CHAPITRE V
l'audience qu elle donna le lendemain à Melvil, elle le reçut avec un visage ouvert, en paraissant joyeuse de Févénement qui laffligeait et qui lui donnait un successeur malgré elle. Elle le remercia de lui apporter une si heureuse nouvelle et « accepta, avec ime gaieté apparente , d'être la marraine du jeune prince \ M Elle fit partir ensuite sir Henri Killegrew pour aller féliciter de sa part la reine d'Ecosse, l'assurer de son amitié et l'approuver dans sa conduite à l'égard des meurtriers deBiccio, qu'elle avait néanmoins accueillis dans son royaume.
La naissance du prince d'Ecosse ramena la question de la succession d'Angleterre. Melvil eut ordre de solliciter de nouveau Elisabeth à ce sujet. Marie Stuart rapprocha même avec habileté Murray, Argyle, Lethington^, de Bothwell, de Hundy, d'Athol et de l'évêque de Ross, dans l'espoir qu'ils auraient assez d'influence, les uns sur le parti protestant, les autres sur le parti catholique en Angleterre, pour l'aider à obtenir ce qu'elle recherchait si passionnément depuis tant d'années. Mais en même temps qu'elle réconciliait entre eux les principaux personnages de son royaume, et qu'elle traitait avec faveur les lairds de Brunston , d'Ormiston , de Hatton , de
* Mémoires de Mehil, 1. 1^ p. 211.
' Le 2 août, cinq mois après le meurtre, Lethin^ton fut pardonné et admis en présence de la reine. Ceci t s Jhstract , p. 169.
36f MARIB BTtJÂAT.
Galder^ fchefs des pfesbytériem * * le* catholique^ extrêtned traversaient ses desseins en rappelant , à cette occasion , ses droits à la couronne d'Elisabeth. L'Ecossais Patrick Âd&mson publiait à Paris un livre latin dans lequel il reconnaissait Marie Stuârt cbnune reine d'Angleterre et appelait son fils prince d'Ecosse^ d'Angleterre et d'Irlande '.
Les instances adroites de Melvil ne conduisirent à aucun résultat décisifi Elisabeth^ selon sa coutume^ sut ne rien refuser et ne rien promettre. Mais le parlement d'Angleterre s'empara bientôt de cette grave question que les communes voulaient résoudre dans Vintérèt du protestantisme ^ et dès Jors au détriment de Marie Stuart, Malgré les répugnances d'Elisabeth 9 qui ne consentait pas à désigner un héri^ tier, de peur d'affaiblir par là son autorité ^ les deux chambres $ réunies le 2 octobre , s'occupèrent de la transmission du trône qu'elles croyaient rendre pacifique en la rendant légale. La délibération fut poussée asseas loin^ et la reine d'Angleterre» irritée, fit venir pour y mettre un terme les membres du parlement devant elle. Leur exposant sa politique égoïste, mais prévoyante^ du ton le plus impérieux, elle leur dit que plusieurs d'entre eux lui avalent
* Poster à Ceci! , 19 septembre 1566. Au State Pap^ OfF., et dans Tytler, t. VII, p. 49.
s Lettre d'Elisabeth à Marie Stuart, du â décetnbre 1566. Labanoff, t. VIT, p. 99, 100.
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offert leur aâsistatice > sous le règne de sa sœur , si elle voulait s'emparer de la. couronne, et qu'il ne manquerait pas de gens ^ sous le sien , qui ti^ouble-^ raient la paix commune par de semblables menées au cas où l'on nommerait d'avance son successeur. « Je suis votre reine naturelle, ajouta-t-elle en finis-» sant ; et , bien que vous vous montriez si contraires à ma volonté en cette affaire, jelie conscntii^ai point à ce qu'elle passe plus avant*.
Cette injonction arrêta la cbambre des lords, mais il n'en fut pas de même de la cbambre des communes, qui continua la discussion engagée. Elisabeth en parut fort irritée et se plaignit que ceux des communes fussent si affectionnés à leur liberté qu'ils oubliassent la soumission due au prince. Elle leur envoya l'ordre de cesser toute délibération à ce sujet, sous peine de se rendre coupables de désobéissance envers leur souveraine •. Cette fois la chambre
* « .1. Entre los ciiales liaviâ iiâvido alg^unos que, reinando stt heroiatta, lé ofreciati à ella ayudd y la queHaa moVet 6 que quisiese procurar^ en su vida , ]a corona ) por lo cual se podia bien dar â conocer que nombrandose succesor no faltaria quidu le audiese con seiiiejantes platicas por turbar la paz comun. % Gusnian de Silva à Philippe II, Il nov. 1566. Arch. de Sitnancas. tn^jlaterra , leg. 819.
^ « .».St aunqne soy vuestra reyna natural os lucslrais tan contrarios à mi Toluntad en este negocio, el cual no consenti l*e que pasc adclante. » Ibid.
• M ...Y cuan afecionados estavan a su libertad sin nilrar âla obcdiencia que devian à sus principes... Dixo me que
basse se soumit, bien qu'elle regardât un pareil ordre comme attentatoire à la liberté de ses discussions ' . Elisabeth , qui s'était opposée au choix d'un héritier protestant, ne réprima pas avec moins de véhémence les désirs de l'héritière catholique. Elle exprima à Marie Stuart son extrême mécontentement de la témérité de Patrick Adamson et la pressa de désavouer, par un acte public, un livre qui, lui dit-elle, est u si scandaleux pour vous , si injurieux à moi , si fol en soy '. » Elle ajodta que cette publication suffirait pour la faire condamner comme [ingrate envers celle qui j&umellement lui servait d'advocat contre tous ses maldisans^. « Vous savez, madame, continua-t-elle , qu'il n'y a chose du monde qui me touche plus en honneur qu'il n'y ait aultre royne d'Angleterre que moy*. «
Malgré l'ardent désir de Marie Stuart, la succession d'Angleterre resta dans la même incertitude qu'auparavant. Elle y conserva ses droits sans parvenir à les faire reconnaître. Elle les compromit même bientôt et s'exposa de plus à perdre la couronne
les havia embiado un maadato, ea que les ordeneva que no tratasen mas dello , so pena que incurririan en caso de los que contravienen al mandato y obediencia del principe y que todos faavîan obedecîdo. » Arcfa. de Sim. Ingl., \qq. 819.
« Silva à Philippe II, 13 nov. 1566. Ibid., leg. 819. .
^ Lettre d'Ëlisalieth à Marie Stuart, du 2 décembre 1566, dans Labanoff, t. VII, p, 100.
» fhûL ~ * Ibid.