‹ Histoire de Marie StuatChapitre 108 sur 214 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Après ce désaveu sans pudeur , LIisabeth , qui re« poussait ainsi ignominieusement les hommes qu'elle avait excités et décourageait le parti * dont elle pouvait avoir bientôt besoin , fit des avances fort empressées à Marie Stuart. Elle chargea Randolph, qui avait remis naguère de l'argent de sa part aux lords insurgés, de raconter à la reine d'Ecosse comment elle les avait reçus et ce qu'elle leur avait dit. u J'aurois souhaité, écrivit-elle de sa main à Marie Stuart en se justifiant d'une manière qu'elle croyait adroite et qui n'était que basse, que vos oreilles en eussent été juges pour entendre et l'honneur et l'affection que je montrois en vostre endroict, tout au rebours de ce qu'on dict que je défendois vos mauvais sujectz contre vous; laquelle chose se tiendra toujours très-éloignée de mon cœur, estant trop grande ignominie pour une princesse, je ne dirai pas à faire, mais même à souffrir*. »

Marie Stuart ne s'était jamais trouvée dans une situation aussi forte. Elle était obéie au dedans de

by a similar trouble in my own realm : but as for you two ye are unworthy traitors, and I command you instantly to leave my présence, n Au Stat. Pap. Off., et dans Tytler, p. 15. — Voir aussi Mémoires de Melvil, 1. 1, p. 171, 172.

* u Ail the contrary faction are discouraged and think theraselves utterly undone. » Randolph à Cecil , 23 décembre 1565, au Stat. Pap. Off., et dans Tytler, t. Vlî , p. 16.

' Elisabeth à Marie Stuart, 29 octobre 1565, dans Lahanoff, t. VII, p. 59.

son royaume et respectée au dehors. Il dépendait de son habileté d'affermir la puissance qu'elle avait reconquise par son courage. Si elle s'était montrée clémente après s'être rendue victorieuse , si elle avait pardonné à Murray et aux autres bannis, elle aurait gagné leur reconnaissance et leur fidélité. Après l'humiliation qu'ils venaient de subir en Angleterre, ils se seraient considérés comme heureux de pouvoir rentrer en Ecosse, et, ne comptant plus sur la fourbe Elisabeth , ils se seraient rapprochés de la généreuse Marie. Cette princesse aurait ainsi dissous le parti anglais dans son royaume, tandis qu'elle aurait accru le parti écossais dans le royaume voisin. Rien n'ôte plus d'ennemis et ne donne plus de partisans que la force qui se montre habile. Murray , naguère si altier et si opiniâtre dans âa résistance , revenait avec humilité à la soumission. 11 envoyait un diamant de prix à David Riccio pour se procurer l'appui de ce conseiller tout-puissant de la reine sa soeur, en lui promettant son amitié s'il le remettait en grâce auprès d'elle*. La démarche de Murray s'accordait avec les recommandations que Jacques Melvil et Nicolas Throckmorton adressaient à la reine pour l'incliner à une utile douceur. Melvil, à qui elle avait permis de lui exprimer avec liberté tous ses sentiments, lui disait à Edimbourg *; Throckmorton,

* Mémoires de Mehnlf 1. 1, p. 193.

* /6fU, p. 178 à 182,

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