CHAPITRE IV
reconnaissant de ses offres , et promit, en fin courtisan , de se dévouer à ses intérêts '.
Favorisé dans son ambitieuse poursuite par l'appui qu il obtenait au dedans et au dehors du royaume, Leicester fit échouer le mariage avec larchiduc, qui exigeait des conditions inacceptables, et découragea les espérances de la margmvine de Bade , qui vint vers ce temps proposer elle-même le roi de Suède comme mari à Elisabeth^. Devenu plus pressant par la déroute de ses compétiteurs, Leicester demanda à la reine, qui, à ce qu'il parait, s'était engagée à Tépouser, de fixer son mai'iage avec certitude avant la fin de l'année. Elle le pria de lui accoixler jusqu'à la Chandeleur de l'année suivante ^.
Mais la Chandeleur arriva , et le mariage de Leicester ne s'accomplit pas plus que n'avaient été conclus ceux du roi de Suède, de l'archiduc Charles et du roi de France. Elisabeth ne voulait partager son autorité avec personne, et cherchait à ménager en même temps tout le monde. Calcidée jusque dans ses irrésolutions, elle repoussait tous les mariages sans exprimer aucun refus formel. Elle dé* couragea ainsi Charles IX par l'archiduc, l'archiduc et le roi de Suède par Leicester, et réprima les désirs trop hauts de Leicester en accordant au comte d'Or-
' Dépêche de Paul de Foix du 27 septembre 1565. Ms. de la Bibl. nat., fonds Saint-Geraiain Harlay, n"" 218. — ^ Ihid. » /fou, du 19 décembre 1565. ihid.
mond, récemment venu d'Irlande , une faveur si soudaine et si extraordinaire, que Leicester, dépité, quitta la cour et se retira quelque temps chez lui \ La succession à la couronne d'Angleterre n'étant pas assurée par un mariage , il fut question de Tassurer en reconnaissant un héritier à la reine. On songea au comte de Huntington et au duc de Norfolk '. Les membres du conseil d'Elisabeth se préoccupèrent de ce grand intérêt. Mais la reine , malgré les instances qui lui furent faites à cet égard , ne se décida pas plus à nommer son successeur qu'à prendre un mari. Ne consentant pas à donner un héritier protestant à la couronne d'Angleterre^ elle laissait subsister dans toute sa force le droit naturel de la reine et du roi catholiques d'Ecosse. Elle permit même alors à sa rivale Marie Stuart de prendre sur elle d'autant plus d'avantage qu'elle poussa les Écossais mécontents à la révolte sans les secourir assez tôt et assez complètement pour empêcher leur défaite. Ce ne fut pas le mérite de ses scrupules , mais la faute de son indécision. Elle disait que sa lenteur
* Dépêche de Paul de Foix au roi Charles IX, 20 mars 1566. Ms. de la Biblioth. nat., fonds Saint-Germain Harlay, n» 218.
^ H II est mis quelque propos en avant pour faire déclarer aux prochains estats le comte d'Hontînton successeur de ce royaulme, et, pour fortifier cette déclaration, nommer après lui à ladite déclaration le duc de Norfolk, n Dépêche de Paul de Foix, fin d'avril 1565. Ihid,