Son pro-

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ces fut instruit, et les juges, ayant reconnu sa culpabilité , le condamnèrent à mort.

Cette sentence ne fut point exécutée. Lu maladie du roi prit , pendant les débats , le caractère le plus grave ; il endurait dans la tête d'intolérables douleurs que les tendres soins elles pieuses consolations de la jeune reine lui donnaient seules la force de supporter. Assise à son chevet, Marie ne voyait que le visage décoloré de son époux , n'entendait que ses plaintes déchirantes, et, malgré les instances de ses oncles et de Catherine de Médicis , elle ne voulut pas quitter une minute son cher sire. Mais en vain elle appela près de ce lit de douleur les plus célèbres médecins de ce temps , sans en excepter le savant calviniste Ambroise Paré ; la mort avait marqué sa victime, et, le 4 décembre 1560, François II expira dans ses bras.

Chaules IX n'ayant que dix ans Ion de la mort de son frère, Catherine de Médicis fut déclarée répente du royaume, et Marie Stuart, jusqu'alors souveraine d'une cour qui l'adorait , se trouva sous la dépendance de cette ambitieuse princesse, qui ne l'avait jamais beaucoup aimée. Catherine de Médicis, d'ailleurs, n'aimait qu'une chose: le pouvoir, et elle devait cruellement le prouver à la France.

Absorhée dans sa douleur, la veuVe de

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François ne prit (l'abord aucun souci de la position qui lui était faite : elle passait ses jours dans la solitude , uniquement occupée à pleurer son époux et à épancher ses regrets dans de touchantes élégies. Les vers qu'elle composa alors peuvent donner une idée de la poésie à cette époque. En voici quelques fragments :

En mon triute et doux, chant , D'un ton fort lamentable , Je jette un deuil tranchant , De perte incomparable Et en soucis cuisants Pussent mes meilleurs ans.

Fut-il un tel malheur De dure destinée , Ni si triste douleur De dame fortunée , Que mot) cœur et mon œil Vois en bière et cercueil !

Que dans mon doux printemps , A fleur de ina jeunesse , Tontes les peines sens D'une extrême tristesse .

£8 M.VML STVAKT.

Et en rien nui plaisir, Qu'en regret ei désir.

Ce qui m'était plaisant Me devient peine dure ; Le jour le plus luisant F^sl pour moi nuit obscure , Kl n'est rien si exquis Qui dp moi soil requis.

Pour mon mal étranger, Je ne m'arrête en place; Mais j'en ai beau changer Rien ma douleur il 'efface; Car mon pis et mon mîein Sont les plus déserts Heu x.

Car, en quelque séjour, Soit en bois , soit en prée, Soit sur l'aube du jour Ou soït sur la vesprée , ■Sans cesse mon coeur seul Le regret d'an absent.

Catherine de Médicis , redoutant la grande puissance des Guises, fit grâce au

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prince deCondé, qui était parvenu à fuir de sa prison , et elle favorisa secrètement les protestants , ennemis acharnés du due et du cardinal de Guise. Pour s'opposer aux. progrès de la réforme, qui menaçait de tout envahir, le duc s'unit au connétable de Montmorency et au roi de Navarre, qui, un instant entraîné par le torrent, avait embrassé le calvinisme , mais qui se repentait de sa faute et voulait rentrer dans le sein de l'Eglise.

Marie Stuart, nièce des Guises, veuve du feu roi et tendrement chérie du jeune Charles IX, son beau-frère, ne pouvait que donner de l'ombrage à Catherine ; elle le sentit et, pour se soustraire aux tracasseries que cette princesse commençait à lui susciter, elle se retira à Reims, auprès du cardinal, son oncle, décidée à y passer le temps de son deuil.

11 n'était pas encore expiré quand le parlement écossais invita Marie Stuart à venir prendre les rênes du gouvernement. Le dkh tif de cette demande était l'effroi que le par-

MARIÉ STCAltT.

lement ressentait à la vue du mal qu'il avait laissé faire. Kuox ayant décrété l'abolition de tous les monuments de l'idolâtrie papale, les abbayes avaient été réduites en cendres, les bibliothèques pillées , les tombeaux violés, et.la fureur des réformés menaçait de ne pas s'arrêter à la ruine de tant de trésors, mais d'étendre ses violences sur la partie de la nation qui ne demandait que la paix et le maintien des lois.

Le cardinal de Lorraine , persuadé que la présence de Marie rendrait quelque courage aux catholiques et inspirerait aux protestants une crainte salutaire , conseilla à la reine de céder aux vœux de ses sujets. Marie Stuart eût vivement désiré ne pas quitter la France , sa patrie d'adoption ; mais , sincèrement dévouée à sa foi, elle comprit qu'il était de son devoir de reine et de chrétienne de s'oublier elle-même pour le bien de tous, et elle répondit au cardinal qu'elle était prête à se rendre où l'appelait la volonté de Dieu.

Le cardinal, heureux de cette décision,

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fit demander à Elisabeth un sauf-conduit pour la reine d'Ecosse ; car il craignait qu'elle ne fût insultée par la flotte anglaise. Elisabeth le refusa. Marie n'en" fut nullement affectée.

« J'ai échappé à Edouard VI pour venir en France, dit-elle; j'échapperai bien à sa sœur pour retourner en Écosse. Le Ciel , d'ailleurs , me protégera, puisque c'est sa cause que je vais défendre. »

Le duc et le cardinal de Guise, M. de Nemours , Brantôme et un grand nombre de seigneurs accompagnèrent Marie jusqu'à Calais. Deux galères l'attendaient dans le port; mais, comme chacun cherchait à retarder l'heure de la séparation , la reine resta six jours dans cette place redevenue française, et il fallut que, .surmontant son chagrin , elle donnât à ceux qui l'accompagnaient le courage de la voir partir.

Enfin , elle dit adieu à ses oncles et à ses amis ; plusieurs de ces derniers voulurent la suivre jusqu'en Ecosse. De ce nombre fut

"2 HARiE STIAKT.

Brantôme , auquel nous empruntons le récit de ce voyage.

« On commença à faire voile le 15 août 1561, dit-il. Elle, sans songer à autre action , s'appuya les deux bras sur la poupe de la galère, du côté du timon , et se mit à fondre en grosses larmes, jetant toujours ses beaux yeux sur le port et le lieu d'où elle était partie, prononçant toujours ces tristes paroles : Adieu, France! adieu, France ! tes répétant à chaque coup ; et lui dura cet exercice dolent près de cînqheures , jusqu'es qu'il commença à faire nuit et qu'on lui demanda si elle ne voulait point s'ôter de là et souper un peu; alors, redoublant ses pleurs plus que jamais, elle dit ces mots :

C'est bien à cette heure, ma chère France; que je vous perds du tout de vue, puisque la nuit obscure est jalouse de mon contentement de vous voir tant que j'eusse pu et m'apporte un voile noir devant mes yeux , pour me priver d'un tel bien. Adieu donc, ma chère France ! Je ne vous reverrai jamais plus !... » Puis , ayant fait signe à la personne

narie frreMrr; 78 qui l'était venue chercher qu'elle allait descendre aussitôt qu'elle , elle prit ses tablettes et profita des dernières lueurs du jour pour écrire ces lignes :

Adieu , plaisant pays de France,

0 ma patrie

La plus chérie!

Qui us nourri ma tendre enfance.

Adieu , France ! Adieu mes beaux jours !

La nef qui déjoint nos amours N'a en de moi (pie la moitié ; 1, autre pari le reste , elle est tienne ; Je la fie à ion amitié , Pour que de l'autre if te souvienne.

Elle descendit ensuite; mais elle avait le cceur si gros , qu'elle ne put manger, et ne cessa de s'entretenir avec les convives de tout le bonheur qu'elle avait perdu. Elle demanda qu'on lui dressât un lilsurla poupe ; ce désir, équivalent à un ordre , fut aussitôt exécuté. Elle recommanda au timonier de la réveiller au point du jour, s'il apercevait encore les côtes de France. La fortune favorisa sur ce point la triste reine; car, le vent

74 MARIE SITART.

étant tombé, la galère n'avait marché pendant toute la nuit qu'à l'aide des rames.

. « A l'appel du timonier , dit encore Brantôme, elle se leva sur son lit et se mit à contempler la France encore et tant qu'elle put; mais, la galère s'éloignant, elle éloigna son contentement et ne vit plus son beau terrain, et donc redoubla encore ces mots : Adieu, la France ! Je pense ne vous voir jamais plus!...»

Ainsi que Marie l'avait espéré , sa galère échappa à la flotte anglaise à la faveur d'un brouillard si épais, qu'il était impossible de distinguer les objets, méine aune fort petite distance. Pendant que toute sa suite se félicitait de cette heureuse circonstance, la reine souhaitait dans son cœur que la brume se dissipât et que, poursuivie par les Anglais, sa petite flottille fût obligée de retourner vers la terre hospitalière qu'elle quittait avec tant de regret. Toutefois, cette faiblesse ne dura qu'un instant, et Marie remercia Dieu de la soustraire, comme par miracle , à la vue de ses ennemis.

MARIE STIÎART. ' 75

La Hotte anglaise, mise en mer sous prétexte de se rendre aux Indes , avait l'ordre d'enlever la reine d'Ecosse et delà conduire à Londres. Elisabeth portait à Marie Stuart une haine aussi violente qu'habilement dissimulée. Elle la haïssait comme reine, parce qu'elle, Elisabeth, décidée à ne point se marier , savait qu'à sa mort la couronne d'Angleterre appartiendrait, sinon à Marie elle-même, du moins à ses enfants; mais elle la haïssait surtout comme femme, parce que, jalouse de briller, elle était forcée de reconnaître qu'elle n'avait ni la beauté de sa rivale, ni la grâce qui donnait à cette beauté un charme incomparable.

La galère qui portait la reine vogua pendant plusieurs jours au milieu du brouillard, sans qu'on sût si elle suivait le bon chemin; enlin, le 20 août, on reconnut les côtes d'Ecosse, et la petite flotte aborda à Leith, près d'Edimbourg.

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La joie des Ecossais fut grande quand ils apprirent le retour de leur reine et quand ils la virent si belle, si bonne, si gracieuse pour tous. Quant à Marie Stuart, partie tout enfant de ce pays , elle se le rappelait à peine et, quand elle y eut jeté un coup d'œil , elle ne put s'empêcher de le comparer à ce plaisant pays de France qu'elle avait abandonné pour obéir à un rigoureux devoir , mais auquel son cœur était resté. Toutefois, elle se garda bien d'en rien laisser voir, et elle fit

MARIE STIUST. 71

si bon accueil à son peuple, que, le soir de son arrivée à Edimbourg , « cinq ou six cents marauds vinrent, au dire de Brantôme, lui donner une sérénade avec de méchants violons et de petits rebecs , dont il n'y a faute en ce pays-là , et se mirent à chanter des psaumes si mal chantés et si mal accordés, qu'on ne pouvait rien entendre de pire.»

Les réformés, que l'arrivée de la reine contrariait plus qu'ils ne voulaient le laisser croire, résolurent de lui montrer qu'elle n'avait rien à attendre de leur soumission.

Le lendemain de son entrée à Edimbourg , Marie ayant fait célébrer la messe dans la chapelle du château , une bande armée y fit irruption, et le chapelain eût été massacré s'il ne se fût réfugié derrière la reine, qui lui fit un rempart de son corps.

Cette tentative affligea beaucoup Marie ; niais elle comprit que , n'étant pas assez forte pour lutter contre ce peuple, dont les passions étaient arrivées au, plus haut poinl d'exaltation , il fallait qu'elle eût recours à la prudence. Elle chercha donc à apaiser ces M. s. *

1% MARIE STtAlI'l.

forcenés, à gagner leurs cœurs et à obtenir de leur affection ce qu'elle ne pouvait exiger de vive force. Dévouée du fond de l'âme à 1» religion catholique, elle s'attacha, par sa bonté, sa justice et sa clémence, à détruire les préventions des calvinistes, et s'efforça de les ramener à la vérité.

Dès qu'Elisabeth eut appris l'arrivée de Marie Stuart en Ecosse, elle envoya des ambassadeurs chargés de lui témoigner la joie qu'elle éprouvait de son heureux retour dans ses états, et lui faire part de l'extrême désir qu'elle avait de vivre en bonne intelligence avec cette chère voisine. Marie ne .soupçonna sous ces paroles aucune arrièrepensée ; elle se reprocha d'avoir mal jugé la reine d'Angleterre , combla d'honneurs ses envoyés et les chargea de lui remettre de sa part un magnifique diamant, taillé en forme de cœur, et de la prier de le conserver comme un gage de sa foi, « qui serait toujours plus pure et plus ferme que le diamant. »

Le prieur de Saint-André, fière naturel

MARIE STlÀRT. 79

de Marie, obtint de son amitié le titre de comte de Murray. Mais, comme depuis longtemps ce titre n'avait appartenu à personne, les grands biens qui en dépendaient, d'abord réunis à la couronne, en avaient été peu à peu détachés par les empiétements des seigneurs. Au nombre de ces seigneurs était le comte de Huntly, qui , obligé de restituer ce dont il s'était emparé, leva une armée et, sommant tous ceux qui voulaient l'aider à débarrasser la reine de la tutelle de son frère, de se joindre à lui , M vint livrer bataille à lord Murray près de Cowiechie.

Il trouva la mort dans le combat et ses deux fils payèrent de leur tête.l'atné, sa participation à la révolte paternelle, etle plus jeune, le malheur de devoir le jour à un rebelle.

Les calvinistes applaudirent à cette cruelle punition, parce que Huntly était catholique, et la popularité de Marie s'en accrut. Elle inspira aux nobles, toujours prêts à susciter des embarras à la royauté , une crainte salutaire , et elle fut suivie d'une assez grande tranquillité.

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MO MAHie STtART.

Le parlement , désirant en assurer h durée, engagea Marie Stuart à se choisir un époux. Comme elle était non-seulement reine d'Écosse , reine douairière de France, mais la plus helle et la plus aimable princesse de son temps , toutes les puissances de l'Europe briguèrent son alliance , entre autres, l'Allemagne pour l'archiduc Charles, la France pour le duc d'Anjou, frère du roi, et depuis roi lui-même sous le nom de Henri III, et enfin l'Espagne pour don Carlos.

Dana des circonstances aussi graves, Marie crut devoir, par politique, prendre conseil de la reine Elisabeth. Cette princesse , qui ne craignait rien tant que de voir sa rivale conclure une alliance capable de la mettre en état de faire valoir ses droits au trône d'Angleterre , l'accabla de fausses protestations d'amitié, la remercia de ia confiance qu'elle lui témoignait, l'appela sa chère sœur, sa bonne cousine, et finit par l'engager à épouser qui?... Son propre favori, le comte de Leicester, homme de

KUUE STl'AHT. 81

manières gracieuses, mais perdu de mœurs, dévoré d'ambition, et, de plus, lâche et cruel.

Marie Stuart fut indignée de cette proposition ; mais , pour acquérir la preuve de la duplicité de la reine d'Angleterre , elle feignit de n'éprouver aucune répugnance pour cette union , et , comme le projet d'Élisabèth n'avaitjamais été de la voir s'accomplir, elle rappela le comte de Leicester et rétracta sa parole. Alors Marie résolut de ne s'en rapporter qu'à elle-même du choix qu'elle avait à faire , lord Murrày , son frère , se trouvant trop intéressé à ce qu'elle restât veuve pour qu'elle pût suivre en toute confiance les avis qu'il lui donnerait.

La reine d'Écosse avait alors pour secrétaire un Piémontais, nommé Kizrio. Cet homme, d'une naissance obscure, mais d'un esprit adroit , souple , insinuant, était venu à Édimbourg avec un envoyé de Savoie.

Doué d'un rare talent de musicien , il avait été appelé à la cour par Marie , qui aimait passionnément cet art, et qui rencontrait

82 MARIE STIART.

dans sa vie nouvelle Lrop peu de sujets de distraction pour en laisser échapper un seul. Rizzio était déjà vieux, et son extérieur était peu agréable ; mais sa conversation était vive , enjouée , amusante , et rappelait à Marie l'esprit français ; elle ne voulut pas que Rizzio retournât en Savoie, elle se l'attacha en qualité de secrétaire, et, peu à peu, elle en vint à lui accorder une entière coniiance. Rizzio, sincèrement dévoué à la reine , se fût fait tuer pour elle ; mais il avait un faillie pour l'or et aimait, comme tous les parvenus , qu'on rendit hommage à son pouvoir.

Henri Stuart, comte de Darnley, fds de Marguerite Douglas et du comte de Lennox, se mit sur les rangs pour obtenir la main de Marie, sa cousine germaine. Instruit de l'influence que Rizzio exerçait sur les décisions de la reine , il se le rendit favorable en lui témoignant des égards et une estime toute particulière ; de magnifiques présente achevèrent de le mettre dans ses intérêts ; dès-lors , la cause du comte de Darnley fut

MABIE STt.WF. 83

gagnée, et les obstacles qui s'opposaient à cette union ne firent qu'en hâter l'accomplissement.

Elisabeth eut à peine appris que la recherche de Henri Stuart était agréée, qu'elle ordonna au comte de Lennox et à son fils de rentrer en Angleterre; mais, quelques jours après la réception de sa lettre, le mariage fut conclu. Elisabeth s'en vengea , en faisant enfermer à la tour de Londres la comtesse de Lennox, qui était restée en Angleterre , et en excitant de nouveaux troubles en Êcosse.

Le comte de Murray, dont le mariage de Marie ruinait le pouvoir , s'unit aux mécontents qui avaient formé le projet d'enlever la reine, de l'enfermer dans une prison et de faire périr Darnley. Une embuscade fut dressée pour les surprendre tous deux ; mais, ayant été avertis du danger, ils y échappèrent, à la grande stupéfaction des conjurés. Ceux-ci ne gardèrent plus de mesures; ils s'armèrent contre Marie, qui fut obligée d'appeler à l'aide

84 MARIE STliART.

ses sujet restés fidèles. Le nombre de ceux qui accoururent pour la défendre fut plus grand que ne l'avaient pensé les rebelles.

La reine se mit à leur tête , et changea ainsi leur affection en un enthousiaste dévouement. Murray et ses complices, incapables de résister à cette armée , s'enfuirent et trouvèrent un asile en Angleterre. Mais quelques-uns d'entre eux, qui n'avaient pas pris une part ostensible dans le complot, restèrent en Écosse, et Elisabeth compta des serviteurs jusque dans le palais de Marie, qui ne se doutait pas de leur trahison.

Sous des dehors avantageux , Darnley cachait une ambition immodérée, que sa complète nullité rendait ridicule. Une fois marié , il cessa de se contraindre , et la reine reconnut avec douleur qu'elle avait donné son cœur et sa main à un homme débauché, ingrat, orgueilleux, indélicat, et elle prit la ferme résolution de ne pas céder à ses instances, en lui accordant une couronne dont il était indigne. Darnley voulut

M A II IF. STL.ftlT. ■ 85 obtenir par la violence ce que la reine refusait à ses prières. Ce dernier moyen ne lui réussissant pas mieux que le premier, Darnley chercha autour de lui à quelle influence Marie pouvait obéir en cette circonstance; car il ne s'était pas attendu à trouver en elle tant de fermeté de caractère.

Ses soupçons tombèrent sur Kizzio , qui était resté le conseiller de la reine, et il résolut de le perdre. Il fit part de ses projets à quelques seigneurs, et , comme l'élévation du Piémontiûs n'avait pas manqué de faire des jaloux , Darnley trouva les lords tout disposés à entrer dans ses vues. Les partisans qu'Élisabeth avait à la cour de sa rivale excitèrent aussi la haine de Henri contre le secrétaire royal ; car il importait à ces traîtres d'enlever à Marie Stuart l'homme habile et sage qui recevait ses confidences et qui la guidait au milieu des difficultés semées sous ses pas.

Kizzio reçut plusieurs avis du danger qui le menaçait; mais, ne pouvant s'y sous- **.

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86 MARIE STUAIIT.

traire, il répondit qu'il avait depuis longtemps fait le sacrifice de sa vie à la gloire d'être utile à sa souveraine.

La reine donnait, de temps à autres, quelques soupers intimes à celles de ses dames qu'elle aimait le plus', et Rizzio, en sa qualité de musicien , était le seul homme qui y fût admis. Darnley, qui connaissait ces détails , résolut de profiter d'une de ces soirées pour se défaire de Rizzio , qui ne pourrait opposer aucune résistance; car il ne portait jamais d'armes en présence de la reine.

Le 9 mars 1566, Marie soupait donc avec Marie Seyton , sa compagne bien-aimée, la comtesse d'Argyle, quelques-unes de ses femmes , et l'infortuné Rizzio ; les conjurés pénétrèrent dans l'appartement de la reine , conduits par Darnley, qui entra d'abord seul dans le cabinet où les convives étaient réunis. Sa présence inattendue surprit Marie , et sa pâleur effraya les autres dames.

La reine s'informa du motif de sa visite ; mais Henri ne répondit que par ces mots :

MAKIfc STUART. 87

t A moi, Douglas! » qui étaient le signai convenu pour que ses complices parussent.

Us entrèrent aussitôt. La reine ayant demandé à lord Ruthwen , l'un d'eux, pourquoi il paraissait devant elle armé de toutes pièces, celui-ci répondit en étendant le bras vers Rizzio , et l'Italien comprit qu'on en voulait à ses jours. Il se réfugia derrière la reine, en demandant justice.

Marie Stuart s'efforça de le soustraire aux coups de ses ennemis ; mais le roi , la saisissant à bras le corps , l'enleva et la conduisit à l'autre extrémité de l'appartement, où il ia retint de force , tandis que Georges Doublas frappait Rizzio d'un poignard qu'il avait arraché à ia ceinture de Darnley.

« Grâce ! grâce ! » s'écriait la reine en fondant en larmes, à la vue du sang, et en implorant tour-à-tour les seigneurs et son mari ; mais personne ne l'entendait. Chacun voulait frapper. Rizzio mourant fut traîné à travers la chambre à coucher de la reine , et expira sur l'escalier, percé de cinquante-six coups de poignard.

88 MAitiE stuauTi

Lord Ruthwen vinl alors annoncer à Darnley la mort du Piémontais; fatigué d'avoir frappe , il s'assit et se versa un verre de vin. « On ne s'assied fias devant la reine sans sa permission , dit Marie Stuart ; sortez , milord ! »

Ruthwen ne bougea pas. La reine, indignée de tant d'insolence, se retira à pas lents, et, arrivée près de la porte, se retourna vers Darnley et Ruthwen , en disant:

« Je ne pleurerai plus maintenant; car ce serait lâche ; mais je me vengerai , milord , et, si je n'y puis réussir , celui que je porte dans mon sein s'en chargera. »

Lés conjurés prirent possession du palais et y retinrent la reine prisonnière. Murray, qui avait été prévenu de ce qu'on allait faire , arriva le lendemain de la mort de Rizzio, et la reine , qui l'avait toujours aimé, malgré son ingratitude, l'accueillit comme un libérateur. Murray, touché de cette tendresse, ou mu seulement par l'ambition, prit parti pour Marie Stuart contre les assassins de l'innocent Italien. Darnley îui-

marie btcàrt; 89 même les désavoua, et ils apprirent, peu de jours après , que le roi et la reine étaient partis dans la nuit pour le château de Dumbar. Les ministres Rothwel et Huntley allèrent les y joindre, et le procès des meurtriers s'instruisit. Deux d'entre eux furent condamnés; les autres s'étaient enfuis en Angleterre. La réconciliation de Marie et de Darnley n'était qu'apparente : la reine avait pu pardonner, mais elle n'avait pas oublié, et d'ailleurs, la conduite déréglée du roi n'était pas faite pour ramener à lui le cœur de sa femme. Ils vivaient absolument séparés dans leur palais, quand Marie mit au monde un fils qui devait un jour réunir les deux couronnes d'Ecosse et d'Angleterre.

Le premier soin de Marie Stuart fut de députer vers Elisabeth un de ses plus fidèles lords pour lui faire part de cet heureux événement. Quand l'envoyé de lu reine d'Écosse fut introduit, Élisabeth était au bal. Elle dansait bien et se plaisait fort à faire admirer sa grâce à toute la cour; mais, en écoutant

90 MAR18 STOAKTi

le message de sa /tonne amie, elle pâlit, chancela , et fut obligée , pour ne pas tomber , de s'asseoir dans un fauteuil qui, heureusement , se trouvait derrière elle. Ses dames l'entourèrent, lui prodiguèrent les soins les plus empressés et s'informèrent de la cause de ce malaise subit.

€ Vous me demandez ce que j'ai ! ditelle avec colère. N'entendez-vous donc pas que la reine d'Écosse a un beau garçon , tandis que je ne suis, moi, qu'une souche stérile! »

Cependant, fidèle à sa dissimulation ordinaire, Élisabeth témoigna au lord écossais la part qu'elle prenait à la joie de Marie , et lui dit qu'elle devait à cette vive joie la guérison d'une maladie de quinze jours. Le député lui ayant offert d'être la marraine du jeune prince , elle accepta avec force remet-ciments ; mais quand il lui eut exprimé la joie qu'éprouverait Marie Stuart , si cette circonstance pouvait lui procurer la visite de sa bonne sœur d'Angleterre, elle répondit qu'il lui était impossible de quitter

ses états et qu'elle enverrait au baptême un représentant.

Darnley , presque toujours ivre , se livrait de plus en plus à la bassesse de ses goûts , et la reine avait peine à contenir le mépris qu'il lui inspirait. Tous les seigneurs qui l'entouraient partageaient ses sentiments, et les serviteurs mêmes du roi n'avaient pour lui ni affection ni respect. L'époque fixée pour le baptême du jeune prince étant arrivée , Darnley n'y voulut point paraître , quelques instances qu'on lui fit à cet égard ; Marie en fut vivement affligée et ne put s'empêcher de le témoigner devant ses courtisans. Presque tous lui conseillèrent de porter plainte au saint-père et de solliciter le divorce; mais Marie répondit qu'elle aimait mieux souffrir et mourir à la peine , s'il le fallait, que d'instruire toute l'Europe de ses querelles de ménage.

Jacques Hepburn , comte de Bothwel ; Murray, d'Argyle, Huntley et Maitland, que Marie avait choisis pour ministres , malgré l'opposition de Darnley , commencèrent à

!t y 2 MAKI h STI AUT.

songer aux moyens de débarrasser la reine d'un lien odieux. Us y révèrent longtemps, et le mot d'assassinat fut enfin prononcé.

Bothwel , l'ennemi le plus acharné du roi , s'était flatté de faire agréer ce projet à la fane ; mais il n'osa pas le lui communiquer, et les autres , qui ne s'étaient engagés à agir que si l'impunité leur était garantie , se retirèrent du complot. Bothwel n'abandonna pas son dessein , et , à force d'or , il trouva des complices et n'attendit plus que le moment favorable au meurtre qu'il jugeait nécessaire à la tranquillité de la reine et à sa propre ambition.

Darnley, qui savait qu'il avait de nombreux ennemis en Écosse, résolut de quitter ce pays et se rendit à Glascow pour dire adieu à son père. Chemin faisant , il tomba malade , et, quand il arriva au manoir paternel , on désespérait de ses jours. D'innombrables pustules lui couvrirent tout le corps et furent attribuées par les uns à la petitevérole , et par les antres à un poison inconnu.

MARIE STLA11T. 93

A la première nouvelle du danger que courait le roi, Marie Stuart quitta la cour, et, bravant la contagion, vint, en femme dévouée , donner ses soins au malade , qui , bientôt , entra en convalescence. La reine le décida à ne pas s'éloigner de l'Écosse , et , comme il ne pouvait, avant sa parfaite guérison , habiter le palais où se trouvait son fils , il s'installa dans une ancienne abbaye , située sur une hauteur, à un mille d'Édimbourg. Marie promit de venir l'y voir souvent, et tint parole.

L'isolement de cette habitation favorisait trop les desseins de Bothwel pour qu'il n'en hâtât pas l'exécution : l'abbaye fut minée sans que personne s'en doutât, et, le9 février 1567, elle sauta en l'air. On trouva dans un verger voisin le corps du roi et celui de son page. Darnley, étendu sous un arbre dont il avait brisé quelques branches en tombant, avait près de lui son épée, qu'il avait sans doute saisie au premier bruit qu'il avait entendu. Marie était venue ce soir-là même à l'abbaye avec la comtesse d'Argyle ,

MAK1E STIAKT.

et avait quitté le rai pour se montrer, comme elle l'avait promis, au bal de noces d'un de ses bons serviteurs français.

Lorsqu'elle apprit, à son réveil, la fin tragique de Darnley , elle fondit en larmes , et, oubliant tous les torts du défunt, elle jura que, puisqu'elle avait échappé au complot qu'elle croyait formé contre elle aussi bien que contre le roi , elle perdrait plutôt sa couronne que de renoncer à punir les assassins, et elle promit à qui les dénoncerait une somme considérable.

L'opinion publique désignait Bothwel, et son nom , tracé par une maio inconnue , fut placé, comme une réponse, au bas des affiches promettant la récompense votée par ta reine à qui dénoncerait les meurtriers de son époux; mais, soit que Marie l'ignorât, soit qu'elle fût déjà presque consolée, Bothwel continua de jouir de sa confiance.

L'ÉcoSse entière s'en indigna, et lord Murray , qui s'était éloigné d'Édimbourg au moment du crime, étant de retour, fit tout

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ce qu'il put pour que sa sœur fût regardée comme la complice de Bothwel. Les réformés accueillirent avec une joie extrême cette occasion de noircie la réputation de la reine ; des lettres et des sonnets , dont l'écriture imitait celle de Marie , furent fabriqués par Maitland et Buchanan , ennemis cachés de cette princesse. Ces lettres et ces sonnets, adressés à Bothwel, prouvaient la participation de Marie au complot de son ministre.

Cette infernale ruse perdit la reine dans l'esprit de ses peuples, et, trop confiante pour se douter des horribles machinations dont elle devait être la victime, elle fournit . à ceux qui la haïssaient plus d'un prétexte pour l'accuser.

Le comte de Lennox , père de Damley, demanda justice à la reine, et nomma Bothwel et ses complices. Marie, ne pouvant soustraire son favori à la puissance des lois, ordonna , contrairement à la coutume écossaise , en vertu de laquelle quarante jours étaient accordés pour, instruire un procès , que le jugement des meurtriers du roi fiH

JUBIE STLAftT. . 97

prononcé quinze jours après l'accusation portée par le comte de Lennox.

Il était aussi d'usage en Écosse que l'accusé comparût devant ses juges entouré de ses parents et de ses amis; Bothwel n'eut garde de l'oublier , et , le i 2 avril , il se présenta au tribunal avec quatre mille gentilshommes et deux cents soldats. Le comte de Lennox , averti de ce déploiement de forces, ne comparut point, et les juges déclarèrent Bothwel absous. Ce jugement ne lui suffisant poiût, il le fit ratifier par le parlement, et, à la suite d'un dîner donné par lui , dans une taTerne , aux grands seigneurs écossais , il obtint que ses convives signassent un écrit par lequel ils le déclaraient innocent , et priaient la reine , au nom de la tranquillité publique, de le prendre pour époux.

Cet écrit, surpris à l'ivresse des lords , aplanissait à Bothwel le chemin du trône ; il le garda précieusement , n'attendant qu'une occasion d'en faire usage. Elle ne tarda pas à se présenter : la reine étant allée à Stirling , voir son fils , Bothwel plaça sur le che-

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min de cette ville à Edimbourg mille cavaliers, se mit à leur téte, et quand Marie, accompagnée d'une vingtaine de personnes seulement , parut sur la route , il s'élança à sa rencontre , s'empara de sa personne et la conduisit au château de Dumbar , dont il . était gouverneur. - (

Les fidèles serviteurs qui accompagnaient Marie ayant voulu tenter une résistance qu'ils savaient toutefois être impossible, Bothwel les désarma en leur faisant entendre que cet enlèvement , convenu d'avance avec la reine , avait un but politique ; et comme on connaissait l'influence du ministre sur les décisions de cette princesse , les paroles de Bothwel ne suscitèrent aucun doute. Arrivé à Dumbar, le lord se jeta aux pieds de Marie, la suppliant de lui pardonner cet acte de violence, et quand elle lui en eut demandé la raison , il lui montra le papier signé des principaux seigneurs , et la conjura de suivre l'avis qu'ils osaient lui donner.

Marie se trouvait au pouvoir de Bothwel ; elle n'avait ni appui, ni conseil; elle crut

d'ailleurs que la volonté de la nation se manifestait par l'organe de la haute noblesse , et elle consentit à devenir la femme de cet ambitieux. Dix jours après, elle rentra à Edimbourg, monté sur un magnifique palefrai dont Bothwel tenait la bride; elle déclara qu'elle n'avait aucun reproche à lui adresser, lui délivra des lettres de grâce plénière , lui accorda le titre de duc d'Orkenay, et dès qu'il eut obtenu le divorce qu'il sollicitait , elle l'épousa.

Cette étrange union ne fut point heureuse ; la reine, qui avait cru ne suivre , en la contractant, que sa propre impulsion, avait obéi aux agents secrets d'Élisabeth , qui ne cherchait qu'à déconsidérer sa rivale, sachant bien que toute la force de Marie Stuart était dans l'amour qu'elle inspirait à ses peuples. Bothwel, peu satisfait de ce qu'il avait obtenu, voulut exercer sans entraves l'autorité royale. Il demanda à la reine de lui confier son jeune fils, et, comme elle s'y refusait obstinément, il l'accabla de reproches et l'insulta si cruellement, que, dans l'excès

100 1LUUK STCAlil.

île sa douleur, elle demanda un poignard pour s'en frapper.

A ces chagrins domestiques s'en joignirent bientôt de plus grands encore. Les nobles , qui avaient vu avec un dépit mêlé d'indignation Bothwel s'élever jusqu'au trône , formèrent une ligue pour l'en précipiter. Un jour que Marie et Bothwel assistaient à une fête, les conjurés vinrent attaquer le château où ils avaient été invités ; les deux époux n'eurent que le temps de revêtir un déguisement et de s'enfuir. Ils gagnèrent Dumbar , et, de là , ils appelèrent à l'aide les lords restés fidèles à leur cause. Quand ils se virent à la tête d'une petite armée , ils sortirent de la forteresse et s'avancèrent vers Éklimbourg.

Morton etMaitland,complicesde Bothwel, étaient devenus ses ennemis. Les confédérés les choisirent pour leurs chefs. Ils publièrent un manifeste par lequel ils justifiaient leur prise d'armes, en accusant Bothwel et Marie d'être les meurtriers du roi.

Les deux armées se rencontrèrent à mi-

MAHIK STi'AM'. I 01

chemin de Dumbar à Edimbourg au mois de juin 1567, quatre mois après la mort de Darnley et un mois après le mariage de Bothwel. Les partisans de Marie éprouvèrent quelque découragement à la vue de leurs adversaires , à la téte desquels se trouvaient les plus braves lords de l'Éeosse, et l'ambassadeur français , qui avait offert sa médiation , leur ayant fait comprendre qu'ils ne se battaient ni pour leur pays ni pour leur reine , mais seulement pour Bothwel , ils déclarèrent qu'ils ne verseraient point pour cette cause le sang de leurs frères , et l'invitèrent à soutenir lui-même ce qu'il appelait ses droits.

Bothwel avait passé dans sa jeunesse pour aventureux et vaillant ; mais comme cette jeunesse était déjà loin de lui , et qu'il n'avait pas eu depuis longtemps l'occasion d'appuyer par des preuves les beaux faits d'armes qu'il se plaisait à raconter, on l'accusait tout bas d'un peu de forfanterie , ou on le soupçonnait d'avoirperdu beaucoup de son ancienne valeur. Lorsque les partisans m s. 5

\&2 MARIE STTARf.

de Marie lui eurent fait connaître leur décision, il chargea l'ambassadeur français de défier à un combat à outrance celui de ses adversaires qui voudrait se mesurer avec lui. Chacun des chefs ennemis aspirant au choix de ses compagnons , leurs noms furent mis dans un casque et tirés au hasard. Les deux premiers noms amenés par le sort appartenaient à de braves jeunes gens contre lesquels Bothwel refusa de combattre , sous le prétexte qu'ils n'étaient pas lords. La.

même objection ne pouvant être faite contre le troisième, lord Lindsay, Bothwel remit le duel au lendemain , et quitta l'année pendant la nuit , cédant en apparence à la prière de la reine et en réalité à la crainte que lui inspirait la redoutable réputation de son adversaire.

11 se réfugia à Dumbar, et passa de là dans les Orcades , puis sur les cotes de Norwége, où il vécut de piraterie. Fait prisonnier , il mourut en 1576, et déclara, avant d'expirer, que Marie était innocente du meurtre de Darnley.

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MAftlE STI AMT. 103

Un des confédérés, mandé le lendemain par la reine , lui fît connaître que les lords

n'attendaient pour se soumettre que sa parole de ne point revoir Bothwel ; elle la donna et fut conduite au camp. Mais, au lieu d'y être traitée avec tout le respect et les honneurs dus à son rang , comme le lui avait assuré l'envoyé , elle y fut accueillie par des murmures, des huées et des insultes. On l'accusa hautement d'avoir trempé dans l'assassinat de son époux , et on la conduisit :i Edimbourg, en portant devant elle une bannière sur laquelle étaient représentés , d'un côté , le petit prince son fils , à genoux , les mains jointes, et, de l'autre, le cadavre de Darnley, avec cette légende : 0 Seigneur!

juge et venge ma cause.

Marie , qui avait essayé de surmonter sa juste douleur, n'y put réussir; elle tomba évanouie sur le cou de sa monture. Alors les chefs, qui s'étaient engages sur l'honneur à la faire respecter, se jetèrent, l'épée à la main, au milieu des soldats eu menaçant de mort celui qui oserait se permettre un mot

104 MARIA STFAim

outrageant pour la reine. Le silence se rétablit, mais ce fut tout. Les soldats , craignant que Marie ne cherchât à leur échapper, la serrèrent de si près , qu'ils mirent en lambeaux le bas de sa longue robe , et qu'ils ne voulurent pas même, avant d'arriver à Édimbourg , lui laisser un instant pour réparer le désordre de sa toilette. La reine lit son entrée dans la ville les cheveux épars , les vêtements souillés de houe et de poussière, au milieu des cris et des malédictions de la foule, qui, peut-être, se fût inclinée sur son passage si elle eût paru au milieu de la pompe qui entoure ordinairement la majesté royale.

Les.cris : A mort la parricide ! la poursuivirent jusque chez le grand-prévôt, et elle y était ù peine entrée , exténuée de fatigue et brisée de douleur, que la foule , grossissant sous les fenêtres , lit de nouveau entendre ses vociférations. La nuit ne put dissiper le rassemblement ; deux torehes furent allumées , et , à leur clarté sinistre , Marie put voir se dresser contre sa fenêtre la fatale

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M AI11K S I I Ail I . 105

bannière, dont la vue lui permit le cœur.

Elle voulut tirer les rideaux; des pierres brisèrent les vitres et faïllireat la luer ; elle se réfugia au fond de la chambre , en pleurant amèrement. Isolée dans son malheur, ne pouvant compter sur qui que ce fût , elle regretta Bothwel , qui l'eût défendue , pensait-elle , et elle lui écrivit pour l'engager à prendre patience et l'assurer de son affection ; mais le soldat chargé de remettre cette lettre à son adresse la porta aux lords confédérés, et ceux-ci, qui n'attendaient qu'un prétexte pour sévir contre l'infortunée princesse, déclarèrent qu'elle avait manqué à son serment, et la conduisirent au château de Lochlewen, qu'ils transformèrent pour elle en prison.

Cette forteresse , située dans une île , au milieu du lac de même nom , devait , par sa position, ôter toute inquiétude aux seigneurs. La garde en fut confiée à Williams Douglas , et la surveillance de la reine à lady Douglas , sa mère. Lady Douglas était aussi la mère delord Murray,frère naturel de Marie

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t06 MAHIE STCART.

Stuart. Comblé des bontés de la reine , l'ingrat était devenu son plus cruel ennemi , l'ambition étouffant dans le cœur qui s'y livre les sentiments le plus sacres. Murray se fit proclamer régent du royaume , et n'accorda pour compagne à la reine que Marie Seyton, l'une des quatre jeunes filles avec lesquelles elle avait été élevée.

En quittant Edimbourg, pour n'y plus revenir, la reine ignorait quel sort lui était réservé ; ce ne fut qu'en entendant se fermer sur elle les portes de Lochlewen qu'elle comprit toute l'étendue de son malheur ; mais elle ne devina pas que la première cause de sa perte était la haine mortelle que lui avait vouée la reine d'Angleterre.

La reine ne pouvait rien attendre de ses geôliers, l'avenir de Williams Douglas .dépendant de lord Murray, son frère, et lady Douglas , qui avait un instant espéré épouser Jacques V, s'étantvue privée du trône par le mariage de ce prince avec Marie de Lorraine, mère de MarieStuart. La jalousie avait rendu la vieille lady l'ennemie de la reine défunte et elle avait reporté sa haine sur l'héritière de cette couronne qu'elle, lady

Douglas, n'avait pu assurer à lord Murray, son fils et celui de Jacques V.

Marie Stuart n'essaya pas de les gagner à sa cause ; elle se renferma dans sa dignité de femme et de reine offensée, ne laissant voir qu'à Marie Seyton, sa compagne bienaimée, toutes les douleurs de son âme.

Qu'il y avait loin de cette prison , d'où l'œil de la reine plongeait tristement sur le lac de Lochlewen et les montagnes couvertes de brume, de ces barreaux contre lesquels se heurtait son front, de ce silence morne et glacé , interrompu seulement par le bruit des verroux ou les pas des sentinelles , au délicieux séjour de la cour de France , dont la poésie charmait les doux loisirs, à ces fêtes brillantes , à ces magnifiques tournois où paraissait toute la jeune noblesse et dont Marie était la reine ! Qu'il y avait loin de cette femme, courbée sous le poids d'une accusation criminelle, abandonnée de ses sujets,trahie par son frère, outragée par ses soldats, prisonnière de la noblesse, son soutien naturel, à cette belle et jeune reine de

MAHIE STLAitT. 109

France , chérie de sa famille adoptive , adorée du peuple , admirée de la cour, et voyant à ses pieds toute l'Europe !

Ces tristes comparaisons occupaient souvent Marie Stuart , et quand elle se rappelait ta sombre douleur dont son cœur était rempli en quittant sa seconde patrie , elle se repentait presque do n'avoir point écouté ce pressentiment qui l'engageait à ne pas s'en éloigner. Marie Seyton , habituée à deviner les pensées de son auguste maîtresse, s'efforçait de l'arracher à des souvenirs qui lui ( faisaient sentir plus amèrement le malheur de sa position ; elle cherchait à tourner les regards de la reine vers l'avenir et à faire briller à ses yeux un rayon d'espoir.

« Tous vos nobles lords ne vous ont poin l abandonnée, lui disait-elle; ils se préparent à vous venger.

— Tais-toi, mignonne, lui répondait la reine; les malheureux n'ont pas d'amis.

— Ne dites pas cela , madame ; car je vous aime, moi.

—Oh! toi, ma fille , je le sais bien, el S.

110 MARIE STIIART.

cette amitié est aujourd'hui ma plus chère consolation comme elle était jadis ma plus douce joie ; mais nous autres femmes , nous aimons jusqu'à la mort, tandis que les exigences de l'ambition changent le cœur des hommes.

— Pourtant , madame, vous êtes sûre de ne jamais voir la bannière de mon père du cdté de vos ennemis. Si vous doutiez de la fidélité de lord Seyton , ce serait nous faire, à lui et à moi, une cruelle injure.

— Eh bien ! non, je ne doute pas, chère amie; je connais trop ton noble père. Mais que pourrait-il contre toute l'Ecosse?

— Et pourquoi son exemple ne serait-il pas imité? Vous avez, madame, plus de serviteurs que vous ne le croyez. Espérez donc, je vous en supplie, et attendez patiemment des jours meilleurs. Nous reveirons bientôt Edimbourg, et ma souveraine sentira son cœur s'épanouir aux acclamations de la foule un instant égarée.

— Tais-toi , Marie ; car je ne sais si je

MAHIË STL'AHT. I I 1

désire la réalisation de tes promesses ; j'aurais tant à punir...

— On désarme ses ennemis en leur pardonnant, et ce ne serait pas la première fois que ma reine bien-aimée ferait bénir sa démence, s

Dans ces conversations souvent renouvelées , Marie Stuart oubliait sa position présente, pour croire à sa prochaine restauration ; mais quand la pensée des outrages qu'elle avait subis se présentait à son esprit, elle se demandait si une reine ainsi humiliée pourrait jamais reconquérir le respect dont elle a besoin d'être entourée , et , comme les heures sont bien longues pour qui attend et espère, Marie Seytou voyait parfois s'échapper des yeux de la reine des larmes qu'elle eût voulu sécher au prix de son sang.

Huit jours s'écoulèrent ainsi, huit siècles pour les deux prisonnières , qui songeaient, ;i leur réveil, que peut-être , quand le soleil descendrait à l'horizon , elles auraient recouvré la liberté. Marie Stuart ne doutait pas que Son sort ne fùf décidé ; maïs aucun

signe ne lui avait annoncé qu'au-delà de cette ■ touf quelqu'un pensât à elle et se préparât à la secourir. Quant à interroger ses gardiens, elle n'y pouvait songer. La vue de lady Douglas lui était si désagréable, que, pour n'être pas exposée à la rencontrer, elle ne voulait plus profiter de la seule distraction qu'on lui eût laissée, la promenade dans le jardin de Lochlewen. Williams Douglas ne paraissait devant la reine qu'aux heures des repas et se retirait après avoir goûté de tous les mets offerts à Sa Majesté. Calviniste farouche , d'autant plus hostile à la reine qu'il était plus dévoué à Murray, il était cependantincapable d'une lâcheté, et Marie Stuarl, dont il n'approchait qu'avec le respect dû au malheur, le préférait, bien qu'elle n'en pût rien espérer , à la vieille lady , dont la soupçonneuse surveillance l'indignait.

Le château de Lochlewen n'avait pas - d'autres hôtes , si ce n'est un pauvre orphelin de douze à quatorze ans , recueilli par la comtesse , qui ne voulait pas qu'un Douglas lût obligé de chercher asile chez des étrart-

MAlllË STUART.

US

gers. Mais cette aumône, faite par l'orgueil, se bornait aux besoins matériels de l'enfant, et jamais une parole de bonté , jamais une caresse, jamais un sourire affectueux ne venaient adoucir pour lui le souvenir de la mère qu'il avait perdue.

Une seule personne lui témoignait quelque intérêt : c'était Georges Douglas, le jeune frère de Williams, alors âgé de dixhuit ans à peine ; mais Georges ne faisait que de rares apparitions au château de Lochlewen, dont la froideur de sa mère et la sévérité de son frère lui rendaient le séjour peu agréable. Il était absent comme d'habitude quand la reine avait été amenée au château , et elle n'avait encore aperçu , outre le front impassible de ses geôliers , que la physionomie sérieuse et triste de l'enfant, qui sortait de grand matin de la forteresse pour aller chasser dans les bois, pécher sur le lac , ou rêver sur la montagne.

Quand, dans ses excursions solitaires, il avait le bonheur de rencontrer son ami Georges, ils causaient longuement, faisaient

114 MÂUIE STUART.

des armes et montaient à cheval, exercices dans lesquels excellait le jeune homme et avec lesquels il se plaisait à familiariser . l'orphelin, dont personne ne se préoccupait. C'était le seul visage que la reine regardât avec sympathie ; car, sans savoir quel était cet enfant, elle le sentait isolé et malheureux. Mais outre que le petit Douglas ignorait sans doute , comme elle , ce qui se passait à Edimbourg, elle ne le voyait jamais que de loin et ne pouvait lui adresser la parole.

Un jour qu'elle suivait de l'œil la légère nacelle dont il se servait pour pêcher sur le lac, elle vit s'approcher du rivage, ordinairement désert, une douzaine de personnes.

Elle suivît leurs mouvements avec une attention inquiète, appela sa fidèle compagne et lui demandas! elle ne croyait point que ces hommes armés se dirigeassent vers le château. Marie Seyton n'avait pas eu le temps de répondre, qu'au premier appel du cor, une barque, amarrée au pied de la tour, s'avança vers les étrangers. Trois d'entre

MARIE STl!ART.

eux seulement y entrèrent ; bientôt la reine put distinguer leurs traits et elle reconnut , avec une sorte d'effroi, lord Lindsay, contré qui Bothwel n'avait pas osé se mesurer, et lord Ruthwen , le fils de l'assassin de Rizzio. La vue du troisième personnage la rassura un peu : c'était lord Melvil , un de ses plus dévoués serviteurs.

La démarche de ces trois étrangers au château de Lochlewen devait avoir un but, et la reine ne douta pas qu'ils ne vinssent l'informer de la marche des événements depuis sa captivité. Peut-être apportaientils la mort , peufrêtre la liberté. Cette alternative, capable d'émouvoir une âme plus fortement trempée que celle d'une femme , lit désirer à Marie, qui voulait recevoir en reine l'une ou l'autre nouvelle, quelques instants de calme avant l'introduction des députés. Lord Lindsay, peu disposé à attendre et oubliant les égards dus à la royale prisonnière, força l'entrée de son appartement. Marie , qui avait tout entendu et qui , jugeant du message par la courtoisie du mcs-

116 MAF.1K STLAKT.

sager, ne voulait pas paraître instruite de ce nouvel outrage , sortit de sa chambre et s'avança vers les étrangers, qui occupaient le salon. Elle les reçut avec autant de grâce majestueuse et de dignité sereine que si elle eût encore été dans son palais et qu'ils y fussent venus lui présenter hjurs hommages, et elle les pria , d'un ton calme et doux , de lui taire connaître le motif de leur visite.

Ruthwen prit alors la parole , pria la reine de jeter les yeux sur un rouleau de parchemin qu'il lui présenta, et lui dit que les lords chargés, en son absence, des pouvoirs de l'état, comptaient assez sur l'affection qu'elle portait à ses peuples pour espérer qu'eue signerait cet acte, dont les dispositions étaient regardées par eux comme le seul moyen de rendre la paix à l'Ecosse. La reine l'invita à lui en donner lecture.

Cet acte , rédigé par les principaux seigneurs, sous l'inspiration de Murray, était une abdication en faveur du jeune fils de Marie Stuart, un abandon solennel de tous les droits de la reine , abdication et abandon

MARIE 8TUART, li'l

motivés par le peu de liberté d'esprit qu'avaient laissée à Marie Stuartles fatigues et les peines qu'elle avait éprouvés depuis son retour en Ecosse.

La reine en écouta la lecture sans que rien trahît l'indignation qui bouillonnait en elle et pria lord Ruthwen de lui donner également connaissance des autres papiers qu'il avait en main. Ruthwen reprit sa lecture.

Le second acte contenait la nomination de Murray à la régence du royaume, le petit prince qui allait régner, sous le nom de Jacques VI , n'ayant encore qu'un an.

En entendant le nom de son frère , Marie, qui ne l'avait pas soupçonné d'avoir trempé dans le complot dont elle était la victime , ne put retenir une exclamation de douloureuse surprise.

* Lui aussi, dit-elle, il m'abandonne....

Mon frère , que j'ai comblé de biens et d'honneurs ; mon frère que je chérissais et que je regardais comme mon meilleur ami ! Mais vous me trompez, milords ; il est impossible que Murray m'ait trahie. »

Melvil , interrogé alors par la reine , confirma ce qu'avait dit lord Ruthwen et dit à la reine que Murray lui-même l'avait adjoint aux deux députés du conseil.

Des larmes montèrent aux yeux de la reine , véritables larmes de douleur ; car elle avait plus facilement souffert l'abandon de toute la noblesse que la trahison de son frère ; mais elle eut honte de sa faiblesse ; par un puissant effort de volonté , elle dissimula son émotion et, voyant que les envoyés attendaient sa réponse , elle se leva, noble et résolue.

o Plutôt mourir, s'écria-t-elle , que de laisser volontairement tomber de mes mains le sceptre que je tiens de mes ancêtres! II ne me quittera qu'avec la vie , et mes dernières paroles seront celles d'une reine d'Écosse. *

Les lords comprirent qu'ils tenteraient en vain d'ébranler la résolution de la reine et annoncèrent qu'ils allaient rendre compte au conseil du mauvais succès de leur message.

MARIE STL'AHT. H9

Alors /Melvil , qui , comme nous l'avons déjà dit, était un des seigneurs restés fidèles à Marie , demanda à ses deux collègues la permission d'entretenir un instant la reine , qu'il désirait ardemment ramener à une décision plus modérée.

Ruthwen et Lindsay se retirèrent. Melvil fit comprendre à Marie quel danger elle courrait si elle s'obstinait à lutter ouvertement contre la noblesse révoltée, et la supplia de signer, en lui disant que la fidélité de sa maison à la cause royale devait lui faire regarder cet avis comme dicté par l'affection la plus dévouée.

« Quiconque ose me conseiller une lâcheté ne saurait être mon ami, dit Marié. Je suis prisonnière, il est vrai; mes ennemis peuvent me tuer, je le sais ; mais je mourrai reine d'Écosse; car, s'ils ont quelque pouvoir sur mon corps , ils n'en ont aucun sur mon âme. «

Melvil , après s'être assuré que, toutes les issues étant bien fermées, ce qu'il allait dire ne serait recueilli par aucune oreille indis-

120 MAKIE SWàMX.

crête, vint s'agenouiller aux pieds de la reine. € Madame, lui dît-il, vos ennemis sont nombreux , ils sont puissants , et vous avez tout à craindre d'eux. Voudriez-vous mourir, tandis que ceux qui vous ont voue leurs bras et sont prêts à verser pour vous la dernière goutte de leur sang se réunissent et se disposent à briser les portes de cette prison ? Dans quelques mois , plus tôt peut-être , nous serons assez forts pour rendre à notre reine le trône dont on l'a précipitée; ne voudra-t-elle donc pas nous y aider?

— Et que faudrait-il faire pour cela ?

— Signer, madame. Redevenue libre, il vous sera facile de prouver, et moi-même je l'attesterai , que vous n'avez cédé qu'à la violence, et votre abdication sera déclarée nulle. D'ici-là , les rebelles croyant n'avoir plus rien à craindre , leur sécurité nous permettra de hâter les préparatifs de votre délivrance.

— Je vous crois , Melvil ; j'ai besoin de vous croire quand vous m'assurez qu'il me

HABtfi KIT ART. 1 '2 I

reste des amis; mais signer cet acte, ah! je ne le puis. »

En ce moment , les deux seigneurs , impatients' de savoir quelle influence avait eue sur les résolutions de la reine l'éloquence de Melvil , rentrèrent et lui demandèrent ce qu'elle avait décidé.

* Je cède à la force , dit Marie Stuart ; donnez ces actes, milords.»

Ce n'était pas ce que voulaient Ruthwen et Lindsay ; ils exigèrent que la reine déclarât qu'elle renonçait librement et volontairement à cette couronne dont elle se reconnaissait incapable de soutenir le poids , et Marie , cédant enfin à son indignation , rejeta loin d'elle les papiers et s'écria qu'elle ne signerait point.

« Vous signerez, s'écrièrent les lords, en la forçant à se rasseoir et en lui saisissant la main , vous signerez ! car il le faut

— J'ohéis, dit Marie Stuart, en apposant vivement son nom au bas de divers parchemins ; mais'je vous demanderai compte un

i-2Û M.VRIE STCART.

jour, messeigneurs , de la violence dont vous venez d'user envers moi.»

Lindsay et Ruthwen comprirent qu'ils avaient eu tort. Melvil remercia d'un regard la reine, qui avait si bien interprété sa pensée, et Marie Seyton, présente à cette scène, s'empara de la main de sa maltresse et posa respectueusement ses lèvres sur le cercle rougeâtre dont le gantelet de fer de lord Lindsay avait entouré cette royale main.

Lindsay et Ruthwen, confus, s'inclinèrent sans rien dire devant la reine et regagnèrent lentement la porte. Arrivé sur le seuil , Melvil , qui les suivait, se retourna pour saluer encore une fois Marie, et dans ce salut étaient renfermées les plus encourageantes promesses.

Il ne fallait rien moins que la joie et l'espoir empreints sur les traits de ce brave serviteur pour rassurer Marie sur ce qu'elle venait de faire ; car à peine se vit-elle de nouveau seule avec sa compagne qu'elle se demanda si elle ne venait pas de renoncer pour toujours à cette couronne que ses

MARIE STl'ARÏ'. 123

aïeux avaient portée pendant trois cents ans, et se repentit de n'avoir pas affronté la mort plutôt que de subir, dansl'attente d'une réhabilitation peut-être imaginaire , l'humiliation de descendre du trône comme incapable de l'occuper.

vu.

Melvil tînt parole à la reine : les lords restes fidèles à sa cause s'unirent et préparèrent en silence les moyens de lui rendre la liberté et le trône ; mais Marie, qui l'ignorait, supportait plus difficilement la captivité depuis la visite des envoyés du conseil secret. Les jours , les semaines s'écoulaient sans amener aucun changement dans sa position et, malgré tous les efforts de sa compagne , des doutes cruels lui tourmentaient le cœur, lorsqu'un soir, à l'heure du repas , elle vit • « ,

MARIÉ STUARÏ. 125

paraître, à la place de Williams Douglas , le jeune Georges, son frère. Il venait, suivi des domestiques porteurs du repas de la reine , faire l'essai des mets et du breuvage qui lui étaient offerts. Il s'acquitta de sa tâche avec la plus grande impassibilité , et ne leva pas même les yeux vers la reine.

Mais, lorsque les serviteurs se furent retirés, il s'approcha d'elle et lui remit un papier.

Marie le déplia avec hésitation ; mais elle ne put retenir un cri de joie en y jetant les yeux. C'était l'acte d'association portant la signature des seigneurs décidés à faire triompher, au prix de leur sang, l'innocence de la reine. Ces seigneurs avaient trouvé dans Georges Douglas , le fils de l'ennemie personnelle de Marie, un cœur dévoué dont l'assistance leur devenait précieuse, lui seul pouvant servir d'intermédiaire entre la reine et ses défenseurs et favoriser, en entretenant des intelligences au sein de la forteresse.l'évasionde l'auguste prisonnière. L'infortune de cette princesse avait attendri

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126 Marie stlaht.

l'âme généreuse du jeune homme et, peu soucieux des ambitieuses espérances de sa famille , il avait juré de sauver Marie Stuart ou de périr.

Après avoir reçu les remerciments de la reine, il convint avec elle d'un mystérieux moyen de correspondance : les mouvements imprimés à une lumière placée dans une chaumière que Marie apercevait de ses fenêtres devaient l'avertir du moment où tout serait prêt pour sa fuite , et ses braves serviteurs ne lui demandaient plus qu'un peu de patience. Elle promit d'attendre courageusement l'instant de sa délivrance et de ne la compromettre par aucune démarche imprudente.

Rentrée dans sa chambre , la reine se jeta à genoux pour rendre grâces à Dieu du secours inespéré qu'il lui envoyait. Marie Seyton l'imita en pleurant de joie, et toutes deux s'entretinrent pendant toute la nuit de ce beau rêve des prisonniers, la liberté. Dès que le jour par-ut , elles coururent à la fenêtre, et examinèrent la chaumière où de-

MARIE STLART. 127

rail briller p&av elles le phare du salut. La reine eût déjà voulu être au soir pour l'interroger ; aussi , dès que la petite lumière parut, elle fit le signal convenu et elle apprit que rien n'était changé depuis la veille, que ses amis veillaient et attendaient le moment d'agir.

II en fut de même les jours suivants el pendant plus d'un mois. Enfin , la reine apprit, par un billet lancé dans son appartement à l'aide d'une pierre , qu'une échelle de corde et une petite lime , facile à manier par de délicates mains de femme , étaient cachées au jardin , dans le tronc d'un vieil arbre. Marie Seyton , dont les mouvements étaient moins surveillés que ceux de sa maltresse, y descendit et trouva en effet les nbjets désignés. La nuit venue, elle commença à limer les barreaux de la fenêtre ; la reine voulut aussi mettre la main à l'œuvre et chaque fois que la fatigue se faisait sentir à l'une des prisonnières, l'autre reprenait aussitôt le travail interrompu.

Quand les barreaux ne tinrent plus qu'à un

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fil , la reine aUetid.it le signal ; mais elle s'était trop hâtée ; plusieurs jours encore s écoulèrent avant que la lumière annonçât l'heure de la liberté. Pour calmer ses craintes et sa fébrile impatience , Marie priait ; car elle savait bien qu'au-dessus du faible pouvoir des hommes il y a la toutepuissance de Dieu. Fortifiée parcet abandon à la volonté suprême , elle put apprendre , sans succomber à son émotion, que tout était prêt enfin, et que l'instant d'agir était arrivé. Les barreaux furent enlevés, l'échelle de corde fixée pendant une nuit obscure , et Georges Douglas, s'y hasardant le premier, vint chercher la reine.

Elle allait mettre le pied sur l'échelle flottante quand, aux cris des sentinelles , la forteresse s'éveilla. L'n coup de feu retentit, mie balle pénétra dans la chambre de Marie, qui s'ouvrit presque aussitôt à Williams Douglas et à sa mère. La présence de Georges fit aussitôt comprendre à lady Douglas que son jeune fils avait embrassé la cause de la reine ; elle lui adressa les plus

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amers reproches , et donna l'ordre à ses domestiques de s'emparer de sa personne et de le conduire dans un des cachots de la toùr.

Mais Georges , l'œil fier, la parole courroucée, défendit aux serviteurs de l'approcher et , l'épée à la main , s'ouvrit un passage nu milieu d'eux, avant qu'ils fussent revenus deleur stupéfaction. La colère de lady Douglas retomba sur la reine, qu'elle accabla d'injures; mais Marie dédaigna d'y répondre et gardant, au milieu de son infortune, toute la dignité de son rang, elle congédia d'un geste superbe les geôliers entre les mains desquels elle venait de retomber et s'enfer ma chez elle pour pleurer sans Contrainte sur ses beaux rêves évanouis.

Cette tentative d'évasion redoubla, comme elle s'y attendait, les rigueurs de sa captivité. Sans cesse surveillée, elle ne vit plus hriller que dans un lointain avenir l'espoir de la délivrance , et elle dut ce faible espoir à la réapparition de la lumière , qui lui annonçait que Georges était sauvé. L'année s'acheva et le printemps ranima la nature

sans que rien vînt consoler la reine. Le jeune Douglas ne pouvant reparaître au château, elle ne savait plus rien de ce qui se passait dans ses états, et il lui était permis de craindre que ses amis, découragés parce premier essai, n'eussent renoncé à lui rendre un jour sa couronne. La seule distraction de la triste Marie était de suivre, comme aux premiers jours de sa captivité , les jeux du pauvre orphelin, qui, en perdant Georges , avait , ainsi qu'elle-même , perdu son protecteur. L'enfant ne paraissait pas s'apercevoir de l'intérêt qu'il inspirait à la reine : jamais il ne levait les yeux vers la partie- de la tour qu'elle habitait , jamais, lorsque, cédant au prestige d'un beau soleil de printemps , elle descendait au jardin, il ne se dirigeait du côté on elle portait ses pas ; jamais il n'interrompait, pour la suivre du regard, ni sa lecture ni ses récréations, l'n jour, cependant, il vint jouer au pied de la tour, juste au-dessous des fenêtres de la reine: elle en fut étonnée et joyeuse : toute distraction est bien accueillie par qui lan-

.*■* XAME 8TEÀKT. 131

guit dans la solitude. Au bout d'un instant , elle crut remarquer que l'enfant traçait sur le sable des lettres qu'il effaçait aussitôt. Elle examina plus attentivement et, rassemblant les caractères qui , l'un après l'autre, paraissaient sous la baguette du jeune garçon, elle parvint à comprendre qu'on lui donnait l'avis de descendre à minuit une corde par sa fenêtre.

Quelques paroles de Georges ayant fait croire à la reine que cet enfant possédait une raison au-dessus de son âge, et avait gagné sa confiance, elle n'hésita pas à croire que cet avis lui fût adressé. Elle confia ses pensées à Marie Seyton, et toutes deux veillèrent en silence et dans l'obscurité jusqu'à l'heure fixée. Des rubans , noués bout à bout, formèrent une corde assez longue pour toucher la terre , et à minuit elles la passèrent, en tremblant, à travers les barreaux. Un paquet y fut aussitôt attaché , et les deux prisonnières l'attirèrent promptement à elles. Il renfermait deux costumes complets de piqueur, à la livrée des Dou-

L32 MARIE STBAfiT.

glas. Un billet joint à cet envoi priait la reine et Marie Seyton de revêtir chaque soir ce costume, afin detre prêtes à fuir dès que l'occasion s'en présenterait,

Elles obéirent exactement ; mais plus d'u n mois se passa sans qu'elles reçussent d'indications plus précises. Le 2 mai , un mouvement inaccoutumé eut lieu dans le château , et Marie apprit qu'il était causé par le retour du chef de la maison de Douglas, absent depuis près d'un an. Ce retour fut célébré par un grand festin; aussi les rires bruyants des convives pénétraient jusqu'à l'appartement de la reine et redoublaient sa tristesse. Tout-à-coup, une voix enfantine se fit entendre , et demanda si la reine était prête. Marie Seyton ouvrit la porte , et le petit Douglas parut.

« Voici l'heure , madame, diUl à la reine.

Votre Majesté veut-elle me suivre?

— Où? demanda Marie. :

— Hors de ce château , où Geoi-ges l'attend. »

Le nom de Georges rassura Marie; eHe

MARIE STXAHT. 133

fit un signe à sa compagne, et toutes deux , vêtues, comme chaque soir, de leur déguisement, descendirent l'escalier à la suite de l'enfant.

Lé bruit redoublait. On entendait distinctement les paroles des convives ; la lumière de la salle où ils étaient rassemblés frappait ie visage de la reine ; quoiqu'elle fût courageuse , elle tremblait si fort, que, ne pouvant plus se soutenir, elle s'appuya, pâle eomrfte une morte, contre la muraille.

« Courage, madame, dit l'enfant. Que Votre Majesté se rappelle que , portent la livrée des Douglas , elle ne court le risque d'être reconnue que si elle se trahit ellemême; mais si elle veut traverser hardiment cette salle, elle est sauvée. »

Traverser la salle du festin, c'était hardi ; mais, ranimée par l'assurance du petit garçon, Marie, chargée de provisions, comme les nombreux serviteurs qui allaient et venaient autour de la table , passa derrière les maîtres du château , sans être remarquée de qui que ce fut. Sa compagne en fil autant , • ' 0

Digilized by

134 MARIE 8TUABT.

et deux minutes plus tard , le petit Douglas, sorti avec elles de.la forteresse, en fermait la porte et en jetait les clefs dans le lac.

Georges , dévoré d'impatience, attendait, blotti contre la muraille , le résultat du plan dont il était l'auteur. Dès qu'il aperçut la reine, il jeta un petit cri, et une barque s'avança vers le bord. Les fugitives s'y placèrent, ainsi que leurs libérateurs; on fil force de rames; mais le bruit des avirons attira l'attention de la sentinelle qui se.promenait sur la plate-forme de la forteresse.

Elle héla la barque, qui ne répondit qu'en . s'éloignant plus vite encore , et l'alarme fut donnée; mais, grâce à la précaution que l'orphelin avait prise d'enlever les clefs , l'esquif eut le temps de gagner la rive opposée, où un groupe de cavaliers attendait la reine.

Marie se jeta à genoux, eu remerciant Dieu de sa délivrance ; puis, ce pieux devoir accompli, elle s'élança sur un cheval qu'on lui présenta, et, entourée de ceux qu'elle était si heureuse de revoir, elle courut s'en-

3U*IE «DUT. i8&

fermer dans un château appartenant à lord .

Seyton. Sans être aussi sûr que celui do Lochlewen, ce château, cependant, était assez fort pour résister à une attaque , jusqu'à ce qu'il lui arrivât des secours , et la reine consentit à y prendre quelque repos, en attendant l'arrivée des confédérés.

Neuf comtes, huit lords, neuf évèques et une foule de seigneurs connus par leur bravoure vinrent successivement se mettre, eux et leurs vassaux, au service de Marie.

Elle accepta leurs offres avec reconnaissance, et se montra, comme toujours, si gracieuse et si bonne, que tous, jusqu'au dernier soldat, jurèrent de mourir plutôt que d'abandonner sa cause.

Le lendemain , la reine se remit en marche. Arrivée à Hamilton, elle publia une proclamation par laquelle elle déclarait que l'acte d'abdication signé par elle à Lochlewen lui avait été arraché par la menace et la violence. Les lords jugèrent cette abdication nulle, et Marie fut saluée reine d'Écosse, aux acclamations de toute l'armée.

136 MARIE Sn«T.

Le régent Murray, qui tenait alors une cour de justice à Glascow, ville distante d'Hamilton de huit milles seulement, n'eut l>as ]>lus tôt appris l'évasion de Marie , qu'il rassembla à la hâte une armée. La reine députa en même temps vers Élisabeth sir James Beaton, pour lui annoncer qu'elle avait recouvré sa liberté et lui demander des secours. Élisabeth accueillit avec de fausses démonstrations de joie l'ambassadeur de sa bonne cousine, et promit de la soutenir c intre ses ennemis. Un autre envoyé passa en France et réclama l'aide de Charles IX.

En attendant des renforts , Marie , entourée de six mille hommes, se dirigea vers Dumbarton, place assez forte pour soutenir un siège de plusieurs mois.

Mais, avant d'y arriver, la reine rencontra Murray, à la tête de quatre mille soldats , près du village de Langside. Le régent avait rangé sa petite armée sur une hauteur, au pied de laquelle devaient passer les troupes royales. La reine , avertie de ce qui se passait , par les cavaliers envoyés en éclaireurs.

MARIE STCAflT. iâT

convoqua aussitôt son conseil.Les seigneurs furent unanimement d'avis de combattre.

En vain Georges Douglas, interrogé par Marie, qui n'oubliait pas ce qu'elle devait à son dévouement, conseilla-t-il d'éviter le combat et de prendre un autre chemin pour conduire la reine à Dombarton; on se rit de tant de prudence , et il fut décidé qu'on forcerait à tout prix le passage.

Lord Murray, outre l'avantage de la position, avait celui de commander seul à son armée, tandis que les lords, n'ayant pas , en se dévouant à la reine , renoncé à leurs petites jalousies personnelles , voulaient diriger, chacun suivant son bon plaisir, les mouvements des troupes royales. II résulta de cette rivalité en présence de l'ennemi , que, tous voulant l'attaquera la fois , la prudence futouhliée. Murray profita habilement des fautes de ses adversaires; il les laissa s'engager dans les ravins et les défilés étroite qui serpentaient entre les hàutetirS dont il était le maître , et , fondant sur eux , les mit en pièces et s'élança à la poursuite

de la reine. Georges Douglas se fit tuer en protégeant sa fuite; son jeune parent, non moins brave que lui, eut le même sort, et Marie Stuart, l'âme brisée de douleur à la vue du désastre de ses braves serviteurs , courut, sans s'arrêter, l'espace de soixante milles , et arriva à l'abbaye de Dundrenan , près de Kirkudbrigt, dans le Galloway.

Le prieur, averti de l'arrivée de la reine , vint la recevoir à l'entrée du monastère.

t Je vous amène le malheur, mon père, lui dit Marie.

— Qu'il soit le bienvenu , ma fille , répondit le prieur, puisqu'il se présente accompagné du devoir. »

Lord Herris , qui avait rejoint la reine , l'aida à descendre de cheval et la soutint jusqu'à sa chambre, où elle s'évanouit de fatigue et de douleur.

Marie Seyton , qui ne l'avait pas quittée d'un instant, lui prodigua les plus tendres soins et les plus douces consolations ; mais le malheur qui frappait la reine était trop cruel pour que ces dernières pussent être

■ t MARIE STUART. \3&

efficaces. La nuit s'écoula sans donner à Marie Stuart un instant de repos. Elle repassa dans son esprit toutes les infortunes qui l'avaient assaillie depuis la perte de son père adoptif, Henri II, perte qui avait été son premier chagrin jusqu'à ce jour où elle venait de voir périr ses derniers défenseurs.

Il ne lui restait plus sur la terre d'Ecosse un asile sûr où elle pût attendre des jours meilleurs ; un instant elle songea à se réfugier en France ; mais Catherine de Médicis y régnait encore sous le nom de son fils , et Marie se rappelait ce qu'elle avait eu à souffrir de la jalousie de cette ambitieuse princesse. D'ailleurs, elle tenait à ne pas trop s'éloigner de l'Ecosse, dont elle espérait encore ressaisir la couronne , et, lord Herris lui ayant conseillé de chercher secours et protection auprès de la reine d'Angleterre , Marie Stuart, pour son malheur, s'arrêta à <;e parti.

La rôtie s'embarqua avec lord Herris, Marie Seyton et quatorze autres personnes, gentilshommes ou serviteurs , qui , apprenant qu'elle s'était retirée à l'abbaye de Dundrenan , s'étaient hâtés de venir l'y joindre. Marie Seyton essaya de la détourner du projet de passer en Angleterre"; le bon prieur joignit ses instances à celles de cette fidèle compagne; ce fut en vain. Marie, douée d'un caractère franc et ouvert,

MARIE S1UAKT. 141

auquel la moindre dissimulation eût paru odieuse, croyait aux protestations d'amitié d'Élisabeth , et lui savait gré des promesses qu'elle avait faites de lui rendre la liberté , tandis qu'elle était captive à Lochlewen , promesses qui, toutefois, n'avaient été Suivies d'aucun effet.

Marie Stuart , arrivée à Wirkîngton , dans le Cumberland, écrivit à la reine d'Angleterre, pour lui demander un asile.

Voici cette lettre, que l'histoire a conservée :

i Madame et chère sœur , « Je vous ai souvent priée de recevoir mon navire agité en votre i>ort durant la tourmente. Si vous lui promettez qu'il y trouvera son salut, j'y jetterai mes ancres pour jamais. Autrement , la barque est à la garde de Dieu ; elle est prête et calfatée pour se défendre en course contre toutes les tourmentes. Ne prenez pas à mauvaise part si je vous écris ainsi avant d'agir selon mon cœur ; ce n'est point défiance de

iM MARIE STUAKT.

votre amitié ; car je me repose sur elle de tout ce qui m'adviendra.

•.■■;.« Voire affoctionnw weur, « Marie,

Au reçu de cette lettre, Elisabeth envoya vers Marie Stuart lord Scrope et François Knolles, chargés de la consoler, de lui dire combien la reine d'Angleterre avait été touchée de sa confiance, et de lui promettre des secours pour remonter sur le trône d'Êcosse. Ce n'étaient pas de tels engagements que demandait Marie; ce qu'elle souhaitait avant tout , c'était de voir Elisabeth , de lui conter à elle-même tous ses malheurs , et de s'entendre avec elle comme avec une sœur et une amie. Elle insista pour que cette entrevue lui fût accordée ; mais les seigneurs anglais lui dirent que leur maltresse ne pouvait , quelque affection qu'elle lui portât , se rendre encore à ses vœux , et ils lui firent comprendre que la cause de ce refus était l'accusation capitale qui pesait sur elle, reine d'Ecosse,

MARIE STIUHT. 143

regardée comme coupable du meurtre de son mari.

De quelques ménagements que les députés d'Élisabeth eussent enveloppé cette dure vérité, le coup dont elle frappa Marie fut terrible, et elle commença à regretter de n'avoir pas suivi les conseils de l'abbé de Dundrenan, qui la suppliait de ne pas se livrer à sa mortelle ennemie. Cependant elle se contint, et répondit aux ambassadeurs qu'elle était prête à donner à la reine toutes les preuves de son innocence , et qu'elle défiait ses ennemis de soutenir devant elle leurs atroces calomnies. Alors , François Knolles et lord Scrope lui dirent que cette éclatante justification était le vœu le plus ardent d'Élisabeth, et que le jour où elle pourrait témoigner à sa bonne sœur toute son estime et sa tendresse serait le plus beau de sa vie. Et, comme Marie insistait pour que la possibilité de cette justification lui fut promptement accordée par la reine, elle comprit, à l'embarras de Knolles et de son collègue, qu'il s'agissait

144 XAH1K STtAHf.

non de l'intervention amicale de la reine d'Angleterre entre elle et ses sujets révoltés, mais bien d'un jugement qu'avant tout on voulait lui faire subir. Retrouvant toute sa fierté , Marie déclara aux envoyés d'ÉIisabetb qu'elle ne se soumettrait jamais à une pareille humiliation', qu'elle avait pu consentir à s'en rapporter à la décision de sa bonne sœur, mais qu'elle n'acceptait qui que ce fût pour juge de son innocence. Les députés, n'ayant pas l'ordre de pousser plus loin , invitèrent seulement la reine d'Écosse à les suivre jusqu'au château qu'Elisabeth lui offrait pour résidence , et Marie Stuart, se réservant de protester contre l'injure qui lui avait été faite, se laissa conduire par eux à Cofeermouth , et de là à la forteresse de Carlisle.

Marie manda un gentilhomme nommé Lowther, qui en était gouverneur, et le pria de faire connaître à la reine le désir qu'elle éprouvait de la voir; Lowther se chargea de cette mission , et rapporta la même réponse que les deux premiers en-

voyés. Alors , la reine d'Ecosse fut obligée de s'avouer qu'au lieu de la royale et fraternelle hospitalité qu'elle avait cru trouver en Angleterre , elle n'y avait rencontré qu'une prison. Elle écrivit de nouveau à Elisabeth , pour solliciter la faveur d'être admise à répondre, en sa présence, aux crimes qui lui étaient imputés. Elle lui disait que la justice et la raison exigeaient qu'une princesse qui lui appartenait de si près fût entendue dans ses réponses, et obtînt du secours dans ses malheurs. Elle demandait que , si Élisabeth ne pouvait ou ne voulait faire droit à ses réclamations , elle la laissât libre du moins de s'adresser à quelque autre puissance. Elle déclarait, enfin, qu'elle regardait comme souverainement injuste gu'on se permît de la retenir prisonnière, elle qui s'était rendue librement en Angleterre , sur la foi que lui inspirait l'amitié dont les lettres et les messages de sa cousine lui avaient toujours paru remplis.

Lord Herris remit lui-même cette missive à Élisabeth. La reine d'Angleterre en fut

lié MARIE STl'ART. -

fort troublée; car ce n'avait pas été pour elle un médiocre embarras que d'apprendre la résolution formée par Marie Stuart de chercher un refuge dans son royaume.

Rien ne pouvait, sans doute, être plus agréable à cette artificieuse princesse que de tenir en sa puissance une rivale détestée ; mais ii fallait garder aux yeux de l'Europe les apparences de la justice et de la générosité. La joie l'avait d'abord emporté dans l'âme d'Elisabeth sur tout autre sentiment , et , en apprenant que Marie avait mis le pied sur les terres anglaises, elle s'était écriée: «Voilà le premier sujet que j'aie de me réjouir depuis que je suis reine! » Mais elle avait pensé ensuite aux difficultés de la situation , et avait aussitôt convoqué son conseil privé, pour aviser au parti qu'elle devait prendre. Les lords qui le composaient avaient émis des opinions différentes. Les uns voulaient qu'on renvoyât Marie en France , les autres qu'on la gardât prisonnière en Angleterre ; et enfin , une voix s'était élevée pour demander qu'en la

rétablissant sur le trône d'Écosse , on apprit aux peuples que les rois font cause commune, et que toutes leurs inimitiés sont oubliées lorsqu'il s'agit de faire rentrer les rebelles dans le devoir.

A ces divers avis Elisabeth opposa ses raisons. Elle craignait que, si l'on permettait à Marie de rentrer en France, les Guises n'obtinssent de Charles IX des secours pour la rétablir sur le trône d'Ecosse , et que cette contrée, une fois pacifiée, ne s'alliât de nouveau à la France, et ne fît revivre les prétentions de Marie à la couronne d'Angleterre. Elle se sentait assez forte pour l'emporter sur sa rivale ; mais elle ne doutait pas que l'ancienne haine des Écossais contre l'Angleterre, venant à se réveiller, n'anéantît tout-à-fait le parti qu'elle entretenait en Écosse.

D'un autre côté , aider Marie à soumettre ses sujets , c'était lui rendre un pouvoir dont elle userait peut-être un jour contre ceux qui le lui auraient remis en main. Le plus grand désir d'Elisabeth était de garder

148 M A RI F, STIART.

sa bonne sœur en prison ; mais ce projet avait bien aussi ses inconvénients. D'abord , l'Europe crierait à la trahison ; car on savait avec quelle confiance Marie s'était réfugiée auprès de la reine d'Angleterre; puis les catholiques , qui formaient encore au sein du royaume un parti puissant, se constitueraient les défenseurs de cette reine emprisonnée contre le droit des gens, et rappelleraient qne Marie Stuart avait à la couronne autant de droits qu'Élisabeth.

Enfin , si l'on gardait Marie en Angleterre sans lui ravir la liberté , le danger devenait plus grand encore , la reine d'Ecosse possédant au plus haut degré l'art de se concilier les cœurs. Puis cette belle et gracieuse princesse , la merveille de son temps , éclipserait, dans les fêtes de la cour, l'esprit et la beauté de sa cousine , et, comme il ne faut pas oublier qu'avant d'être reine , Elisabeth étaitfemme, cette dernière objection, qu'elle n'avouait pas, était peut-être celle dont elle subissait le plus l'influence.

Il n'y avait qu'un moyeu de tout conci-

Marie sïUWT. U9 lier : la haine et la jalousie d'Elisabeth contre sa rivale, les prétendus intérêts de ia justice et les bienveillantes dispositions de l'Europe en faveur de Marie Stuart , et ce moyen , le voici : il fallait que , profitant des accusations qui pesaient sur la reine d'Écosse, Elisabeth se fît choisir pour arbitre par cette princesse entre elle et ses -sujets; alors, la reine d'Angleterre , pour se montrer impartiale, déférerait le jugement de sa cousine à un tribunal qui aurait soin de traîner la procédure en longueur.

Tout cela était bien peu loyal ; mais Elisabeth ne s'en souciait nullement ; aussi s'arrèta-t-elle irrévocablement à ce dernier parti , et , sans répondre aux protestations de Marie autrement que par de perfides assurances d'intérêt et d'amitié , elle manda la comtesse de Lennox , mère deDamley, qui , renfermée à la tour de Londres lors du mariage de son fils avec Marie Stuart , avait recouvré sa liberté à la mort de ce prince , et l'engagea à présenter à la reine d'Angleterre une pétition pour la supplier de l'au-

HA 11 IF. STUAHT.

torîser à poursuivre Mario , comme eoupable du meurtre de son mari, tady Lennox dépendant absolument d'Élisabeth , cette demande équivalait à un ordre auquel il fallait obéir; ce qu'elle fit avec d'autant moins de répugnance qu'on lui représenta la culpabilité de la reine comme incontestable.

La reine, au reçu de cette pétition, nomma des juges chargés d'instruire l'affaire, et envoya sommer le comte deMurray , régent d'Écosse , de comparaître en Angleterre , soit en personne , soit par procureur, pour rendre compte des cruels traitements qu'il avait fait endurer à Marie Stuart, sa légitime souveraine, ou à prouver la vérité de l'accusation dont il s'était autorisé pour la détrôner. Murray , qui connaissait les véritables sentiments d'Élisabeth, fit expédier, sous le grand sceau d'Ecosse , une commission qui donnait pouvoir à lui comte de Murray , au comte de Norton, à l'évéque des Orcades, à lord Lindsay et à l'abbé de Dumferling, de se rendre devant les juges nommés par la reine d'An-

M\ftlE 8TIAB1. 151

glelerre. Georges Buchanan, calviniste célèbre par son éloquence autant que par sa haine contre Marie Stuart , fut adjoint à ces seigneurs.

11 est à remarquer que parmi les accusateurs de la reine d'Écosse se trouvaient Morton et Lindsay , complices de Bothwel dans l'assassinat de Damley , et Murray, qui , absent d'Édimbourg au moment du crime, avait dit à l'un de ses amis : « Cette nuit , lord Darnley périra. » Le duc de Norfolk , le comte de Sussex et sir Ralph Sadlers furent nommés par Elisabeth pour entendre les dépositions des parties, et la reine d'Écosse, ayant été invitée à envoyer quelques-uns de ses amis pour travailler, sous la médiation d'Élisabeth, à un accommodement avec Murray, choisit, pour la représenter, l'évéque de Ross, les lords Herris, Fleming , Uvingston , Melvil et quelques autres.

Quand ces seigneurs apprirent que l'intention de la reine d'Angleterre était de sou mettre à un tribunal la cause de leur maltresse , ils protestèrent de toutes leurs forces

■ : li"i'- f -û l-v

iôï MA H 11* KTl'ART.

contt* cette atteinte à l'indépendance de ta couronne écossaise ; les commissaires anglais en firent autant pour soutenir la suprématie de l'Angleterre sur l'Écosse , et Marie s'adressa de nouveau à Elisabeth , en ces termes :

t Madame et chère sœur ,

■ Dans la position où je me trouve, je ne puis , ne veux ni ne dois répondre aux accusations de mes sujets contre moi. Je vous ai offert de vous soumettre ma justification et de vous faire juge de ma conduite , afin de lever vos scrupules , et je suis encore prête à le faire, tant sont grandes mon amitié et ma confiance en vous. Parmi les Écosaaia, même ceux de ma famille, nul n'est mon égal ; je ne veux donc eu reconnaître aucun comme tel, en soutenant avec eua un si étrange procès. Je me suis jetée entre vos bras comme entre ceux de ma plus proche parente ; j'ai espéré de vous une franche et 1 jyale amitié. J'ai cru vous faire honneur en vous donnant, à vous, madame, la prétë-

MUt» STUAKT.

pence sur tout autre prince pour venger l'insulte faite à une reine. Consultez l'histoire , que vous savez si bien , et dans laquelle vous êtes appelée à remplir une si haute place, et dites-moi si vous y avez jamais vu un prince blâmé pour avoir écouté les plaintes de ceux qui , faussement accusés, en appelaient de la calomnie à sa justice. Vous admettez mon frère en votre présence, un bâtard, un rebelle, un traître! et vous me refusez cet honneur, à moi , qui n'ai rien fait pour démériter! A Dieu ne plaise que je vous demande jamais rien qui puisse nuire à votre renommée , puisque , bien au contraire, je voulais vous procurer une occasion d'en relever l'éclat par la manière royale dont j'espérais que vous vous conduiriez à mon égard. Souffrez donc , puisqu'il en est ainsi, que je réclame l'appui d'autres princes, moins délicats que vous sur le point d'honneur et plus compatissants pour mes infortunes ; ou bien , il en est temps encore , accordez-moi tous les secours et toute la considération que j'ai le droit d'attendre de

154 MARIK SITAHT.

vous , et donnez-moi cette occasion que j'ai cherchée avec tant de confiance, et que je saisirai avec tant de bonheur, de [n'attacher à vous par les liens d'une reconnaissance éternelle. »

Sans tenir compte de cette lettre , Elisabeth ordonna qu'on instruisît le procès de la reine d'Écosse, et Murray comparut en personne devant la commission. Les débats duraient depuis quelques semaines, quand la reine d'Angleterre, espérant que le désir de recouvrer la liberté conseillerait une lâcheté à Marie Stuart , lui fit offrir d'étouffer àjamais l'accusation portée "contre elle, si elle consentait à renoncer à tous ses droits en faveur de .Jacques VI-, et à laisser à Murray la régence dont il s'était emparé.

Mais Marie rejeta fièrement ces propositions.

€ Non , milords , dit-elle aux envoyés d'Élisabeth, je ne signerai point ma déchéance ; c'est de Dieu seul que je tiens ma couronne , Dieu seul a le droit de me la reprendre. »

Le duc de Nui-folk , brave , loyal et généreux , Uiuehé des malheurs de la reine d'Éeosae , qu'il avait autrefois entrepris de placer sur le trône d'Angleterre , voulut tenter de mettre fin à une procédure qui menaçait de durer longtemps. Il fit quelques avances au régent , et, quand il crut avoir gagné sa confiance, il lui représenta les chagrins et les désavantages qui résulteraient pour l'Écosse et pour le jeune prince dont il avait accepte la tutelle , de l'accusation portée contre Marie Stuart. Il lui fit en-

150 MARIE BT4JABT.

tendre qu'Élisabeth , fidèle à sa politique, ne se déclarerait ni pour ni contre la reine ; qu'elle laisserait le jugement aux commissaires qu'elle avait nommés , et lui conseilla de demander, lors de la prochaine séance , si ces commissaires avaient le droit de prononcer la sentence de Marie , au cas où ils seraient convaincus de sa culpabilité. Murray, qui ne se sentait pas la conscience tranquille, et que la nouvelle de quelques soulèvements en Écosse commençait à inquiéter , suivit les avis de Norfolk , et somma les commissaires de dire si, de leur propre autorité, ils absoudraient ou condamneraient la reine d'Écosse , et si , k sentence prononcée, on continuerait de retenir cette princesse en Angleterre, on si, coupable, elle serait remise entre les mains du régent, et, innocente , réintégrée sur le tro*ne. -, ,

Les commissaires répondirent que leur pouvoir n'allait pas jusqu'à statuer d'une manière définitive sur le sort de l'auguste aeciisée, mais qu'ils invitaient le régent à

MARIE S I r.U'.ï. 157

s'en rapporter à la parole royale qu'Élisabeth avait donnée de terminer toutes choses selon la justice. Cette réponse ne paraissant . pas satisfaisante à lord Murray , il promit à Norfolk de cesser d'aeeuser la reine , etNorfolk s'engagea , de son côté , à le faire rentrer en grâces auprès de cette princesse. Elisabeth , informée des hésitations du régent , évoqua l'affaire à Londres , et nomma une nouvelle commission dont le duc de Norfolk fut exclu , comme jiartisan de la reine Marie.

De Carlisie, cette princesse avait été transférée à Bolston, dans le comté deLaneastre.

mais, cette province comptant un grand nombre de catholiques , Elisabeth , qui craignait quelque mouvement en laveur de sa rivale, la Ht conduire au château de Tutbury, dans le comté de Stafford, où elle eut pour gardien le comte de Shrewsbury.

Le duc de Norfolk ayant i-éussi à faire savoir à Marie ce qui avait été convenu entre lui et le régent, la reine en parla à un de ses confidents qu'elle croyait tout dévoué à sa cause. Celui-ci , qui était vendu à Morton»

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