CHAPITRE V
à Sa Majesté la reine, devant les lords du conseil secret, sur son honneur, fidélité, et parole de prince, qu'il n'a jamais rien su de la perfide trahison dont il est injurieusement et faussement accusé, et ne l'a jamais conseillée, conunandée ni approuvée'. » 11 avouait toutefois qu'il avait consenti à faire venir d'Angleterre, à l'insu de la reine qu'ils avaient offensée, les comtes de Murray , de Glencaim , de Rothes et les autres exilés.
Ce désaveu ne le remit pas dans les bonnes grâces de la reine, à laquelle il dénonça même le secrétaire Lethington, le justice-clerk Bellenden et le clerc du registre Makgill comme ayant pris part à la conspiration '. Mais il le déshonora et acheva de le perdre auprès de ses complices. Ceux-ci n'apprirent pas, sans en être indignés , un pareil manque de foi. Les avoir provoqués à conspirer dans l'intérêt de son honneur et pour accroître son pouvoir , et se séparer d'eux en les livrant ensuite aux vengeances de la reine , leur parut la plus basse des trahisons. Aussi, en représailles de son infidélité, firent-ils connaître à Marie Stuart les deux bonds ^ qu'il avait signés et par lesquels il avait été convenu
*Elli8,t. II,p. 222, 2« série.
> Foster à Gecil, 16 mai; Randolph à Cecil, 13 mai 1566, au State Pap. Off., et dans Tytier, t. Vil, p. 54.
* Lettre de Randolph à Cecil, 4 avril 1566, extraite du State Pap. Off., et citée par Tytier, t. VII, p. 45.
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qu'on lui accorderait la couronne matrimoniale et qu on tuerait Riccio. La reine avait pu croire que, trompé un moment par la jalousie , il avait agi avec irréflexion. Mais» m connaissant toute letendue de sa complicité , elle lui retira sa confiance à jamait$ et le prit en dégoût. U ne fut plus pour elle qu'un mari ingrati qu'un conspirateur perfide, qu un lâche menteur,
Elle lui montra dès lors une insurmontable aversion. Déjà, avant sa rentrée à Edimbourg, elle avait laissé éclater les vrais sentiments qui ranimaient k son égalai malgré l'intérêt qu ell^ avait h les dissimuler enqore, Ellle les avait exprimés à Jacques Melvil , qui remplaça momentanément Letbington comme secrétaire d'État, « La reine, dit Melvil dans ses Mémoires, me fit ses plaintes sur Fimprudenoe et Tingratitude du roi; je tachai de lexçuser de mon mieux , attribuant sa faute à sa jeunesse et auii mau« vais conseils de Douglas et de quelques autres qui lavaient séduit ; je Tei^bortai à étouffer toute semence d'inimitié et à se souvenir que c'était elle-même qui l'avait pris pour mari contre l'avis de ses sujets. Mais je lui trouvai toujours depuis ee temps4à un oœur plein de rancune, et c'était lui faii*e mal sa cour que de lui parler d'accommodement ^ »? La haine de
* Mémoires de MeMl, t. I, p. â03. — Randolph dit de son càié : « The kingf is not loved by the queeu, on account of ilic said murther. The people hated him, because he bad
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Marie pour Damley s'accrut avec son mépris. Elle l'éloigna plus que jamais des affaires^ qu elle con* duisit avec les comtes de Botbwell^ de Huntly, 4'Athol et 1 evéque eatboUque de Boss, investis de toute sa confiance, et le condamna à vivre isolé dans sa cour^ Melvil, qui ne voyait pas sans chagrin et sans crainte le progrès de son antipathie , lui con* seilla vainement de pardonner à son mari et de se réconcilier avec lui. Il ne réussit qu'à se rendre importun'. La reine l'appela fourbe et flatteur, parce qu'il avait fait présent d'un épagneul au roi délaissé ', et elle lui défendit de s'entretenir avec lui. « Ce prince, ajoute Melvil, était toujours seul, et c'était un crime de l'accompagna^. *>
Marie Stuart n'alla cependant pas plus loin contre Damley, tant que sa passion pour un autre ne s'ajouta point à sa répugnance croissante pour lui. Le terme de sa gix)ssesse approchait. Rendue défiante par les complots tramés à si peu d'intervalle, dans l'intention de s'emparer de sa personne au défilé de Kinross et d'abattre son autorité au palais d'Holyrood, elle se
broken bis oaih to tfae conspirators. » Raodolph à Cecil , 4 avril 1566. Robertson, Appendix n° XVl.
* Mémoires de Melvil, p. 204, 205.
» Ibid., p. 203.
' Lettre du comte de Bedford à Cecil, 3 août 1566. RobertsoD, t. II, Appendix n° XVII.
* Mémoires rie Melvil, t. I, p. 203, 204.
260 MARIE STUAUT.
retira dans le fort château d'Edimbourg, afin d'y faire ses couches en entière sûreté. Elle y mit au monde, le 19 juin, entre neuf et dix heures du matin ', le royal enfant dont la noblesse écossaise devait se servir pour la déposséder du trône treize mois plus tard , et qui , après avoir régné ti^ente-cinq ans en Ecosse sous le nom de Jacques VI, devait succéder à Elisabeth en Angleterre sous le nom de Jacques P'. Aussitôt qu'il fut né, Melvil se rendit auprès de la reine d'Angleterre , chargé de lui annoncer cet événement qui intéressait les deux royaumes, et de lui proposer d'être la marraine du prince d'Ecosse. Elisabeth était à Greenwich, où elle donnait un bal à sa cour, lorsque le secrétaire d'Etat Cecil et l'envoyé de Marie Stuart y arrivèrent. Cecil s'approcha d'elle pendant qu'elle dansait et lui fit part à l'oreille de la naissance du prince d'Ecosse. Cette nouvelle la remplit d'une tristesse soudaine. Interrompant les danses, elle se jeta comme accablée dans un fauteuil et dit aux dames qui l'entouraient : — « La reine d'Ecosse vient d'accoucher d'un fils, et je ne suis qu'un arbre stérile*. »
Personne ne se livrait avec plus d'impétuosité qu'Elisabeth à ses sentiments, mais personne aussi ne savait mieux les dominer et les contrefaire. Dans
' Keith, p. 335 et 32S.— Mémoires de Melvily t. I, p. 212. > Mémoires de Melvil, t.I,p.212,213.